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2-Recherche sur l'embryon

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mercredi 27 mars 2013

Embryons : le primat de l'humain - Tribune de Mgr d'Ornellas

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Mgr Pierre d’Ornellas, Archevêque de Rennes, s’exprime dans une tribune parue le 27 mars 2013 dans le quotidien le Figaro, sur le projet de loi qui sera examiné cette semaine par les parlementaires. Il pose deux questions : peut-on autoriser la recherche sur l’embryon humain et élargir l’AMP aux personnes de même sexe ? Mgr d’Ornellas appelle à une « ’écologie humaine’, plus urgente que l’écologie concernant l’environnement. » et demande « un débat sous forme d’États généraux » comme prévu dans la loi de bioéthique.

Notre loi de bioéthique est issue d’un vrai débat de société ; l’Église catholique s’y est engagée par le « dialogue ». Selon cette loi, la recherche sur l’embryon humain et ses cellules est par principe interdite, et les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) ne sont possibles qu’en cas d’infertilité médicalement constatée. Or, des parlementaires veulent modifier ces deux points essentiels : d’abord, en autorisant par principe la recherche sur l’embryon humain ; ensuite, en faisant de l’AMP un contournement de « l’infertilité sociale » entre deux personnes de même sexe. Ces changements sont-ils opportuns ?

Depuis 1994, l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain et ses cellules a été maintenue. Cela est conforme à notre Code civil qui exige le respect de l’être humain « dès le commencement de sa vie », en raison de sa « dignité ». Autoriser maintenant cette recherche n’est-il pas anachronique ? En effet, le prix Nobel 2012 du professeur Yamanaka et des progrès scientifiques attestent que des recherches alternatives sont crédibles. Celles-ci n’indiquent-elles pas la direction à prendre pour que la France ne soit pas en retard ?

Souvent non dits et pourtant sous-jacents, des motifs financiers rendraient nécessaire une telle recherche afin d’obtenir des résultats intéressant certaines sociétés pharmaceutiques. Mais l’éthique doit-elle se soumettre à des intérêts industriels ?

Amis lecteurs, vous et moi, nous étions chacun, selon le regard scientifique, une puis quelques cellules se reproduisant à l’identique avant de se différencier selon nos tissus cellulaires, formant progressivement notre corps jusqu’à celui que nous avons. La science apporte des confirmations à cette vérité élémentaire et prodigieuse que le regard philosophique peut discerner : toute personne humaine commence en étant un embryon humain. Nul ne devient humain qui ne l’est pas ! Impossible pour lui d’exister si on lui enlève ce qu’il a d’humain ! Cet adjectif dit avec précision que cet embryon partage notre humanité. C’est pourquoi, nous devons le respecter et, en raison de son extrême vulnérabilité, le protéger.

L’intelligence, instruite par la science et la philosophie, peut-elle échapper à cette logique du respect, qui est l’honneur d’une société ? L’intelligence qui a le sens de l’homme s’émerveille devant ce petit d’homme qu’est l’embryon et qui recèle en lui la puissance de développement pour devenir l’adulte que vous et moi sommes devenus. L’intelligence croyante, en harmonie avec la science et la philosophie, y reconnaît l’infinie bonté de Dieu, Créateur et Père, qui nous invite à être les gardiens les uns des autres, à protéger ainsi les plus faibles.

En légalisant l’autorisation par principe de recherche sur les embryons humains, nous basculerions dans l’utilitarisme. Là, point d’émerveillement devant l’humanité du plus vulnérable ! Deviendrait légal le droit de ne pas la respecter chez l’être humain embryonnaire. Ce serait certainement une régression.

Seulement voilà : notre technique d’AMP produit des embryons humains en surnombre. Nous les stockons. La tentation est grande de les utiliser pour la recherche. Leur coût est si inférieur à celui des embryons d’animaux ! Et surtout, ils sont vraiment humains, c’est pourquoi ils sont intéressants ! On s’autojustifie en proclamant que cela ne change rien puisqu’ils sont voués à la destruction. En vérité, cela change tout : la loi, en interdisant par principe la recherche, donne un signal fort. Celui-ci est lumineux : l’humain a toujours la priorité !

Et l’AMP ? Un débat est nécessaire. Avons-nous aujourd’hui raison de stocker des embryons humains ? Des voix se sont élevées pour reconsidérer cette manière de faire. Est-elle toujours sans danger pour la femme ? Certains alertent sur cette question. D’autres rappellent ce point crucial : « la procréation naturelle doit constituer le cadre de référence de l’AMP », selon la pensée des citoyens lors des États généraux de bioéthique.

La souffrance de l’infertilité est grande. Qui le nierait ? Mais si nous donnions à la procréation humaine la seule référence de la possibilité technique, nous tomberions dans un autre utilitarisme. Le désir d’enfant deviendrait roi. Cela ouvrirait la porte au « droit à l’enfant », droit qui n’existe pas car l’enfant n’est ni un dû ni un objet. De plus, l’égalité devant la technique obligerait à autoriser la gestation pour autrui (GPA). En effet, l’AMP qui répondrait au désir d’enfant exprimé par deux femmes devrait aussi satisfaire le même désir chez deux hommes. Or, pour eux, la seule technique est la GPA, qui conduit à une instrumentalisation de la femme et à l’abandon d’enfant.

Nul progrès ne viendra sans une « écologie humaine », plus urgente que l’écologie concernant l’environnement. Notre loi de bioéthique exige qu’un débat sous forme d’États généraux soit organisé avant toute modification. Comme cela est pertinent ! Dans une société gorgée de techniques, l’intelligence a de plus en plus besoin, non d’opinions hâtives ou intéressées qui la rabaissent, mais d’un débat qui la hisse vers le primat de l’humain. Ainsi grandie, elle concilierait éthique de la dignité et recherche scientifique en vue de soigner le mieux possible, ce qui est la finalité de la loi de bioéthique et mon souhait le plus profond.

jeudi 06 décembre 2012

Communiqué de Mgr Pierre d'Ornellas suite à l'adoption par le Sénat d'un amendement autorisant la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

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Haute importance

Le Sénat a adopté hier soir une proposition de loi visant à mettre en place un régime d’autorisation sur la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. Or, l’article 46 de la loi de bioéthique de 2011 prévoit que : « Tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous forme d’états généraux ». Mgr d’Ornellas, qui a animé au nom de l’Eglise en France le dialogue de la qualité que l’on sait, préparant cette loi de 2011, s’exprime dans le communiqué ci-joint au nom de la Conférence des Evêques de France. Merci de relayer cette information.

Mgr Bernard PODVIN, Porte-parole des évêques de France

Respecter la vie humaine ?

« Vous voulez protéger la vie dans des conditions qui nous paraissent contraires à l’essence même de la vie. » En prononçant cette phrase, le sénateur Jacques Mézard, (qui veut l’autorisation légale de la recherche sur l’embryon humain) a pourtant exprimé la gravité de l’enjeu de la proposition de loi adoptée dans la nuit par le Sénat.

La vie de l’embryon humain mérite-t-elle d’être protégée ? Oui ou non ? Le Sénat a répondu par la négative. Conscient qu’il s’agit d’une « transgression anthropologique », il a pourtant voté l’autorisation de la recherche sur l’embryon humain, par principe et non plus seulement par exception. Le motif invoqué est hasardeux : le retard de la France en matière de recherche scientifique. Est-il vrai que le progrès de la recherche française dépende de cette autorisation ? L’embryon humain a le droit d’être protégé. L’Europe demande que sa protection soit assurée le mieux possible. Notre droit français actuel s’honore en maintenant, sans ignorer les situations difficiles, le respect de l’être humain « dès le commencement de sa vie ». La France peut être fière de ce respect. Souhaitons qu’elle garde cette fierté !

Le Sénat a remis en cause ce respect. Cela est choquant. Et un tel changement est opéré sans même qu’un véritable débat ait eu lieu. La loi de bioéthique promulguée en juillet 2011 exige pourtant ce débat. Le Sénat ne l’a pas jugé utile. Pourquoi avoir peur du débat qui fait appel au vaste panorama de la philosophie et de la science ? L’Allemagne maintient l’interdiction de recherche sur l’embryon humain. Faudra-t-il que ce soit l’Allemagne qui soit en avance dans le respect dû à l’être humain ?

Le vote du Sénat est d’autant plus choquant que, dans les tests pour les nouveaux médicaments, la communauté scientifique internationale privilégie désormais les cellules souches reprogrammées découvertes par les Nobels Gurdon et Yamanaka. Comme l’a écrit le neurobiologiste Alain Privat, l’adoption d’une disposition autorisant par principe l’expérimentation sur les embryons humains « enverrait au monde un message de négation de l'éthique et d'anachronisme scientifique ».

Rennes, 5 décembre 2012

Mgr Pierre d’ORNELLAS, Archevêque de Rennes

Voir à ce sujet les billets publiés sous la rubrique "Recherche sur l'embryon"

Proposition de loi n°576 disponible ici.

Dossier législatif du Sénat disponible ici.

mercredi 07 décembre 2011

Communiqué de presse de la COMECE : L’UE devrait actualiser sa politique de recherche en matière de cellules souches

Logo COMECE

La recherche sur les cellules souches embryonnaires n’est plus brevetable dans l’UE, elle est controversée sur le plan éthique et représente par conséquent un domaine de recherche non consensuel parmi les Etats membres et les citoyens de l’UE. De plus, elle offre de moins en moins de perspectives cliniques. C’est pourquoi la COMECE appelle l’UE à exclure la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines de son prochain programme cadre de financement de la recherche Horizon 2020 et de se concentrer plutôt sur le secteur plus innovant et prometteur de la recherche sur les cellules souches alternatives.

Horizon 2020 est le nouveau programme cadre de recherche et d’innovation de l’UE pour la période 2014-2020 et il est doté d’un budget de 80 Milliards d’€. Il faut saluer ce programme qui constitue un instrument majeur pour soutenir la croissance et l’innovation dans l’Union européenne. En particulier en matière de recherche médicale, il pourrait conduire à l’émergence de traitements innovants pour les patients.

La Commission européenne a récemment présenté un paquet de propositions pour Horizon 2020. Ces propositions améliorent le cadre éthique actuel en faisant référence à certains principes éthiques désormais applicables. Néanmoins, deux des principes les plus importants ne sont pas mentionnés : la protection de la dignité humaine (art. 1 de la Charte des Droits fondamentaux) et la primauté de l'intérêt et du bien de l'être humain sur le seul intérêt de la société ou de la science (art. 2 de la Convention d’Oviedo).

Cependant, la COMECE est surtout très préoccupée par une omission majeure : les nouvelles propositions intègrent certains engagements déjà pris par la Commission dans sa Déclaration de 2006, mais étonnamment, se trouve exclu l’engagement (§12) en vertu duquel la Commission européenne « ne soumettra au comité de réglementation aucune proposition de projet comportant des activités de recherche qui impliquent de détruire des embryons humains, y compris pour l'approvisionnement en cellules souches. » Cela signifie que les propositions actuelles forment un cadre éthique qui est en réalité moins contraignant que celui qui s’applique en programme cadre de recherche actuel (2007-2013).

Une recherche pas orientée vers le marché

Par ailleurs, sur le plan juridique, les propositions ne prennent pas en compte la récente décision de la Cour européenne de Justice dans l’affaire Greenpeace contre Brüstle. La Cour y défini pourtant clairement ce qu’est un embryon humain et confirme que les inventions biotechnologiques mettant en œuvre des cellules souches embryonnaires humaines ne peuvent être brevetées. Par conséquent, si le corpus législatif de l’UE veut garder sa logique et sa cohérence interne, tout projet de recherche impliquant l’utilisation de cellules souches embryonnaires à des stades suivant leur dérivation devrait être exclu d’une possibilité de financement.

Ajoutons que, sur le plan économique, il apparaît quelque peu inefficace de financer des recherches dont les possibles résultats seront juridiquement empêchés d’être transformés en véritable innovation sur le marché. Or, l’un des principaux objectifs d’Horizon 2020 est justement d’aider « les entreprises innovantes à transformer leurs percées technologiques en produits viables disposant d’un véritable potentiel commercial ».

Une recherche moins prometteuse sur le plan clinique

Récemment, l’entreprise Geron Corp., leader mondial de la recherche sur les embryons, a annoncé qu’elle mettait fin à son programme de recherche sur les cellules souches.

Il est clair que la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines n’a pas produit les résultats escomptés. Dans le même temps, la recherche sur des sources alternatives de cellules souches – adultes, issues de cordon ombilical ou pluripotentes induites – offrent actuellement des perspectives tangibles et efficaces pour des applications thérapeutiques et ont même déjà fait leurs preuves via des résultats cliniques largement partagés. Ces méthodes, qui sont largement approuvées sur le plan scientifique et éthique – ne sont donc pas controversées parmi les Etats Membres. Elles devraient donc bénéficier d’un financement prioritaire dans le nouveau programme cadre Horizon 2020.

Moins de soutien parmi les citoyens de l’UE

Enfin, l’enquête Eurobaromètre portant sur les sciences de la vie et la Biotechnologie conduite en octobre 2010 montre que 56% des européens pensent que l’embryon est un être humain dès la fécondation (p. 146) et 69% des sondés approuvent la recherche sur les cellules souches adultes tandis qu’ils sont beaucoup moins nombreux à approuver la recherche sur les cellules souches embryonnaires (p.55).

La COMECE estime qu’il reste une marge d’amélioration pour ces propositions durant l’avancement de la procédure législative qui est maintenant lancée. Elle attend donc que les développement juridiques et scientifiques récents – ainsi que les principes éthiques de base et les options politiques de fond mentionnés ci-dessus - soient pris en compte et clairement transposés dans les instruments d’ Horizon 2020 lorsque ce programme sera finalement adopté.


La COMECE suit de près les débats éthiques liés à la politique de recherche. En mai 2011, la COMECE a contribué à la Consultation lancée par la Commission européenne, sur ce nouveau programme de recherche.

Source : http://comece.org/site/fr/presse/communiquesdepresse?SWS=7e4801807df06c1423438456e36b762a

Pour plus d’information, veuillez contacter johanna.touzel@comece.eu, COMECE Press Officer

lundi 05 décembre 2011

Au sujet du Téléthon 2011

Logo diocèse de Paris

Communiqué de presse du diocèse de Paris

Paris, le 2 décembre 2011

L’Eglise salue la grande générosité des français et soutient les espoirs des malades et de leurs familles. Elle constate cependant que les fortes réserves et les demandes qu’elle a formulé depuis plusieurs années sont toujours d’actualité : les donateurs doivent pouvoir demander à ce que leur don ne soit pas affecté au financement de voies de recherche qu’ils réprouvent, en particulier celles s’appuyant sur la destruction d’embryons.

L’Eglise encourage chercheurs, associations, fondations et donateurs à s’engager résolument pour des recherches qui respectent pleinement la vie humaine.

mardi 15 novembre 2011

Message du pape Benoît XVI aux participants du congrès international "Adult Stem Cells, Science and the future of Man and Culture".

"Les êtres humains sont dotés d'une âme immortelle et sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, a rappelé le pape Benoît XVI. C'est pourquoi, il existe des dimensions de l'existence humaine qui vont au-delà des limites des compétences des sciences naturelles. Si l'on dépasse ces limites, il existe un risque sérieux que la dignité et l'inviolabilité de la vie humaine deviennent subordonnées à des considérations purement utilitaristes. Au contraire, si l'on respecte ces limites, la science peut apporter une réelle contribution à la promotion et la sauvegarde de la dignité de l'homme. C'est pourquoi, les potentialités bénéfiques de la recherche sur les cellules souches adultes sont considérables puisqu'elle ouvre des possibilités de guérison de maladies dégénératives chroniques par la réparation des tissus atteints... L'amélioration promise par ces thérapies constitue un important pas en avant pour la science médicale, et un nouvel espoir pour les malades et leurs familles en souffrance. Pour cette raison, l'Eglise encourage naturellement ceux qui développent ou soutiennent ce type de recherche, à condition bien sûr qu'elle soit menée avec la considération due au bien intégral de la personne humaine et au bien commun de la société. Cette considération est de la plus grande importance. La mentalité pragmatique qui influence souvent la prise de décision aujourd'hui est trop incline à prendre tous les moyens disponibles pour obtenir la fin souhaitée, malgré l'évidence des conséquences désastreuses de cette façon de penser. Quand la fin est tellement désirée, comme la découverte d'un traitement pour les maladies dégénératives, il est tentant pour les hommes politiques et les médecins de laisser de côté les objections éthiques et de continuer d'aller de l'avant avec n'importe quelle recherche paraissant offrir quelques possibilités de progresser. Ceux qui défendent la recherche sur les cellules souches embryonnaires avec l'espoir d'obtenir ce résultat, commettent la grave erreur de nier le droit inaliénable à la vie de tout être humain du moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle. La destruction d'une seule vie humaine ne peut jamais se justifier en terme de bénéfice qu'elle pourrait apporter à une autre".



L'Eglise, avocate des « sans défense

"Cependant, en général, ces problèmes éthiques ne se posent pas lorsque les cellules souches sont extraites de tissus d'un organisme adulte ou du sang du cordon ombilical au moment de la naissance... Le dialogue entre science et éthique est de la plus haute importance pour s'assurer que les progrès de la médecine ne se fassent jamais à un coût humain inacceptable. L'Eglise contribue à ce dialogue en participant à la formation des consciences en accord avec la juste raison et à la lumière de la vérité révélée. Il ne s'agit pas d'empêcher le progrès scientifique mais, au contraire, de l'orienter dans une direction vraiment fructifère et bénéficiaire pour l'humanité...spécialement pour les plus faibles et vulnérables. Lorsque l'Eglise réclame de l'attention envers les besoins des « sans défense », elle ne pense pas seulement à ceux qui ne sont pas nés mais aussi à ceux qui ne peuvent pas facilement accéder à des traitements médicaux coûteux... La justice exige que tous les efforts possibles soient faits pour permettre à ceux qui en ont besoin de bénéficier des fruits de la recherche scientifique indépendamment de leurs moyens économiques... L'Eglise peut offrir une assistance concrète à travers son apostolat étendu en faveur de la santé, actif dans de nombreux pays du monde et s'adressant avec une sollicitude spéciale aux besoins des plus pauvres dans le monde". Je prie, a conclu le Pape, "pour que votre travail d'investigation sur les cellules souches adultes reçoivent de grandes bénédictions pour l'avenir de l'humanité".

Source : Vatican Information Service du 14 novembre 2011

mercredi 01 décembre 2010

Etat des lieux sur les recherches menées avec les différents types de cellules souches (embryonnaires, adultes, reprogrammées).

''Alors que le CCNE vient de publier son Avis n°112 portant sur la réflexion éthique sur la recherche sur les cellules d’origine embryonnaire humaine, nous publions un billet cherchant à apporter un éclairage scientifique sur l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique (*). Il est signé par les Professeurs Lafont et Lataillade ainsi que par le Dr Coulomb.''

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Avant tout, rappelons que l'on fait de la thérapie cellulaire "comme Mr Jourdain" depuis 50 ans en réalisant des transfusions sanguines et des greffes de moelle pour sauver des vies.

Néanmoins, la thérapie cellulaire représente encore aujourd'hui une source d’espoir importante pour le traitement de certaines maladies. Elle repose sur l’emploi de cellules particulières appelées cellules souches qui, sous une même appellation, correspondent à des cellules dont les potentiels sont différents. Les cellules souches existent dès la conception (cellules totipotentes), participent au développement de l'organisme en se multipliant et en se spécialisant rapidement pour former les trois feuillets embryonnaires (cellules pluripotentes), avant de perdre encore de leur "pouvoir" (normalement de façon irréversible) lorsqu'elles aboutissent à la formation des différents organes (cellules multipotentes). Elles persistent chez l'adulte dans la plupart des organes et tissus et participent à leur renouvellement normal (épiderme par exemple) ou à leur réparation.

Quelle cellule souche choisir et pour quelle application ?

Il était donc logique de penser à des applications médicales, mais alors quelle cellule souche choisir et pour quelle application ?

-Les cellules souches embryonnaires ont un potentiel majeur, mais on est actuellement incapable de prédire leur comportement après implantation chez un adulte, et il existe un risque de dérive important. Le risque de développement de cancer et/ou de rejet ne peut être écarté.

-Les cellules fœtales n’ont pas plus de pouvoir que les cellules adultes. Les essais cliniques dans la maladie de Parkinson avec des cellules issues du cerveau de fœtus ont donné des résultats inégaux.

-Les cellules souches adultes sont en général en petit nombre dans les tissus, difficiles à reconnaître et difficiles à prélever. Néanmoins, la greffe autologue d'épidermes de culture contenant des cellules souches épidermiques permet de sauver des grands brûlés.

-Les cellules souches du sang de cordon représentent une source précieuse car elles possèdent des propriétés intermédiaires entre celles des cellules souches embryonnaires et celles des cellules souches adultes et sont très faciles à prélever. Le Pr Gluckman a été pionnière dès 1988 en traitant un enfant leucémique avec des cellules du sang de cordon.

-Les cellules stromales mésenchymateuses (CSMs), cellules pluripotentes issues de la moelle osseuse, cordon, tissu adipeux ont plusieurs cibles. Chez les irradiés, elles sauvent des patients et évitent l’amputation. Après infarctus du myocarde, elles semblent améliorer la fonction cardiaque mais sont encore en cours d’évaluation.

-Enfin, il est important de mentionner une catégorie particulière de cellules souches adultes: les iPS (induced pluripotent stem cells). En 2007, Yamanaka et Thomson ont mis au point une méthode non clonale forçant des cellules de la peau à retourner à un stade de cellules souches pluripotentes. Depuis, de nombreuses équipes ont confirmé leurs résultats et utilisé les cellules IPS dans des essais thérapeutiques précliniques.

Ainsi, comme tout sujet scientifique brûlant, on peut déplorer les excès médiatiques. Entre l’absence de succès thérapeutique réel et la régénération type "queue de lézard qui repousse", il faut mettre le curseur entre les 2, et rester prudent afin de ne pas mettre en danger cette innovation thérapeutique.

Encadrer la recherche

Encadrer la recherche : la recherche a fait des progrès immenses en s’imposant plus de rigueur afin de préserver la dignité et les droits des patients. Cette rigueur s'applique aussi aux prélèvements vivants et aux déchets opératoires voués à la destruction. Dans le cas de l’embryon, il est capital que cette recherche continue à préserver sa dignité, qu’elle ne puisse pas rougir d’elle même, comme cela a été le cas aux USA avec les essais médicamenteux menés notamment dans des pays en voie de développement, et qu’elle reste libre des pressions venant notamment de l’industrie. La loi française protège les individus de tout commerce du corps humain. Il existe cependant un vide juridique concernant le statut de l’embryon, et c'est la responsabilité de la société de remplir ce vide.

''Pr Antoine Lafont (1/2) Dr Bernard Coulomb (1) Pr Jean-Jacques Lataillade (3)''

1 : INSERM U970, Université Paris Descartes, équipe réparation artérielle ; 2 : Hôpital Européen Georges Pompidou, APHP; 3 : Département Recherche et Thérapies Cellulaires, Hôpital d'Instruction des Armées Percy

(*) Pour connaître le point de vue de l'Eglise sur cette question, consulter la page "Recherches sur l'embryon" du site de la Conférence des évêques de France. Voir également Mgr Pierre d'Ornellas, Au coeur du débat bioéthique. Dignité et vulnérabilité. Collection Documents Episcopat, n°6/2010, pp.7-27.

mercredi 20 octobre 2010

A propos de la recherche sur l’embryon humain

En ce jour où le projet de loi de révision des lois de bioéthique est présenté en Conseil des Ministres, la psychanalyste Monette Vacquin apporte des éclairages au sujet de la recherche sur l'embryon, l'un des enjeux majeurs de la révision.

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La loi du 8 juillet 2004 rappelle que la recherche sur l’embryon humain est interdite, mais l’autorise à titre exceptionnel pour une durée de cinq ans sur des embryons surnuméraires sans projet parental. Ceci pourrait, pour un regard superficiel, passer pour un pragmatisme de bon aloi.

« Le projet parental », joker de la novlangue bioéthique

Ce serait faire fi de la succession de faits accomplis « technico-linguistiques » qui ont conduit à la fois à l’existence d’embryons humains congelés surnuméraires, et à l’avènement d’un langage rationalisant, totalement inconnu il y a seulement quelques décennies, la novlangue bioéthique, articulée autour de son atout irréfutable, qui sidère et clôt le bec à toute argumentation, le projet parental. Comme si souvent dans l’histoire, c’est par les mots que s’est opérée cette nouvelle prise de pouvoir, non des moindres, effaçant le fait que l’offre bio-médicale a précédé la demande parentale.

Mais une oreille exercée distinguera entre le fragile « désir d’enfant », qui peut ne pas être exaucé, comme tout désir, et qui est tourné vers ce dernier, et le « projet parental », dont la puissance a permis à la fécondation in vitro de franchir tout ce qui aurait pu faire seuil, jusqu’au délire, ( le clonage), en réussissant le tour de force d’effacer le mot « désir » et celui « d’enfant », avec le génie de l’inconscient pour révéler ce qu’il est chargé de masquer.

L’embryon, au carrefour des différences

Enjeu religieux, idéologique, scientifique, aujourd’hui industriel, l’embryon semble rebelle à toute qualification. Des débats récurrents ont lieu sur la définition, en lui, de la personne, qui la reconnaissant dès la fusion des gamètes mâles et femelles, qui à l’apparition du système nerveux ou à la différenciation des organes. Comme si la définition de la personne pouvait être autre chose qu’un jugement de valeur qui renseigne plus sur celui qui l’énonce que sur ce qu’il définit. L’accessibilité a été fabriquée au moyen de manipulations du langage désaffectant l’embryon de tout investissement. Embryon, pré-embryon, cellules embryonnaires, cellules souches (1). Parallèlement, la situation généalogique de l’embryon s’est inversée : Il n’est plus appelé à se développer pour se séparer, mais source lui-même de nouvelles fabrications.

Ces opérations langagières sont contemporaines de la congélation, technique supposée neutre, peu étudiée dans ces aspects autres que scientifiques, alors que nombre de questions indécidables posées par la F.I.V. en relèvent. Rendant l’un maître du temps de l’autre, la congélation invite à revisiter les liens profonds unissant temporalité et altérité, en même temps qu’elle crée une nouvelle catégorie, impensée, réifiée, aux confins de la vie et de la mort. Elle s’inscrit dans le nouveau traitement du vivant, identique à celui de l’inerte dans le monde industriel, qui passe par la fabrication, le stockage, la modification, le transport, les échanges, toutes catégories propres, dans le droit, à la qualification des choses et non des personnes. C’est elle, enfin, qui place l’embryon sous la toute puissance de la volonté individuelle, par le biais de la tutelle parentale, qui, selon le « projet » du même nom, décide de son avènement, de sa conservation, de sa destruction, de son « don » à une famille inconnue ou à la science. « Le droit peut-il tolérer que la qualification de personne dépende des volontés individuelles et non de celle de la Loi ? », s’interroge la juriste Catherine Labrusse (2). 

Qui peut prétendre que de telles dispositions, qui consacrent la toute puissance de la décision subjective et de toute extériorité qui lui fasse limite, seraient sans effets pour tous ?

Les qualifications ont inévitablement des significations pour notre vie psychique consciente et inconsciente. La science ne peut faire la loi au langage ni à ce qu’il suscite. L’embryon est et n’est pas seulement quelques cellules ; il est aussi la première matérialisation de l’alliance de l’homme et de la femme, une figure d’identification, une figure de chaque passé, en même temps qu’une ouverture sur l’avenir. Par sa position à l’exacte jonction des sexes et des générations, il condense toutes les différences. Ce qui fait de lui un objet méta-physique par excellence, (au delà de la physique.).

Figure d’altérité originaire, notre relation à cette figure porte la marque de notre relation à notre descendance, de notre ouverture à la transmission de la vie et à la différenciation. Est-ce un hasard si cette figure d’altérité tend aujourd’hui à faire retour au « même », par le biais de l’indifférenciation des organes ? Car la filiation ne remonte pas, elle descend. La réincorporation en organes que suppose l’utilisation d’embryons humains est l’exact contraire des processus de séparation et de différenciation qui constituent une parentalité non abusive, non délirante. Que peut transmettre une société sur ces enjeux symboliques vitaux, si elle fait de ses descendants, non nés mais déjà utilisés, des organes ? Quel monde humain cela dessine –t-il, quel apprentissage de la parentalité ? En d’autres termes, la réification ultime de l’embryon est-elle compatible avec les opérations mentales nécessaires pour fabriquer, métaphoriquement cette fois, du « descendant » ?

Si la dépénalisation de l’avortement fût un mal nécessaire, la recherche sur l’embryon pourrait bien être un bien hypothétique. Car si cellules souches adultes présentent les mêmes avantages thérapeutiques, alors l’insistance pour la maîtrise de l’embryon pourrait bien abriter un autre débat, un empressement impossible à élucider en quelques lignes : La jubilation de la science à piquer l’embryon à l'Église (3).

Il n’y a pas de raison que l’embryon soit inconnaissable. Mais on ne peut le traiter comme l’amibe. Nous n’avons rien à redouter du savoir en tant que tel, mais tout à redouter de l’avidité d’un désir de savoir qui ignore ce qu’il cherche, de nature à annuler, par objectivation, l’altérité qui nous fonde. (4)

Le droit, anthropo-protecteur ?

Ce pourrait être la grandeur de la loi à venir, sa sagesse : faire la part à la dimension anthropo-protectrice dont le droit est chargé, dans tous ses énoncés. Il ne s’agit pas seulement de protéger l’embryon, mais de protéger, pour nous tous, la dignité de nos représentations, en tous les états de l’humain,en nous signifiant, si nous ignorons ce que nous sommes, ce que nous ne sommes pas : des objets fabricables, réplicables, commercialisables, jetables. Car le coût anthropologique de l’absence de limites, nous le payons déjà, dans une société confuse et chaotique qui ne sait plus où elle va. Est-ce vraiment le moment de l’accroître ?

Monette Vacquin

Psychanalyste

Membre de la Commission d'Ethique bio-médicale du Consistoire Israëlite de Paris

Membre du Conseil Scientifique du département d'Ethique du Collège des Bernardins

Auteur notamment de "Frankenstein ou les délires de la raison", F.Bourin, 1989 et de "Main basse sur les vivants", Fayard, 1999.

(1) On parle également « d’artéfact de laboratoire ».

(2) Études en hommage à Pierre Catala. C.I.T.E.C 2001. Le droit privé français.

(3) Problématique qui traverse toute la biologie contemporaine.

(4) Et qui a déjà produit cet incroyable retournement : Au début de la vie, des embryons congelés, à la fin, des cadavres chauds.

mercredi 12 mai 2010

Qui est-il cet embryon ? Qu’est-ce que ce « corps embryonnaire » ?

Véritable « carrefour » du débat éthique, le statut de l’embryon serait-il une énigme insondable ? Élements de réponse du Père Alain Mattheeuws qui nous aide à réflechir sur l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique.

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De nombreuses questions bioéthiques passent par ce « carrefour » où notre intelligence et notre cœur sont convoqués pour élaborer une réponse à cette apparente énigme du statut de l’embryon (1). S’il ne s’agissait que d’un matériau biologique, purement extérieur à notre corps et étranger à la symbolique humaine, nous pourrions l’utiliser à bon escient pour de multiples usages en gardant à l’horizon le désir de faire le bien. Mais s’il est « autre chose » à la fois de plus proche et de plus lointain que nous, la manière de le traiter devient un carrefour éthique incontournable et décisif pour l’humanité.

Dans le langage théologique, on a coutume de rendre compte ultimement du lien entre tout homme et Dieu par le mot « création » : l’infiniment grand comme l’infiniment petit appartiennent au Créateur qui est présent au mystère de ses créatures : « Je n’étais qu’une ébauche et tes yeux m’ont vu » (2). Pour le chrétien, Dieu fait alliance avec ce qu’il crée : il établit un lien personnel et gracieux entre l’être humain et lui. Le Concile Vatican II s’exprimait ainsi : « L’homme est la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (3).

Cette volonté de Dieu n’est ni un concept, ni une idée, ni une loi des hommes ni l’expression de désirs complexes. Nulle part, au ciel ou sur la terre, il n’existe de mini-embryons, de pré-embryons, de créatures potentielles, d’âmes en stock prévisionnel pour d’éventuelles conceptions et procréations. L’amour de Dieu pour ses créatures est personnel. Cette puissance est intérieure aux actes humains qui permettent la conception d’un nouvel être humain : que ce soit l’acte de l’homme et de la femme, ou les processus engagés par un biologiste qui opère la fécondation d’un ovule et d’un spermatozoïde. Dieu n’est pas à côté des actes humains. Il n’y a pas non plus comme un « no man’s land », de temps ou d’espace, où sa « présence » serait « absence ».

On peut dire ainsi que Dieu est toujours présent au « corps embryonnaire » (4). Il se laisse comme « toucher », « guider » par les personnes qui conçoivent un embryon. Dès que le « corps embryonnaire » paraît, quels que soient les modalités de son surgissement, nous avons l’assurance que Dieu s’est engagé dans ce corps. Ces termes « corps embryonnaire » sont originaux : ce n’est plus uniquement un vocabulaire scientifique ni une affirmation dogmatique que suggère la réflexion ecclésiale. Il s’agit du « corps embryonnaire » d’un être humain de notre espèce. Dieu est présent à l’intime du corps car « le corps est pour le Seigneur et le Seigneur est pour le corps » (5). Nous saisissons que Dieu n’est pas « ailleurs ». Il est présent au mystère du « nouveau-conçu ».

Il assume de manière paternelle le « corps embryonnaire » de l’être humain, tel qu’il est. Celui-ci n’est-il pas parfois marqué par un handicap, des mutations génétiques, des défaillances chromosomiques, des faiblesses protéiques, des défauts physiques majeurs qui hypothèquent son temps de vie sur la terre ? S’il est de l’espèce humaine, le « corps embryonnaire » n’est-il pas même habité de la présence de Dieu ? C’est pourquoi il mérite le respect inconditionnel dû à tout être humain.

La manière dont il a été conçu peut être maladroite ou immorale : elle ne nie cependant pas sa réalité personnelle en train de se développer et de s’exercer petit à petit. Elle n’oblitère pas la dignité qui lui est propre et qu’on ne peut pas nier sans le blesser et sans nous blesser dans notre dignité d’homme. Mais il est normal, pour l’anthropologie chrétienne, d’affirmer que le « berceau anthropologique » de l’être humain ne peut pas être n’importe quel acte. A la bonté de l’acte créateur doit correspondre la bonté d’un acte d’amour conjugal, d’un homme et d’une femme liés par une promesse d’amour. A la bonté et à l’innocence d’un nouvel être humain doivent correspondre la beauté et la grandeur d’un acte conjugal « posé par amour ». Si l’homme et la femme sont créés « à l’image et à la ressemblance » de Dieu , il est bon qu’ils posent les gestes corporels propres à accueillir tout nouvel être humain qui sera lui aussi « à l’image et à la ressemblance » du Créateur.

Cette logique interne de l’amour créateur est inscrite dans l’histoire des corps humains personnels. Respecter le corps de l’être humain, à tous les âges de la vie, c’est toujours honorer la promesse de l’alliance. Toucher le corps de l’homme, c’est toucher l’homme car le corps, c’est la personne déjà visible. Sans les mots du corps, que saurions-nous de « celui qui vient d’être conçu » ? Le « corps embryonnaire » nous dit l’existence d’un mystère personnel que nous avons à appréhender par la raison et par le cœur. Si la grammaire et le vocabulaire du corps changent suivant les âges de la vie, ce n’est ni une « pauvreté » ni une « défaillance » : c’est une richesse liée à la personne dont l’histoire est sacrée depuis les premiers instants de son existence jusqu’à sa disparition à nos yeux de chair, à sa mort.

Dès sa conception, l’être humain nous rappelle une vérité : l’homme ne se réduit pas aux apparences qu’il donne de lui-même. Son corps dit qui il est, mais renvoie aussi à celui, à celle et à ceux qui lui ont donné « corps dans l’histoire ». Son corps renvoie également à Celui qui le lui a offert car notre corps nous rappelle toujours que nous ne sommes pas à l’origine ultime de notre être. L’embryon humain dit toujours, en son corps tel qu’il est et tel qu’il se développe, une « totalité intérieure et extérieure » plus grande que ce que nous pouvons en percevoir. Cette richesse qui définit son mystère, dit « déjà », pour qui sait « voir et comprendre », qu’il est une personne.

Le « corps embryonnaire » dit toujours plus que ce que nous en voyons.

Alain Mattheeuws s.J. Professeur de Théologie morale et sacramentaire, Institut d’Etudes Théologiques, Bruxelles (Belgique)

(1) Voir à ce sujet Mgr Pierre d’Ornellas et alii, Bioéthique. Questions pour un discernement, Lethielleux-DDB, 2009, pp.31-52. (2) Psaume 139, 15-16 (3) Constitution Gaudium et spes n°24 (4) Expression « étrange » et nouvelle dans Dignitas personae n°4 (Instruction du 12 décembre 2008) mais ô combien riche d’harmoniques interprétatives. (5) 1 Corinthiens 6, 13 (6) Genèse 1, 27

vendredi 16 avril 2010

La recherche sur l'embryon au regard des principes juridiques fondateurs.

E Montfort

Dans sa lettre adressée au Conseil d’Etat en février 2008, le premier ministre invitait ses membres à répondre à sept questions au regard de nos principes fondateurs. Cette lettre marquait le début de la réflexion bioéthique.

Les Etats Généraux de bioéthique, comme le Conseil d’Etat, ont rappelé, chacun à sa manière, que le premier principe est la dignité, fondée sur l’humanité de tout être humain. Car chacun sait bien que les enjeux bioéthiques portent sur sa protection.

En 1994, le législateur, lors du vote de la première loi de bioéthique, a voulu le fixer dans le Code civil en rappelant le « respect de l’être humain dès le commencement de sa vie1 »

Ce principe s’inspire de notre Constitution de 1958, mais également de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et sera confirmé plus tard par la Convention d’Oviedo du Conseil de l’Europe en 1997, sur « La protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine ».

Enfin, la Charte européenne des droits de l’homme qui consacre sa première partie à la dignité de l’être humain et déclare dans son article premier que la dignité est inviolable.

Ces textes de référence définissent le principe de dignité et en fait en quelque sorte la matrice des autres principes : respect de l’identité et de l’intégrité, non patrimonialité de l’être humain, sans oublier les principes de non-discrimination ou d’égalité, de liberté et de solidarité, justement rappelés dans le bilan des Etats Généraux.

Ainsi, notre droit reconnaît ainsi la primauté de la personne humaine et le « respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ».

La dignité de l’être humain est fondée sur sa nature et son humanité. D’où son caractère inviolable. Ce principe est alors une garantie contre toute utilisation ou manipulation de la vie humaine. Les citoyens des Etats généraux ont rappelé qu’aucune circonstance ne pouvait contredire ce principe : « la dignité, en effet, ne décline pas avec nos forces. Ni la maladie, ni le handicap n’altèrent notre humanité ».

Au regard de ces principes fondateurs quelle sera la décision du législateur sur la question de la recherche sur l’embryon ?

En 1994, l’interdiction de toute recherche sur l’embryon fut le fil conducteur. En 2004, les pressions des scientifiques furent telles que le législateur tout en maintenant le principe d’interdiction acceptait une dérogation pour une durée de cinq ans, sous certaines conditions : aucune alternative et finalité thérapeutique.

Des cinq organismes consultés pour avis, seule la mission d’information parlementaire2 propose de maintenir le principe d’interdiction, plus cohérent avec notre droit, tout en supprimant les conditions.3

L’OPECST 4 et l’ABM 5 proposent de lever l’interdiction et d’encadrer la recherche. Le Conseil d’État se prononce pour la levée de l’interdiction tout en gardant les clauses très contraignantes de la loi de 2004. Or, ces clauses tombent depuis les découvertes des potentialités thérapeutiques des autres types de cellules souches.

Les citoyens des Etats généraux de bioéthique proposent de maintenir le principe d’interdiction de la recherche sur l’embryon, conforme à notre droit, mais sous certaines conditions pour le moins discutables.

Ils distinguent parmi les embryons produits dans le cadre de l’Assistance Médicale à la Procréation, ceux qui font l’objet d’un projet parental et ceux qui n’en font plus l’objet. Les premiers, enfants à naître, seraient soumis au principe d’interdiction de toute recherche, les seconds, puisque voués à la destruction pourraient être abandonnés à la recherche. C’est oublier :

- d’une part, que tout embryon est le fruit d’un projet parental, c’est la raison même de sa création dans la cadre d'une Assistance Médicale à la procréation et il ne peut changer de finalité au gré des intentions des parents ;

- d’autre part, s’il est évident que la vie de l’embryon, comme celle de l’enfant, dépend des soins de ses parents, son être n’en dépend pas. Ni la volonté, ni l’intention des parents ne peuvent remettre en cause l’être même de l’embryon, cette réalité si mystérieuse qui fonde l’originalité et l’individualité de tout être humain.

Les prochaines lois de bioéthique pourraient s’inspirer des lois allemandes ou italiennes qui autorisent la création de deux ou trois embryons, tous implantés dans l’utérus de la mère.

Le législateur n’a pas voulu répondre à la question du statut de l’embryon, ni en 1994, ni en 2004. Et pourtant, la réponse est implicite. En se posant la question du maintien ou non du principe d’interdiction de la recherche ou en proposant un encadrement juridique strict, il reconnaît que l’embryon n’est pas une chose. Ce que les scientifiques confirment : c’est bien le processus de développement de la vie d’un être humain qui commence au moment de la fécondation et qui ne prendra fin qu’à la mort.

''Elizabeth Montfort Ancien député au Parlement européen (1999-2004) Fondation de Service Politique''



(1) Code civil, article 16. (2) Le rapporteur est Jean Leonetti (3) Proposition n°43, Rapport n°2235, fait au nom de la mission d’information parlementaire déposé le 20 janvier 2010, tome 1, p.314. (4) Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (5) - Agence de Biomédecine

jeudi 16 avril 2009

Embryon, que nous dis-tu de toi ?

Dr_Blehaut.JPG Une certaine indépendance...

Dès la fécondation, dès la fusion des membranes des gamètes, ovocyte et spermatozoïde, fusion qui se fait en quelques secondes, l’existence d’un nouvel être humain est entamée. La première cellule, le zygote, possède déjà, dans son code génétique, son message de vie absolument unique, écrit une fois pour toutes, jusqu’à sa mort. Ce jeune embryon a sa propre individualité, sa propre organisation et, déjà, une certaine indépendance

Une construction programmée, un message pour toute une vie...

Dès cet instant, le corps embryonnaire est en construction, ses principales caractéristiques sont parfaitement définies : le petit d’homme aura une tête, deux bras, deux jambes, sera un garçon ou une fille, grand ou petit, blond ou brun, noir, jaune ou blanc, chevelu ou chauve… Tout cela, et bien plus, est déjà inscrit dès le départ et sera modulé au gré du parcours qu’il va suivre avec ses embûches et ses épreuves. Non seulement sa construction est déjà programmée, mais aussi son fonctionnement et même certaines maladies qui se manifesteront plus tard comme le diabète de type 1, diverses anémies ou la trisomie 21… Les traits de son visage, s’ils ne sont pas encore visibles à l’œil dans cette cellule toute ronde d’un peu plus d’un dixième de millimètre, sont pourtant en grande partie déjà définis dans ce message de vie que porte l’ADN. La biologie nous apprend que, dès le début, il est très organisé et qu’il est humain. Au stade huit cellules, alors que rien ne les différencie en apparence les unes des autres, plusieurs expériences nous enseignent qu’elles sont très organisées, qu’elles communiquent entre elles et qu’elles ont déjà des fonctions différentes. Que l’embryon soit un être humain dès la fécondation est observable par la science mais c’est aussi une évidence de simple bon sens : on parle de bébé éprouvette pour un embryon de deux jours. Même le législateur le sait bien : s’il était évident que l’embryon est un simple amas de cellules, pourquoi discuter des centaines d’heures sur des lois de bioéthique le concernant ?

Un individu humain ne serait-il pas une personne humaine?

Si la biologie nous permet de constater que l’embryon est un être humain dès le départ, elle ne peut cependant affirmer qu’il s’agit d’une personne car cette notion est d’abord philosophique. Mais « comment un individu humain ne serait-il pas une personne humaine ? » ; dès lors, « le fruit de la génération humaine dès le premier instant de son existence, c’est-à-dire à partir de la constitution du zygote, exige le respect inconditionnel moralement dû à l’être humain dans sa totalité corporelle et spirituelle. L’être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie » (Dignitas personnae).

Le Docteur Henri Bléhaut est directeur de la recherche de la Fondation Jérôme Lejeune

jeudi 19 mars 2009

Recherche sur les cellules souches embryonnaires : que penser de la décision des Etats-Unis?

Le Président des États-Unis Barak Obama vient d'annoncer sa décision de financer par des fonds publics la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines. Et de célébrer avec éclat ce pas en avant vers une recherche scientifique en ce domaine par une manifestation à la Maison Blanche, recherche désormais sans tabous éthiques ou religieux et au bénéfice de nombreux patients souffrants de diabètes de maladies de Parkinson ou d'Alzheimer. Nul n'a oublié qu'il s'agit là d'une promesse faite durant la campagne électorale.

Si la mise au point de thérapies nouvelles en ces domaines qui affectent un nombre important de nos concitoyens ne peut que nous réjouir dans notre volonté commune de servir la personne et sa dignité, le recours à des cellules souches embryonnaires, l'utilisation de vivants dont la destruction est inéluctable, ne laissent pas d'inquiéter. Dès maintenant et dans le déroulement de ces recherches au cours des évolutions techniques. Certes cela est déjà en cours aux États-Unis en des cliniques privées, nous dit-on, mais quel coût humain et financier devra en être "payé" ? D'autant que la recherche sur des cellules souches adultes, et sans destruction du donneur offre d'autres perspectives satisfaisantes tant sur le plan thérapeutique que sur celui des exigences éthiques de respect de la vie humaine. D'autres traiteront mieux que moi des paramètres techniques. Mais nous nous devons de souligner les aspects politiques, culturels et éthiques d'une telle décision :

  • Peut-il être raisonnable de vouloir qualifier et développer des services de santé pour tous et de privilégier unilatéralement par des choix financiers imposants des travaux aux contours si incertains et contestés ? D'autant qu'une partie de la population ne pourra accéder à des thérapies si onéreuses aux États-Unis.
  • La raison politique est ici évidente :prendre le contre-pied de George Bush et récupérer un électorat et même une partie libérale du monde scientifique.
  • Lorsque le Docteur George Daley, chercheur à l'institut de Harvard sur les cellules souches ose clamer : "Je me sens vengé après huit années de lutte et je sais que cela stimule mon équipe de recherche", il dévoile ainsi le caractère militant de sa recherche et ce combat culturel est loin d'une rigueur scientifique qui sied à un tel objet. Nous sommes en pleine mythologie scientiste censée justifier toute expérimentation au nom de l'avancée de la science, rejetant dans la marge toute considération morale et spirituelle.
  • Et le mythe scientiste poursuit son cours quand on célèbre comme le Président Obama semble le proposer dans une cérémonie cette libération des impératifs et des valeurs qui donnent un socle éthique à une société.

Pris entre les groupes de pressions scientifiques, les firmes commerciales du médicament, les quêtes d'approbation à fin électoraliste, le Président Obama est en position instable, il subit la tension entre l'opportunisme et la responsabilité. Il laisse entrevoir la fragilité de l'autorité politique en matière d'intervention éthique en nos sociétés libérales. La voie démocratique des assises prise par la France en ce domaine semble plus sage, plus humaine, plus attentive à la dignité de l'homme.

Mgr Gérard Defois, évêque émérite de Lille, est membre du groupe de travail des évêques sur la bioéthique

Pour aller plus loin :

- ce que dit l'Eglise sur la recherche sur les embryons

- la synthèse de l'ouvrage "Bioéthique : propos pour un dialogue"

- les textes de référence de l'Eglise sur l'embryon.

- le billet d'Astrid Tiercellin sur le statut de l'embryon

jeudi 19 février 2009

Statut de l’embryon : éclairages

La recherche sur l’embryon humain fait partie des sept sujets traités dans le cadre des États généraux sur la bioéthique. Elle est aujourd’hui en principe interdite en France mais, de fait, une dérogation l’autorise dans certaines conditions pendant cinq ans. Même si le législateur a jusqu'à présent renoncé à se prononcer sur son statut et sa nature, la question demeure essentielle. Quelques éléments de compréhension :

Qu’entend-on par statut et nature de l’embryon ?

Le statut de l’embryon est l’ensemble des règles qui lui sont applicables. La question du statut de l’embryon est donc celle de sa nature, car les règles applicables à l’embryon découlent de ce qu’il est.

Qu’en dit le droit ?

Le droit a fait le choix de la neutralité : l’embryon n’a pas de statut en droit français car tant le législateur que les juges se défendent d’aborder cette question. En effet, dire ce qu’est l’embryon est compris comme revenant à décider, à choisir ce qu’il est, choix individuel que chacun fait en conscience. Le débat bioéthique consiste alors à chercher un consensus sur le statut de l’embryon, pour concilier les points de vue. Or, le consensus étant impossible à trouver, législateur et juges renoncent à trancher la question.

Or cette neutralité est illusoire : le législateur est obligé de prendre parti, car la manière dont l’embryon est traité reflète nécessairement ce pour quoi il le tient. Le juge, qui doit appliquer les règles de l’autorité parentale ou du droit de propriété à propos de l’embryon, ne peut éviter de se prononcer sur sa nature. Chaque fois qu’un juge applique ou, au contraire, écarte un texte qui a pour bénéficiaire l’être humain ou la personne, il qualifie l’être concerné.

Le résultat : l’incohérence

Législateur et juges ne peuvent éviter de se prononcer sur la nature de l’embryon. Mais ils le font au cas par cas, et les solutions varient, d’où l’incohérence. Par exemple, les conditions dans lesquelles la loi permet d’utiliser les embryons pour la recherche sont extrêmement restrictives. Or, si l’embryon n’est pas une personne, ces conditions sont injustifiées et entravent inutilement l’activité des chercheurs. En revanche, si l’embryon est une personne, ces précautions sont insuffisantes car, en définitive, les embryons concernés sont sacrifiés à la recherche.

La jurisprudence est incohérente, car l’embryon est qualifié de personne ou non selon la matière ou les juridictions. Par exemple, la Cour de cassation admet qu’un acte d’enfant sans vie puisse être dressé pour un enfant mort né, quelle que soit la durée de la gestation (Cass. Civ. 1ère, 6 février 2008). Cet enfant peut recevoir des prénoms, être inscrit sur le livret de famille et, pourtant, l’atteinte involontaire à sa vie n’est pas un homicide involontaire (Cass. Ass. Plén. 29 juin 2001) !

Quant à la Cour européenne des droits de l’homme, elle estime que la définition de la notion de personne relève de la marge d’appréciation des Etats ce qui a pour conséquence que l’embryon puisse être une personne dans tel Etat du Conseil de l’Europe mais non dans tel autre… (CEDH, Vo c. France, 8 juillet 2004).

Ni une personne, ni une chose…

L’incohérence vient donc de ce que l’embryon n’est traité ni comme un personne, ni comme une non personne (une chose). Certaines solutions semblent lui réserver le traitement dû aux personnes, mais d’autres sont incompatibles avec une telle qualité. Les exemples pourraient être multipliés.

La question de l’IVG

Une difficulté supplémentaire vient de ce que toute proposition concernant les embryons est, systématiquement, interprétée en termes de remise en cause possible de l’IVG. Or, les dispositions relatives à l’IVG sont des dispositions d’exception, introduites par la loi elle-même comme des exceptions au principe du respect de l’être humain dès le commencement de sa vie (art. L. 2211-1 du code de la santé publique). Ce qui relève de l’exception n’a en rien vocation à informer le principe. Pourtant, il est vrai que l’incohérence de proclamer le droit à la vie tout en lui prévoyant des exceptions se répercute sur le statut ou, plutôt, l’absence de statut, de l’embryon. A chaque affaire d’actualité, cette contradiction d’origine réapparaît.

Le système du choix ne fonctionne pas.

Le législateur actuel part du principe que la nature de l’embryon est une question d’opinion. Pourtant, le chercheur qui a besoin d’embryons pour sa recherche, ou le couple à l’origine de l’embryon ne peuvent agir que dans la mesure où la loi le peur permet ! Le législateur, partisan du système du choix, ne tire pas les conséquences de son propre postulat, ce qui manifeste que, en réalité, la définition de la personne, même lorsqu’il ne s’agit que de l’embryon, ne relève pas du choix subjectif.

La finalité du débat bioéthique

Le débat bioéthique aurait beaucoup à gagner à ce que sa finalité soit redéfinie : elle devrait être non de chercher un consensus sur ce qu’est l’embryon, mais de chercher ce qu’il est. Si le législateur considérait l’embryon comme une chose (une non-personne), il y aurait possibilité de débat. Si le législateur affirmait que l’embryon doit être traité comme une personne, il y aurait, encore, possibilité de débat. En revanche, lorsque la question de la nature (du statut) de l’embryon n’est même pas abordée, un tel parti pris coupe court à tout débat ! Accepter de rechercher ce qu’est un embryon, et renoncer à le décider, c’est le seul moyen de rétablir le débat bioéthique sur des bases saines et d’en déduire un statut, cohérent, pour l’embryon.

Astrid Tiercellin, juriste