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6-Assistance médicale à la procréation

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vendredi 28 janvier 2011

La levée de l'anonymat dans le cadre du don de gamètes

Alors que la commission spéciale vient de rendre son rapport relatif au projet de loi de bioéthique, nous publions un nouveau billet sur la levée de l'anonymat dans le cadre du don de gamètes. Rédigé par le Pr Mélina Douchy-Oudot, il apporte un éclairage juridique sur l'un des enjeux majeurs de la révision des lois de bioéthique.

Portrait Mélina Douchy-Oudot

Les articles 14 à 18 du projet de loi relatif à la bioéthique proposent une modification du régime juridique applicable au don de gamètes en laissant d’une part un accès libre à l’enfant, à sa majorité, aux données non identifiantes du donneur 1 et, sous réserve du consentement exprès de ce dernier, accès à son identité 2. Les modalités de mise en œuvre sont fixées au code de la santé publique modifié, mais le principe même de ces modifications serait intégré dans l’'article 16-8 du Code civil complété. Plusieurs questions devraient être examinées à notre sens avant de légiférer 3 :

Le processus juridique proposé dans le projet de loi reprend en partie les solutions de la loi du 22 janvier 2002 sur l’accès aux origines des personnes adoptées et pupilles de l’Etat : réfléchir sur la levée de l’anonymat du don de gamètes supposerait déjà de faire un bilan sur l’application de cette loi 9 ans après.

Le consentement individuel est-il à même de légitimer un acte, à savoir conservation ou levée de l’anonymat ? Le consentement n’est pas en soi cause de légitimation d’un acte. Ce n’est pas parce que je consens à un acte mauvais qu’il devient bon. Autoriser ou interdire la levée de l’anonymat en fonction du consentement du donneur revient à refuser de réfléchir sur l’acte lui-même. Ce refus de réflexion se comprend dans un contexte où il faudrait réfléchir par rapport à l’intérêt de l’enfant au bien-fondé de l’AMP elle-même qui dissocie dans l’engendrement les éléments suivants: donner les gamètes, féconder ces gamètes, donner l’enfant conçu, porter l’enfant conçu pour un autre, élever un enfant pour lequel on a prévu avant même sa conception qu’il n’aurait pas le droit d’être élevé par ses parents biologiques.



La levée de l’anonymat devrait-elle permettre un lien de filiation avec le donneur ? La réponse en droit est toujours négative. Si seul le consentement est le critère des choix juridiques que l’on défend, allons plus loin, pourquoi ne pas autoriser, sous réserve de son consentement exprès, un lien de filiation avec le donneur s’inspirant de l’adoption simple ? Ce serait donner un fondement juridique à une forme de multiparentalité formellement reconnue dans certains Etats des USA. On voit où pourrait conduire une levée de l’anonymat fondée sur le seul consentement. Le véritable enjeu pourrait être celui de la pluriparentalité comme système social, que l’établissement juridique de la filiation soit ou non autorisé.

En cas de refus du donneur de lever l’anonymat, ne prend-on pas le risque que cette filiation finisse par être établie malgré lui ? La loi du 16 janvier 2009 ne fait plus de l’accouchement dans l’anonymat une fin de non recevoir à l’action relative à la filiation. Y a-t-il vraiment différence entre les deux situations ? Dans le premier cas, le donneur a donné les gamètes nécessaires à la vie, dans le second la femme a donné la vie, dans les deux cas il y a don. Pourquoi traiter de façon différente ces deux situations ?

La levée de l’anonymat ne va-t-elle pas de conduire au « droit » dans l’avenir reconnu à l’enfant d’engager la responsabilité du donneur en cas de don défectueux ? La réponse du droit est négative. Le don exonère-t-il pourtant de toute responsabilité ? L’intention généreuse suffit-elle à exonérer celui qui fait l’acte du préjudice qu’il entraîne ? Il faudrait alors revoir une grande partie du droit civil mais aussi du droit pénal…

Faut-il légiférer sur la question de la levée de l’anonymat pour le seul don de gamètes ? Autoriser une solution juridique pour le don de gamètes dans le cadre du projet de loi relative à la bioéthique aura inéluctablement des répercussions sur l’adoption plénière, l’accouchement dans l’anonymat, l’éventuelle gestation pour autrui si elle est légalisée en France comme en d’autres pays européens. Sauf à prôner la politique des petits pas en faveur d’une levée de l’anonymat supposant que le choix en ait été antérieurement posé – hors de tout lieu de débat démocratique- il faudrait traiter de cette question de façon transversale et mener une réflexion sur le bien ou mal fondé d’un accès aux origines en prenant en compte la diversité des modalités de conception de l’enfant.

Mélina Douchy-Oudot Professeur à l’Université du Sud Toulon-Var Agrégée des Facultés de droit

1 L’article 14 du projet rappelle le principe de l’accès à l’identité du donneur et du receveur par le seul médecin et en cas de nécessité thérapeutique.

2 Voir déjà la réflexion sur la question Rapport Léonetti, 20 janvier 2010, p. 100 s. concluant en majorité au maintien de l’anonymat : Proposition 18.

3 Déjà : Table ronde Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique, ss présidence Alain Claeys, 15 déc. 2010.

vendredi 07 janvier 2011

Anonymat du don de gamètes

Alors que le débat s'intensifie sur l'éventuelle levée de l'anonymat du don de gamètes, Pascal Jacob apporte un éclairage d'ordre philosophique sur cette question délicate qui constitue sans doute l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique. (1)

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Lorsqu’un homme ou une femme donne ses gamètes afin de permettre à un couple d’être parent, il semble que la notion même de don implique qu’il n’attende rien en retour et se retire dans l’anonymat. L’enfant ainsi conçu peut, de son côté, considérer comme très légitime de connaître ses origines et d’accéder à un certain nombre d’informations sur le donneur qui est, après tout, son père biologique.

Le problème est bien réel, mais doit peut-être attirer notre attention sur ce qui, au point de départ, a créé cette situation, à savoir l’obstination peut-être pas si raisonnable à vouloir produire un enfant en dehors de la rencontre sexuelle. Nous sommes donc en train de nous demander quelle réponse donner à une situation qui est la conséquence d’un acte qui pose en lui-même un problème éthique majeur qu’il ne faut pas occulter pour autant. En d’autres termes, accepter de réfléchir à cette question de l’anonymat du don de gamètes dans le cadre de l’AMP ne signifie que l’on juge que l’AMP avec donneur soit une pratique bonne ou simplement neutre.

Sur quoi reposent donc le droit affirmé par le donneur à rester anonyme, et celui de l’enfant à connaître ses origines ? Peut-être est-il malaisé de répondre à cette question, tant nous sommes habitués à établir le droit sur la volonté : volonté de savoir contre volonté d’être ignoré, volonté d’avoir un enfant…

Don et responsabilité

On dira que le don ne va pas sans responsabilité, et qu’ainsi le donneur ne peut se retirer totalement sans être connu par celui qui hérite de ce don. Car après tout : sait-il ce qu’il a donné ? Comment peut-il être responsable de ce qu’il ignore ? Mais est-il responsable d’ignorer ce que l’on donne ? Comme donneur de gamète, ce n’est pas la vie qu’il donne : de quoi est-il réellement responsable ?

Les parents ne donnent pas non plus la vie, ils la transmettent. Les gamètes ne sont pas donnés à l’enfant, mais ceux à qui ils sont donnés n’en subissent pas la charge.

Responsabilité partagée

La réalité dont nous parlons en évoquant le don de gamète n’est donc pas si claire. Le problème se complique si l’on tient compte du fait que la plupart des AMP avec donneur se pratiquent par ICSI. C’est plusieurs gamètes que donne chaque donneur, mais le choix du gamète revient au technicien. Nous sommes ici dans une responsabilité partagée par des donneurs, des receveurs et des techniciens, et seuls les receveurs échapperaient à l’anonymat. Le premier mouvement serait de se dire que nous ne devrions pas nous engager dans de telles situations, mais nous y sommes : quel éclairage éthique pouvons-nous espérer ?

A quelle vérité l'enfant a-t-il droit ?

Nous sommes devant une question de justice, c'est-à-dire dans un effort pour déterminer ce qui est dû à chacun : à quelle vérité l’enfant a-t-il droit ? Nous ne pouvons fonder son droit sur sa volonté de savoir, car alors nous nous heurtons à la volonté du donneur. Il faut en vérité accepter de fonder le droit non pas sur la volonté subjective des individus, mais sur la réalité objective des personnes, en particulier celle de l’enfant, et de la procréation.

Objectivement, l’enfant est un sujet qui a le droit de ne pas être produit comme un objet. Certainement a-t il donc le droit de connaître cette première injustice qui lui est faite d’être le fruit d’une manipulation technique et non d’une rencontre amoureuse. Objectivement encore, le donneur initie une généalogie. S’il doit être sans aucun doute protégé contre tout mauvais procès que lui feraient les receveurs ou l’enfant, peut-il invoquer de solides raison pour se rayer lui-même de cette généalogie qu’il institue et rester ainsi dans l’ombre ? Objectivement encore, chacun se connaît soi-même également dans le récit qu’il peut faire de son histoire. Saurons-nous déterminer quelle part de son histoire propre le donneur donne-t-il avec ses gamètes ?

Parenté biologique et sociale

Nous séparons de façon assez brutale et artificielle la parenté biologique et la parenté sociale. Dans l’adoption, celle-ci se substitue à celle-là. Dans l’AMP, elle lui déni le statut de parenté. Paradoxalement, la parenté se trouve « débiologisée » parce que l’on insiste sur sa dimension sociale, tandis que la conception est réduite à un processus biologique parce qu’on la veut en dehors d’une relation charnelle. Sans préjuger de la qualité de l’amour qui anime chacun des acteurs du don, il reste que nous obligeons le principal concerné, l’enfant, à poser des questions dont nous ignorons la réponse.

Tentons une réponse : que le donneur assume son don, sans aucun anonymat, qu’il puisse dire à l’enfant « voilà, j’ai donné un gamète, je souhaite ou non faire partie de ta vie. » Celui qui marche dans la vérité ne craint pas la lumière.

Pascal Jacob, professeur de philosophie, marié et père de six enfants, enseigne l'Ethique en Faculté.

(1) Pour connaître le point de vue de l'Eglise sur cette question, voir Mgr Pierre d'Ornellas, Bioéthique. Questions pour un discernement., DDB/Lethielleux, 2009, pp.77-82

vendredi 25 juin 2010

La filiation en question

La réflexion se poursuit sur l'assistance médicale à la procréation, l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique. Sylvie Bagot apporte un éclairage au niveau psychologique.

Sylvie_Bagot

Dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, le gouvernement a appelé l’ensemble du pays à une large concertation, conférences débats, blogs internet, états généraux. Il y a un an se tenait à Rennes le forum citoyen sur l’Assistance Médicale à la Procréation. Un rapport a été transmis aux parlementaires qui devraient statuer prochainement (1).

Qu’en sera-t-il dans le domaine de la procréation et de la filiation ? Les questions sont complexes, au carrefour de plusieurs champs, social, juridique, médical, technologique, et suscitent autant d’espoir que de crainte. Où mettre les limites devant tous les possibles en matière d’assistance médicale et l’insistance de certains groupes de pression ? Comment établir une filiation humaine pour les parents comme pour les enfants de demain ? Le débat reste ouvert.

L’un des enjeux actuel est le passage d’une médecine qui soigne à une médecine instrumentale qui donnerait des enfants à qui le désire, une médecine qui sortirait du champ de la maladie… Comment la médecine s’insère-t-elle dans le champ du désir, du langage, du symbolique, de l’histoire du couple, de l’organisation de la filiation et de la parenté ? Jusque là les règles bioéthiques ont essayé de porter assistance à une nature défaillante mais n’ont jamais permis ce qui n’aurait pas pu exister sans artifice au regard de la réalité, femme ménopausée, célibataire, homosexuelle, veuve… La culture doit-elle transformer la nature ?

D’autre part la génétique occupe une place sans cesse grandissante. La société évolue vers une tendance à la transparence, à la traçabilité, à une certaine idéalisation du génétique, qui permettrait de donner le fin mot sur l’origine. Face à des situations familiales complexes, qui va dire le vrai sur la paternité ? La filiation se résume-t-elle à la génétique ? Il convient d’interroger le réseau psychique, symbolique, social, culturel dans lequel s’insère la filiation, c'est-à-dire la parole adressée, échangée et pas seulement la science.

Il importe aussi de réfléchir à l’importance donnée aujourd’hui à la « parentalité » au regard de l’axe conjugal. Les relations de parenté ne se structurent plus autour d’un axe conjugal stable. Les principes de l’alliance homme-femme et de la filiation parent-enfant sont séparés. Il faut prouver qu’on est de « bons parents » parfois dans une rivalité homme-femme. Avec l’assistance médicale la sexualité n’est plus nécessaire pour faire un enfant. La demande est adressée à un autre sur une autre scène, médicale. L’enfant n’est plus engendré, il est procréé. Il est au centre des préoccupations parentales et devient l’objet de beaucoup de soins et d’attention. Quelle représentation pourra-t-il se faire de sa venue au monde, de la scène originaire et du rapport à l’autre ? Et par trop d’attention ne risque-t-il pas de devenir l’enfant-roi comblé avant d’avoir manqué, sans interdit et sans limite ?

Comment pour chacun occuper une juste place, homme, femme, enfant, médecin, et construire avec nos enfants une histoire qui puisse un jour devenir pour eux un récit de vie ? (2)

Sylvie Bagot Psychologue clinicienne au CECOS et centre d’AMP du CHU de Rennes

(1) Alain GRAF, Rapport final, États Généraux de la bioéthique, 1er juillet 2009 (téléchargeable sur http://www.etatsgenerauxdelabioethique.fr/uploads/rapport_final.pdf). Voir aussi le Rapport d’information n°2235 fait au nom de la mission d’information sur la révision des lois de bioéthique, 20 janvier 2010 (téléchargeable sur http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i2235-t1.pdf).[) (2) Pour en savoir plus sur ce que dit l’Eglise catholique sur l’AMP voir Mgr Pierre d'Ornellas, Bioéthique. Questions pour un discernement., DDB/Lethielleux, 2009, pp.71-98 et consulter la page http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/bioethique/lassistance-medicale-a-la-procreation/assistance-medicale-a-la-procreation.html

mercredi 09 juin 2010

Convient-il d’élargir les conditions d’accès à l’assistance médicale à la procréation ?

Proposé par le Rapport parlementaire (1) en vue de la révision des lois de bioéthique, l'élargissement des conditions d'accès à l'AMP soulève des questions anthropologiques incontournables. Elements de réflexion apportés par Thibaud Collin.

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Les conditions actuelles d’accès à l’AMP sont-elles trop strictes voire obsolètes ? Quatre modifications des dispositions législatives sont possibles. Le débat porte sur les conditions quant à la stabilité du couple, l’âge de procréer, la possibilité d’autoriser l’AMP post mortem et enfin celle de l’ouvrir à des femmes seules ou à des couples de même sexe. L’enjeu de cette question est la définition même de l’AMP et le présupposé anthropologique de cette pratique. En effet, les quatre champs d’élargissement impliquent à des degrés divers la mise à distance de la nature thérapeutique de l’AMP.

Définition de l’aide médicale à la procréation

Celle-ci est encore considérée dans la loi française comme un acte médical ayant pour finalité de suppléer l’altération de processus naturel de la reproduction humaine. La mesure de cette pratique est donc l’ensemble des conditions naturelles de la reproduction humaine. Or celle-ci n’est reconnue comme ayant une signification proprement sociale que parce qu’elle est vécue entre deux personnes de sexe différent ayant choisi d’unir leurs vies, d’accueillir et d’éduquer ensemble des enfants au sein et par la grâce de cette même union. Indépendamment de sa licéité morale, ce n’est que dans ce cadre que l’AMP peut assumer aux yeux de la loi sa signification thérapeutique. En effet, une thérapie est relative à une pathologie et elle-même à une norme qu’est la santé.

Faut-il élargir les conditions d’accès à l’amp ?

Or peut-on dire qu’une relation sexuelle entre deux personnes de même sexe est atteinte de pathologie si elle est infertile ? Certes non. De même, une femme célibataire ou veuve ne peut s’appuyer sur sa légitime souffrance pour présenter comme une pathologie la situation dans laquelle elle se trouve quant à la procréation. Reste la question de l’assouplissement du critère de deux années de vie commune pour avoir accès à l’AMP. Derrière cette prudence législative, se cachent non seulement les délais nécessaires pour s’assurer de la pertinence du diagnostic d’infertilité mais aussi la détermination de la société à protéger le droit de l’enfant à être reçu dans une famille stable. Le présupposé est que le sentiment amoureux n’est pas un critère suffisant pour fonder l’accueil d’une vie nouvelle ; il faut y ajouter une confirmation volontaire explicite des amants manifestant leur ferme résolution d’instituer une nouvelle entité sociale, en l’occurrence une famille, partie prenante de la société politique.

La médecine est-elle faite pour soigner ?

Tout assouplissement des conditions d’accès à l’AMP signifierait donc une rupture dans la définition de cette pratique. Elle perdrait sa dimension thérapeutique pour devenir une technique proportionnée à une demande d’enfant. Une telle demande déconnectée d’une situation proprement pathologique signifierait que les médecins sont dès lors investis par la société d’une nouvelle mission, celle de répondre aux demandes émanant de situations personnelles vécues comme frustrantes. La démarche thérapeutique serait alors paradoxalement mesurée par un principe illimité. N’est-ce pas le rôle du législateur de rappeler la pertinence de limites constitutives de l’ordre humain ? (2)

Thibaud Collin, professeur agrégé de philosophie

(1) M. Jean Leonetti, Rapport d’information n°2235 fait au nom de la mission d’information sur la révision des lois de bioéthique, 20 janvier 2010, tome 1, pp.25-118 (http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i2235-t1.pdf)

(2) Pour en savoir plus sur ce que dit l’Eglise catholique sur l’AMP voir Mgr Pierre d'Ornellas, Bioéthique. Questions pour un discernement., DDB/Lethielleux, 2009, pp.71-98 et consulter la page http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/bioethique/lassistance-medicale-a-la-procreation/assistance-medicale-a-la-procreation.html

jeudi 27 mai 2010

La dignité de l'embryon depend-elle du projet parental ?

A l'approche de la révision des lois de bioéthique, notre regard continue de se porter sur l'embryon, véritable "pierre d'achoppement" du débat éthique. La réflexion s'est développée d'un point de vue juridique, avec Elizabeth Montfort, et théologique, avec le Père Alain Mattheews. Elle se poursuit aujourd'hui dans une perspective philosophique avec le Professeur Pascal Jacob.

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Le concept de projet parental (1) relève d’un souci de souligner les dimensions non biologiques du fait de devenir parent. Comme le montre l’adoption, par exemple, la paternité et la maternité ne sauraient se réduire à la simple descendance biologique, mais relèveraient davantage d’une démarche construite sur la base d’une décision réfléchie.

Selon des psychologues renommés, la notion sociale de parentalité tend à se substituer à la notion biologique : Il n’est plus nécessaire d’être un couple stable, ni même d’être un couple, pour devenir parent. Etre parent devient une pure initiative personnelle, et un engagement plus durable que celui de fonder un couple.  C’est dire que c’est la notion de parentalité qui se trouve ici transformée, et en particulier son enracinement dans l’altérité sexuelle. La contraception avait permis la rupture entre sexualité et procréation, les techniques de fécondation artificielle rompent le lien entre sexualité et filiation. La multiplication des familles recomposées après une séparation a elle aussi contribué à défaire le lien entre sexualité et filiation, pour envisager un statut parental au « beau-parent ». En « déconstruisant » la parentalité et la famille, l’homme moderne discerne des éléments qu’il croit pouvoir rendre indépendants pour mieux les maîtriser et décider de leur sens : amour, sexualité, projet parental, procréation, filiation, parenté, vie biologique, vie humaine… Il s’agit de reconstruire la famille, la filiation, la procréation, de se rendre maître de la vie, se libérer de la nature, s’en faire l’artisan pour en décider du sens, et devenir finalement mesure de toute chose.

Evoquée dans la pratique de l’AMP comme dans la conservation des embryons surnuméraires (2), la notion de « projet parental » ne vient pas seulement satisfaire un désir d’enfant. Par rapport au désir, marqué au coin de l’affectivité, le projet manifeste une démarche rationnelle et réfléchie, qui semble rendre légitimes les actions accomplies en son nom. Ne vaut-il pas mieux, dit-on, que l’enfant soit le fruit d’un projet parental, plutôt que de du hasard, ou, pire, de l’échec contraceptif ?

Le projet parental vient donc donner une légitimité à ce qui est conçu, en reconnaissant comme humaine une vie considérée en son début comme encore purement biologique. Ainsi c’est ce seul projet qui interdirait la possibilité de détruire l’embryon à des fins de recherche. Peut-on ainsi souscrire à l’idée que l’homme est avant tout une vue de l’esprit ? Ne serait donc humain que ce que le « déjà humain » consentirait à reconnaître comme tel ? Le pouvoir exorbitant que notre société s’arroge sur l’individu n’est-il pas surtout une négation de l’altérité ? Au lieu de recevoir l’autre tel qu’il est, j’exige de lui une conformité à ma volonté, ce qui signifie que je lui refuse le droit d’être absolument autre. La dignité humaine n’a-t-elle pas de sens que si nous reconnaissons dans cette altérité un être qui vaut quel que soit mon projet, et devant lequel s’arrête, pour cette raison, la puissance colossale que nous donne la technique ? Notre volonté n’est pas la raison d’être de l’enfant : le croire ferait peser sur lui, avant de naître, l’interdiction de décevoir le projet qui lui donne le droit de naître et le devoir de s’y conformer. C’est l’enfant, et non le projet ni même la loi, qui fait à un homme et une femme le don d’être parents. La loi n’a-t-elle pas à libérer l’enfant du projet parental pour reconnaître cette priorité ? Il y va pour l’enfant de sa liberté d’être soi contre toute tentation d’être amené au rang d’un objet qui, narcissisme suprême de qui le regarde, n’existe que s’il est regardé.

Pascal Jacob, professeur de philosophie, marié et père de six enfants, enseigne l'Ethique en Faculté.

(1) Ce concept est analysé dans le livre de Mgr d'Ornellas, Bioéthique. Questions pour un discernement. Lethielleux/DDB, 2009, pp.44-48. (2) Cf. Rapport n°2235 de la mission d'information parlementaire sur la révision des lois de bioéthique, tome 1, p.292 (http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i2235-t1.pdf)

jeudi 07 mai 2009

Union conjugale et procréation

olivier Bonnewijn

De nombreux couples sont éprouvés par le fait de ne pouvoir concevoir un enfant. A travers plusieurs billets, Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles, apporte un éclairage sur ce que dit l’Eglise sur le recours aux techniques de production d’embryons humains.

Notre réflexion de la semaine dernière se concluait par une affirmation délicate qu’il nous faut à présent considérer avec attention : « La procréation d’une personne humaine doit être poursuivie comme le fruit de l’acte conjugal spécifique de l’amour des époux (1). » Qu’est-ce que cela signifie ?''

Lumière originelle

L’union conjugale possède une beauté, une lumière, une valeur et une signification infinies. Parmi ses fruits, il en est un de particulièrement prodigieux : la procréation d’une nouvelle personne. « Tandis qu’ils se donnent l’un à l’autre, les époux donnent au-delà d’eux-mêmes un être réel, l’enfant. » (2). « L’acte par lequel les conjoints mettent en œuvre les conditions pour qu’une nouvelle personne existe est le seul et même acte par lequel ils se témoignent réciproquement de leur amour et de leur don. » (3)

Beaucoup, me semble-t-il, perçoivent la bonté et la vérité de cette affirmation. Beaucoup saisissent que la communion intime des époux dans l’amour et la tendresse convient magnifiquement à ce qu’est un enfant et à ce qu’il est appelé à devenir : un être de communion, d’amour et de tendresse. Une difficulté, une incompréhension, une révolte même, peuvent apparaître lorsque cette communion corporelle n’est pas possible ou qu’elle est marquée par la stérilité. Que faire ?

Recours aux soins

Les couples affrontés à une telle difficulté se tournent en général vers un médecin. Ce dernier fait tout ce qui est en son pouvoir pour soigner les causes de la stérilité, ou parfois tout simplement pour aider ces couples à prendre patience. Dans certains cas cependant, les conseils ou les soins s’avèrent inefficaces. Que faire alors ? N’y aurait-il pas un autre moyen pour obtenir malgré tout l’enfant tant désiré ?

Recours à la production d’embryons humains (PEH)

Certains couples se tournent alors vers ce qui est communément désigné par l’expression « procréations médicalement assistées » (PMA). Ils apportent à des techniciens de la vie du matériel génétique, du « matériel idéologique » (un projet parental) et de l’argent. Ils chargent des gens de laboratoire de réaliser ce qu’eux-mêmes n’arrivent pas à accomplir : la procréation de leur enfant. Nous sommes ici dans une toute autre logique que celle des soins ou de l’assistance médicale. Des procédures techniques prennent la place de la rencontre amoureuse des époux pour tenter de donner la vie.

Une blessure qui peine à se dire

Même si les conjoints n’osent pas toujours se le dire à eux-mêmes, cette substitution les blesse profondément. Leur intimité conjugale leur est en quelque sorte confisquée pour un temps. Leur paternité et leur maternité sont « transférées » à des hommes et des femmes en blouse blanche. Bien sûr, l’enfant qui en résultera - si l’opération réussit - fera leur joie et, comme tout enfant, les comblera au-delà de leur désir et de leur imagination. Il n’en reste pas moins vrai que le moment de la conception de cet enfant est objectivement marqué par une certaine violence pour le couple.

Et pour l’enfant ?

En outre, les époux perçoivent de façon plus ou moins vive qu’une telle conception « artificielle » n’est pas « idéale » pour le petit enfant lui-même. Bien évidemment, cela ne signifie nullement que la vie de celui-ci ne possède pas exactement la même grandeur, la même bonté, la même dignité et la même vocation que la vie de tous les autres enfants. Mais à l’origine même de sa vie conçue par des scientifiques, il y a comme un manque, une blessure.

Comment évaluer ce processus ou cette démarche d’un point de vue éthique ? Telle est la question que nous sommes alors amenés à nous poser...

Pour « avoir » un enfant, le recours aux techniques de production d’embryons humains (PEH) est-il juste d’un point de vue éthique ? Bien évidemment, il ne s’agit nullement de juger ou de condamner quiconque ! Les désirs et les intentions des époux - comme aussi ceux du personnel médical - peuvent être admirables, généreux, nobles, parfois très intenses. Les souffrances endurées sont généralement très aigües. Mais les moyens en lesquels ils se confient sont-ils objectivement appropriés ?

Les techniques de production d'embryons humains en général

C’est ici qu’apparaît une divergence majeure entre le discernement de l’Eglise et celui d’une partie importante de la culture occidentale actuelle. Selon le discernement de l’Eglise en effet, le seul « moyen » qui convient à la conception d’une nouvelle personne humaine est la donation amoureuse réciproque des époux dans la totalité de ce qu’ils sont, corps et âmes. La relation conjugale est en quelque sorte « non déléguable », non substituable, incontournable, indépassable. Soigner celle-ci dans la mesure du possible, mille fois « oui » ! La remplacer, « non », même si une telle opération est matériellement réalisable. La procréation d’une nouvelle personne ne peut se passer de la donation corporelle et réciproque des époux dans l’amour. « La procréation d’une personne humaine doit être poursuivie comme le fruit de l’acte conjugal spécifique de l’amour des époux. » (1)

Cette insuffisance sur le plan éthique redouble lorsque le matériel génétique est apporté en partie ou en totalité par quelqu’un d’extérieur au couple. On parle alors de fécondation artificielle « hétérologue ». Dans ce cas, un donneur étranger fait intrusion - de façon anonyme ou non - dans l’intimité du couple et de l’enfant en constitution, intimité déjà fortement mise à l’épreuve par les interventions des techniciens de la vie.

Quid des embryons non sélectionnés?

De facto, ces techniques passent par des étapes de réalisation de plusieurs embryons, de tests et de sélections, de congélation des embryons surnuméraires et de « réduction embryonnaire » en cours de grossesse. A elles seules, ces pratiques suffisent à rendre illicite le recours aux techniques de fécondation artificielle. Mais, comme nous avons tenté de le montrer, la raison principale du discernement est ailleurs. Voilà pourquoi le recours aux PEH demeurerait moralement inappropriée même si la technique utilisée n’impliquait aucune maltraitance, aucun abandon ou aucune destruction d’embryons.

Humanité d’un tel discernement

A la différence des soins thérapeutiques, les techniques de production d'embryons humains sont donc illicites d’un point de vue éthique, y compris comme « dernier recours ». D’autres chemins peuvent s’ouvrir à ceux et à celles qui souffrent de ne pas être en mesure de mettre au monde des enfants. De façon déconcertante, ces couples sont invités à vivre eux aussi une réelle expérience de fécondité sous une autre forme. A certains, ce discernement peut sembler sévère. Il ne juge ou ne condamne cependant personne. Il témoigne d'abord et avant tout de la grandeur, de la beauté, de la spécificité de la vie humaine et de sa transmission. '' Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles, est professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles. ( auteur d'Ethique sexuelle et familiale aux éditions de l'Emmanuel )''

Pour aller plus loin :

  • Lire la synthèse de l'ouvrage "Bioéthique : propos pour un dialogue sur [l'assistance médicale à la procréation et l'anonymat du don

(1) CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Instruction « Donum vitae » sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation. Réponses à quelques questions d’actualité, 1987, in Documentation catholique 84 (1987), II, B,4. Ce discernement est repris vingt-et-un ans plus tard par cette même congrégation dans son instruction « Dignitas Personae » sur certaines questions de bioéthique, coéd. Bayard-Cerf-Fleurus-Mame, Paris, 2008, n°12.

(2) JEAN-PAUL II, Exhortation post synodale Familiaris consortio, 1981, n°14.

(3) D. TETTAMANZI, Donner la vie : à quel prix?, Ed. Salvator, Paris, 2004, p.121.

mercredi 29 avril 2009

L'épreuve de l'infertilité

olivier Bonnewijn

De nombreux couples sont éprouvés par le fait de ne pouvoir concevoir un enfant. A travers plusieurs billets à venir sur le blog, Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles, apporte un éclairage sur ce que dit l’Eglise sur le recours aux techniques de production d’embryons humains.

Le mariage est profondément orienté vers l’épanouissement des conjoints et l’accueil des enfants. Certains époux sont rudement éprouvés par le fait de ne pas pouvoir concevoir un enfant, ou par la crainte de concevoir un enfant en mauvaise santé. « Entre révolte et désespoir, une nuit profonde semble par moments envelopper le couple.

Avec qui en parler ? Personne ne semble vraiment comprendre. Les questions sans réponse se bousculent : Pourquoi nous ? Il y a tant de personnes qui rejettent leur enfant alors que nous, nous en voulons un. Et si c’était d’ordre psychologique ? Notre couple sera-t-il assez solide pour affronter cette épreuve ? Par quels moyens ? Est-il possible de vivre heureux malgré ce manque ? Et si cette situation dure ? » (1) « Je m’en vais sans enfant, laisse échapper Abram. Un serviteur héritera de moi » (Gn 15, 2-3). « Donne-moi des enfants ou je meurs » (Gn 30,1) s’écrie Rachel à son mari. La stérilité conjugale est un drame qui s’attaque à la joie de vivre du couple et au sens même de son existence.

L'Eglise se réjouit des progrès pour soigner les cas d'infertilité

Dès la deuxième moitié du vingtième siècle, les progrès de la science permettent heureusement la mise au point de traitements efficaces. Les médecins parviennent à soigner alors bien des cas d’infertilité, donnant ainsi à de nombreux époux la possibilité de réaliser leur désir d’être parents. L’Eglise s’est bien sûr toujours profondément réjouie de ces progrès. Elle les a encouragés et y a largement contribué. Les développements actuels de la « naprotechnologie » offrent un exemple parmi d’autres. La médecine de la procréation fit ainsi irruption au cœur des couples en se mettant à leur service que ce soit avant, pendant ou après leur union conjugale.

Des techniques substitutives

La médecine se heurta cependant à des situations insolubles sur le plan thérapeutique. Certains médecins ne voulurent pas s’avouer vaincus pour autant et tentèrent de contourner l’obstacle de la stérilité. A cet effet, des hommes de science élaborèrent des techniques de substitution aux relations conjugales et aux premières étapes de la gestation. Ainsi apparurent diverses formes d’inséminations et de fécondations artificielles. Dans certains cas, les gamètes des époux étant inexistants, stériles ou biologiquement déficients, les techniciens de la vie sortirent du cadre du couple marié et firent appel à des donneurs de spermes et d’ovules étrangers.

Un discernement délicat

A propos de ces nouvelles pratiques de « substitution », le Magistère de l’Eglise opéra un discernement délicat qui prit plus de sept ans. Il consulta de très nombreux experts et communiqua en 1987 le fruit de ses réflexions pluridisciplinaires dans un document intitulé « Donum vitae ». Il poursuivit, actualisa et amplifia ses recherches dans une récente instruction intitulée « Dignitas personae ». « La procréation d’une personne humaine, reconnaissent ces deux documents, doit être poursuivie comme le fruit de l’acte conjugal spécifique de l’amour des époux. » Qu’est-ce à dire ? Nous le verrons dans les deux billets qui suivront.

Olivier Bonnewijn, prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles, est professeur d'éthique à l'Institut Théologique de Bruxelles. ( auteur d'Ethique sexuelle et familiale aux éditions de l'Emmanuel )

Pour aller plus loin :

  • Lire la synthèse de l'ouvrage "Bioéthique : propos pour un dialogue sur [l'assistance médicale à la procréation et l'anonymat du don

(1) M. et M. MORNET, Quand l’enfant se fait attendre, Ed. de l’Emmanuel, Paris, 2004, p. 13.

mardi 28 avril 2009

Comment aider les couples à concevoir un enfant dans le respect de leur relation et de l'embryon ?

L’Eglise s’est toujours profondément réjouie et a encouragé les progrès réalisés par la médecine dans la lutte contre l'infertilité. Les développements actuels de la « naprotechnolgie » en offrent un exemple parmi d’autres. En écho au billet d'Olivier Bonnewijn sur l'infertilité et le recours aux techniques de procréation médiale assistée, Caroline Guindon met en lumière la naprotechnologie.

L’instruction Dignitas Personae, parue le 12 décembre 2008, le rappelle: les techniques visant à l’élimination des obstacles à la fécondité naturelle, sont licites.

C’est précisément l’objectif de la méthode FertilityCare (méthode naturelle de régulation des naissances) et de la naprotechnologie (abréviation de « Natural Procreative Technology ») ou Procréation Naturelle Médicalement Assistée (1).

Qu'est-ce que la naprotechnologie?

A la différence des techniques d’assistance médicale à la procréation (PMA), qui contournent les causes de l’infertilité (2) et se substituent à l’acte conjugal, la naprotechnologie recherche et traite les causes sous-jacentes de l’infertilité, chez la femme comme chez l’homme, pour permettre la conception lors d’un rapport sexuel normal.

L’objectif est donc d’aider les couples à concevoir leur propre enfant, mais pas à tout prix: pas au prix de la santé mentale et physique de la femme, de la relation de couple, de la destruction d’autres embryons ou de la dévalorisation de la personne de l’enfant à naître.

Les couples apprennent à détecter et noter leurs signes indicateurs de fertilité de manière précise et standardisée grâce à la méthode FertilityCare. Le médecin spécifiquement formé peut ensuite faire une évaluation plus approfondie du cycle féminin, afin d’identifier des troubles souvent non détectées par les examens gynécologiques courants.

En naprotechnologie, établir un diagnostic est essentiel !

La synchronisation des examens complémentaires et des traitements avec chaque cycle individuel, par le biais du tableau de fertilité, est propre à la naprotechnologie. Il s’agit de traitements médicaux, hormonaux et non hormonaux, et si besoin chirurgicaux.

Corriger les anomalies du tableau de fertilité et les déficiences hormonales améliore la fertilité et diminue les risques de fausse couche. Une fois cela réalisé, la conception peut avoir lieu entre le 1er et le 12e cycle effectif de traitement. En moyenne, les couples achèvent l’évaluation diagnostique et le traitement entre le 18e et le 24e mois après la première consultation médicale, ou plus tôt s’il y a conception.

En Irlande, 800 grossesses menées à terme grâce à cette méthode

La naprotechnologie convient pratiquement à tous les types de stérilité et de fausse couche (3) . Elle traite aussi le syndrome prémenstruel, la dépression du post-partum et toutes les pathologies gynécologiques.

Elle est accessible en Irlande depuis 1998. A ce jour, environ 3000 couples ont été suivis et plus de 800 couples irlandais et anglais ont mené à terme une grossesse grâce à cette méthode. Le taux de succès brut est de 25,5% et le taux ajusté (obtenu si tous les couples continuaient le programme pendant les 24 mois requis) est de 52,8%. Le taux de succès réel se situe donc entre ces deux chiffres.

La probabilité de réussite est de 40 à 50% pour les femmes d’environ 35 ans essayant de concevoir depuis 5 ans. Elle est inférieure pour les femmes plus âgées, quand les adhérences pelviennes ou l’endométriose sont sévères, ou pour les hommes au taux de spermatozoïdes très bas.( Le taux de grossesses gémellaires est de 4,5% environ.)

En cas de fausses couches à répétition, près de 80% des couples peuvent espérer mener à bien une grossesse. La naprotechnologie a traité avec succès des couples ayant eu jusqu’à 7, 8 ou 9 fausses couches auparavant.

Après échec de fécondation in vitro, le taux de succès est moindre, mais non négligeable: en 10 ans en Irlande, on compte 168 conceptions (dont 126 ont abouti à une naissance vivante) chez 136 couples ayant connu des échecs de FIV et essayant de concevoir depuis en moyenne 5,7 ans. Le taux de fausse couche a donc été de 25%. La moyenne d’âge de ces femmes était de 37 ans et 44% d’entre elles avaient 38 ans ou plus. 46% d’entre elles n’avaient jamais conçu auparavant et 84% n’avaient jamais eu de naissance au préalable.

Caroline Guindon est médecin et membre de la Fraternité de Marie Reine Immaculée de l’Univers. Elle a exercé pendant 6 ans dans une unité de Soins Palliatifs en région parisienne. Elle exerce la naprotechnologie depuis septembre 2005 à la Fertility Clinic de la Galway Clinic, à Galway en Irlande.

La naprotechnologie a été mise au point par le Professeur T. W. Hilgers, gynécologue obstétricien à Omaha (Nebraska, USA), en association avec l’Université de Creighton. Il est spécialisé en Médecine de la Reproduction Humaine et membre permanent de l’Académie Pontificale pour la Vie.

(1) Un article est paru récemment : “Outcomes from Treatment of Infertility with Natural Procreative Technology in an Irish General Practice”- Joseph B. Stanford, MD, MSPH, Tracey A. Parnell, MD and Phil C. Boyle, MB. Journal of the American Board of Family Medicine 21 (5): 375-384 (2008). Voir le site www.jabfm.org ou http://www.jabfm.org/cgi/content/full/21/5/375

(2) Voir « Né de spermatozoïde inconnu » d’A. Kermalvezen : « L’AMP est un traitement palliatif et non curatif de la stérilité des couples... Je considère que l’infertilité de mon père est toujours bannie puisque ses causes n’ont toujours pas été recherchées ».

(3) Sont concernés les couples souffrant d’endométriose, d’ovaires polykystiques, d’adhésions pelviennes, de trompes de Fallope bloquées, d’un taux de progestérone insuffisant, d’absence d’ovulation, de stérilité inexpliquée, d’un facteur masculin d’infertilité ou de fausses couches à répétition inexpliquées.

Pour en savoir plus: www.fertilitycare.fr