« Pourquoi les catholiques n’obéiraient-ils pas à cette interpellation : “Indignez-vous !” »
Par Rédaction blog bioéthique le vendredi 01 avril 2011, 21:04 - 1-Bioéthique en général - Lien permanent

Suite aux amendements proposés le 30 mars par la Commission des affaires sociales du Sénat, Monseigneur Pierre d'Ornellas réagit dans un entretien accordé au journal La Croix le 31 mars.
Commentaires
Il est important que sur les questions de bioéthique, l'Eglise catholique fasse entendre son point de vue en faveur du respect de la vie. Mais il me semble que les propos utiles et importants de Pierre d ' Ornellas gagneraient en force de conviction s'il ne simplifiait pas à ce point le débat en le réduisant à une opposition entre les tenants d'une éthique à savoir les catholiques d'une part et les chercheurs prêts à tout au nom du progrès et de la connaissance d'autre part . Or , et il le sait parfaitement, il s'agit en l'occurrence d'un débat entre plusieurs conceptions de l'éthique , entre plusieurs conceptions du respect de la vie. Les progrès de la connaissance ont pour conséquence que la détermination du début et de la fin de la vie ne reposent plus sur des constats objectifs scientifiquement fondés mais sur des choix éthiques. Il est légitime de considérer que l'embryon est une personne dès la conception à condition de préciser qu'il ne s'agit pas d'une donnée objective mais d'un choix éthique. L' Eglise catholique ayant fait ce choix conforme à sa doctrine, il est non seulement éminemment respectable mais elle a de plus le droit de le défendre dans le débat public comme le fait la commission de l'épiscopat . Mais je pense que l'Eglise catholique affaiblit sa position en déniant le droit à d'autres comme récemment à René Frydman de faire d'autres choix sur la base d'une autre vision de l' éthique et qui , fondés sur une autre conception de l'homme qui n'en est pas moins respectable, relèvent d'une haute élévation morale.Je ne pense pas que l'on puisse plaider sa cause utilement en rabaissant celles des autres au point de lui nier toute dimension éthique, l'Eglise catholique n'ayant pas le monopole de l'éthique. C'est plutôt en reconnaissant et en acceptant que le débat soit celui qui confronte plusieurs visions de la bioéthique, que l'Eglise catholique aura le plus de chances que sa voix soit écoutée et entendue.
oui, tout à fait d'accord et c'est de cette manière dont Mgr d'Ornellas a mené les débats au sein de l'Eglise.
Mais la position officielle de l'Eglise, est un ensemble de NON dans tous les domaines du début de la vie, ce qui n'est pas le cas dans le domaine de la fin de la vie.
Mgr d'Ornellas lui-même affirme : même dignité pour le scientifique, le politique, le soignant, le patient.....
Il s'est placé au milieu de tous pour réfléchir....
Jean Paul II avait dit ;
l'Eglise propose, elle n'impose rien , elle s'arrête devant l'autel de la conscience ( Redemptoris Missio)
alors pourquoi des paroles aussi fortes et des textes qui bloquent tout??
c'est ma question de médecin spécialisé en fertilité que je pose depuis toujours à "mon Eglise"
jusqu'à ce jour aucun texte fort romain n'est paru pour concrétiser ce regard de Dieu qui fait confiance à l'homme ....
il faudrait si peu...........
mais c'est un rêve
@Mr Legrand: je ne pense pas qu'en participant à de nombreux débats l'église catholique institutionnelle, ait omis de prendre acte du droit des autres d'avoir des éthiques différentes, donc de faire choix différents: Mais pour "les croyants", en tout cas ceux pour qui la mort "terrestre" et la destruction du corps physique ne sont pas la fin de la personne humaine mais l'attente de la résurrection à la suite du Christ, il en résulte de facto une éthique d'un plus grand niveau d'exigence, quant au respect du corps même embryonnaire. La morale utilitaire n'est alors plus de mise, la fin ne justifie pas les moyens. Enfin, pour celui qui doute sur le fait qu'il y ait ensuite, une autre vie, il peut trouver raisonnable de respecter la vie embryonnaire, comme on respecte aussi en d'autres domaines le principe de précaution, sauf à avoir des lendemains difficiles comme maintenant dans le nucléaire.
Le croyant est plutôt donc un "expert en éthique " de bon niveau - même si toujours limité - et souvent, aussi en technique , mais il peut et doit s'indigner et aussi, faire du lobbying, car ce dernier s'il est honnête n'a rien d'immoral.
Ex. Livre Daniel, ch.13: Daniel défendant Suzanne contre de faux-témoins, s'indigne et fait aussi du lobbying avant l'heure!....Pour cette loi en cours de finition, le raisonnable serait d'adopter par principe de précaution, le plus haut niveau d'éthique, donc celui du croyant!.....
Le droit de s'indigner, oui, évidemment... Et je ne pense pas que quiconque le dénie aux chrétiens.
Par contre à la fin de son entretien, Mgr d'Ornellas interrogé sur une pétition aux sénateurs qui circule sur internet, semble lui donner sa "bénédiction". Les auteurs de cette pétition s'en sont d'ailleurs félicités.
Je suis présidente de la Fédération des Associations Familiales Catholiques du Val de Marne. Depuis deux mois nous rencontrons nos parlementaires à propos de cette loi bioéthique. Certains parmi eux, pleins de bonne volonté et de courage, s'apprêtaient à discuter et reconstruire une loi plus juste. Leurs boîtes mail ont été envahies de cette pétition, souvent accompagnée de propos injurieux. Ils en ont été blessés. Certains ont été découragés.
Bref, une action contre-productive.
Mgr. d'Ornellas qui a fait un travail remarquable sur la bioéthique avait-il vraiment lu la "pétition" concernée ?
Réponse de Mgr Pierre d’Ornellas le jeudi 07 avril 2011 à 14:23
Madame,
Vous avez raison, je ne connais pas cette pétition et je l'ai d'ailleurs dit à la journaliste de La Croix quand elle m'a interrogé. Ma réponse vise donc tous ceux et celles qui, au nom de leur foi chrétienne, s'engagent dans le dialogue qui est toujours mené avec raison et respect.
L'indignation peut appartenir au dialogue, en particulier quand la dignité des plus fragiles est délibérément blessée. Cette indignation invite d'autant plus à poursuivre et à approfondir le dialogue.
En tout état de cause, je n'ai jamais cautionné un texte que j'ignore. Les propos injurieux, haineux et les amalgames de toutes sortes ne font jamais progresser une société. Ils sont inutiles.
L'indignation est celle de prophètes, au sens biblique du terme, qui osent dire ce qu'ils voient au contact, parfois quotidien, des plus petits et des plus souffrants. L'indignation est raisonnable et prend leur défense.
Dans le dialogue, ensemble, les uns et les autres peuvent trouver des voies justes qui soient toujours respectueuses de la dignité inviolable de tout être humain.
Je trouve que c'est un très bel enjeu pour l'avenir, je suis bien certain que la science est appelée à rendre de grands services, comme elle l'a déjà fait, auprès de tant et tant de malades et de leurs familles. Je ne peux que vous encourager à continuer sur le chemin du dialogue.
de l'usage des pétitions: en retrouvant le contenu de la pétition en question avec google, je ne relève dans sa formulation, aucun terme grossier ni injurieux, mais certes je désapprouve tous ceux qui l'auraient envoyé en la complétant de propos injurieux et outranciers; tous ne peuvent pas aller par manque de temps ou de capacité d'argumentation (on peut percevoir une réalité sans savoir la commenter) voir leurs élus comme l'a fait Chantal DL; Signer une pétition ne résout pas tout mais peut révéler une tendance d'opinion, alors pourquoi le stigmatiser. N'opposons pas des démarches différentes mais complémentaires si elles sont honnêtes.