A l’approche de la révision des lois de bioéthique, le rapport de la mission parlementaire propose de rendre systématique l’analyse de la trisomie 21 lors d’un diagnostique préimplantatoire. Henri Bléhaut apporte son éclairage sur les questions éthiques soulevées par cette proposition et notamment sur le risque d’eugénisme qu’elle induit.

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Tous les parents souhaitent que leur enfant soit indemne de maladie. Quant à ceux qui ont connu le drame de mettre au monde un enfant porteur d’une maladie génétique, ils ne souhaitent pas donner naissance à un nouvel enfant malade et seront tentés de faire le maximum pour traiter l’enfant atteint déjà né.

La médecine moderne donne des moyens pour faire le diagnostic de certaines de ces maladies, presque toujours sans les guérir, provoquant des problèmes éthiques majeurs.

La tentation est grande de regarder ces maladies pour elles-mêmes sans porter une attention suffisante à l’embryon qui, encore invisible, présente ces souffrances avérées ou potentielles : l’objet de la médecine et de toute la société est d’abord de regarder le malade et de lutter contre la maladie.

Le DPI, un diagnostic plus sélectif que prédictif

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une sorte de diagnostic prénatal (DPN) se réalisant sur un embryon obtenu par une fécondation in vitro (FIV) chez des couples non stériles. (1)

Il existe deux sortes de diagnostic préimplantatoire :

  • Le DPI réalisé chez des couples présentant un risque de transmission de maladie génétique ;
  • Le double DPI (bébé médicament) : c’est une variante du DPI pour sélectionner un enfant, indemne de l’affection génétique présente chez son aîné et compatible avec lui pour lui fournir une greffe.

Le principe est de réaliser une biopsie en prélevant une ou deux cellules sur le jeune embryon de 3 jours après la fécondation : seuls les embryons conformes vis-à-vis des caractéristiques génétiques recherchées seront transférés in-utéro. Les embryons non-conformes sont directement détruits ou donnés pour la recherche. Le DPI est donc sélectif plutôt que prédictif et le nombre d’embryons détruits au cours de cette technique est considérable : plus de 97 % en France en 2007. Cette technique implique aussi les risques inhérents à toute ponction d’ovocytes. Le DPI permet à seulement 1 couple sur 5 de rentrer à la maison avec un enfant sain.

Les problèmes éthiques de ces techniques sont évidents :

  • recherche de l’enfant parfait ;
  • tri sélectif des embryons sur leur code génétique (eugénisme ?),
  • destruction massive d’embryons (plus de 97 % dans un DPI) ;
  • En cas de bébé médicament, l’être humain n’est pas considéré comme une fin en soi mais comme un moyen.

La pratique du DPI est légale en France. Quant au double DPI, malgré un avis contraire de la part du CCNE (2), il a été autorisé en 2004.

L’introduction d’une démarche directement eugéniste

Théoriquement le DPI est limité à des affections incurables ou d’une particulière gravité, sans liste définie des affections recherchées. Pourtant il est question dans le cadre de la prochaine révision des lois de bioéthique (3), de rendre systématique l’analyse de trisomie 21 lors d’un DPI. Au-delà d’un simple risque évoqué par le Conseil d’État (4), cette recherche systématique d’enfants atteints de trisomie 21 n’aboutirait-elle pas à l’introduction d’une démarche directement eugéniste dans la législation française ? Et que dire de la recherche de simples prédispositions, à certains cancers par exemple ? Ce glissement risque de faire rentrer dans une voie sans retour. Surtout à aucun moment on ne s’attarde sur une quelconque valeur de l’embryon humain.

La solution juste d’une vraie médecine face à ces souffrances n’est-elle pas de chercher à guérir en encourageant la recherche thérapeutique très insuffisante aujourd’hui ?

Docteur Henri Bléhaut - Médecin directeur de recherche

(1) Le diagnostic préimplantatoire fait l'objet d'un chapitre du dernier livre publié par le Groupe de travail des évêques de France, Bioéthique. Questions pour un discernement. DDB/Lethielleux, 2009 (pp.129-138). (2) Avis n°72 du CCNE du 4 juillet 2002 (http://www.ccne-ethique.fr/docs/fr/avis072.pdf) (3) Proposition n°26 – Rapport d’information n°2235, déposé le 20 janvier 2010 à l’Assemblée Nationale, tome 1, p.519 (http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i2235-t1.pdf) (4) Conseil d’État, La révision des lois de bioéthique, coll. Les études du Conseil d’État, La documentation française, 2009, pp.25-33 (http://www.conseil-etat.fr/cde/media/document//etude-bioethique_ok.pdf)