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1-Bioéthique en général

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jeudi 28 juin 2012

Nouvelles réflexions de la COMECE en matière de Science et de bioéthique

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COMECE - Commission des Episcopats de la Communauté européenne

Comment traiter les patients en coma végétatif ? Quelles sont les perspectives d’amélioration de l’homme par des moyens technologiques ? Comment combattre le trafic d’organes et le tourisme de transplantation ? Enfin, qu’entend-t-on exactement par Santé sexuelle et reproductive ? Afin de lui donner un aperçu des enjeux éthiques soulevés par ces questions, le Secrétariat de la COMECE publie le second volume de son recueil ‘Avis Science & éthique’. La publication est disponible en français et en anglais et peut être consultée et téléchargée ici.

mardi 13 mars 2012

Lettre ouverte du CCNE aux candidats à la présidencielle.

Pour la première fois depuis sa création en 1983, le Comité Consultatif National d'Ethique interpelle, dans une lettre ouverte, les candidats à la présidentielle sur «leur vision globale» des enjeux de la science dans les domaines de la vie et de la santé.

mardi 31 janvier 2012

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vendredi 16 décembre 2011

La France ratifie la Convention d'Oviedo sur la biomédecine

photo Jean Leonetti

Le ministre français chargé des Affaires européennes, Jean Leonetti, a ratifié mardi la Convention sur le respect des droits humains en matière de médecine et de biomédecine, dite Convention d'Oviedo, au siège du Conseil de l'Europe à Strasbourg.

Cette Convention internationale, dont la première signature remonte à 1997 et ratifiée depuis par la plupart des Etats européens, entrera ainsi en vigueur en France le 1er avril 2012.

La Convention d'Oviedo énonce les grands principes visant à assurer la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la médecine et de la biologie.

M. Leonetti a aussi signé mardi deux protocoles additionnels à cette Convention, le premier concernant la transplantation d'organes et de tissus d'origine humaine et le deuxième sur les tests génétiques à des fins médicales, a-t-on précisé au Conseil de l'Europe.

Le Secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, le Norvégien Thorbjorn Jagland, a souligné que "les nouvelles technologies créent des défis nouveaux".

M. Leonetti a noté pour sa part que "si l'Europe est aujourd'hui focalisée sur ses problèmes financiers et économiques, il ne faut pas oublier l'idéal de la démocratie et des droits de l'homme, si bien défendu par le Conseil de l'Europe".

Source : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hMZORCBBb-8zUlIuHAY3afrHwUsA?docId=CNG.7d463b71ec49427eb9e2a647968d9e2c.2b1

vendredi 20 mai 2011

« L’euthanasie politique annoncée du débat bioéthique »

Alors que le projet de loi de bioéthique va être examiné en deuxième lecture à l’Assemblée nationale du 25 au 27 mai, Emmanuel Hirsch - Professeur d’éthique médicale à l'université Paris-Sud 11 - partage son point de vue sur l'enjeu de ce débat et appelle à un sursaut d'intelligence et de courage de la part des députés.

Emmanuel Hirsch

Question de courage et d'intelligence

Sensation ou pressentiment étrange : un rendez-vous manqué, un renoncement... En effet, le projet de loi adopté par le Sénat début avril - et repris sur des points essentiels par la commission spéciale de l'Assemblée Nationale - manque de courage éthique et relève d'un véritable désistement. Qui peut soutenir que le projet de loi, soumis au vote des députés les 25-27 mai prochains, a bénéficié d’une exigence et d’un courage qui s’avéraient pourtant indispensables à cette révision législative ? Ne relève-t-il pas d'un dispositif approximatif fait d’incantations et de pauvres résolutions ? Ne satisfaire personne n’est en rien indicatif d’une méthode et de positions à la fois crédibles et significatives. Nul doute, la ligne de conduite du Sénat fut le pragmatisme. Or, la bioéthique, puisqu'elle touche à la vie des plus vulnérables, mérite infiniment mieux. Elle appelle tout simplement la mise en commun réfléchie d’intelligences et de compétences dans le cadre d’un questionnement partagé.

Pour un sursaut d'intelligence

Une loi cadre était annoncée pour compenser l’abrogation programmée du processus régulier de révision. L’exercice pourrait s'avérer impraticable. Des enjeux supérieurs semblent s'imposer au législateur qui, pour le moment, privilégie plutôt l’esquive, la discrétion et la subtilité d’un « toilettage » sans ambition, un service minimum qui a tout l’air d’un désistement. N'est-il pas appelé à un sursaut d'intelligence, seule capable de favoriser le progrès médical et de respecter la dignité humaine, selon le beau titre du rapport parlementaire publié en 2010 ?

Un enjeu de démocratie

Du reste, il s’agit là probablement de la rupture la plus décisive dans la dynamique d’une concertation autrefois estimée nécessaire pour légitimer les principes mêmes et l’acceptabilité sociale d’une loi portant sur des domaines aussi sensibles, complexes et évolutifs. L’attention démocratique, la valeur d’une confrontation argumentée d’opinions et d’expériences, le souci de pédagogie de la responsabilité partagée, sont ainsi légalement révoqués dans la rédaction actuelle du projet de loi. De quoi satisfaire ceux qui ne supportaient plus d’avoir à justifier publiquement, en dehors du cénacle très fermé des compétents, leurs projets scientifiques. Ils déploraient que l’on conteste l’éminente valeur de pratiques incontestables, entravant de manière tragique des avancées toujours indispensables dans un contexte de compétition scientifique et de pressions financières inconciliable avec les subtilités d’ordre moral. Le couperet risque donc tomber dans quelques jours.

Les états généraux de la bioéthique de 2009 sont relégués au magasin des accessoires à la manière d’un « printemps de la démocratie » dont on fixe de manière arbitraire l’arrêt subit. Désormais l’Agence de la biomédecine, qui assure déjà la gestion administrative de nombre d’activités biomédicales, serait dotée de l’autorité dont se démet le parlement en abdiquant de ses responsabilités en matière de bioéthique. Personne n’accorde le moindre crédit à ces quelques dispositions hâtivement préconisées pour dissimuler bien maladroitement et sans conviction une débâcle. Elles donnent à croire que les procédures de contrôle, de gouvernance, les rapports annuels permettront un suivi et une régulation mieux adaptés et donc plus efficients à tous égards. Il aurait été plus honnête d’affirmer explicitement que les enjeux des sciences biomédicales sont affaire trop sérieuse et politiquement sensible pour être soumis à des arbitrages démocratiques. La réflexion bioéthique risque de nous être ainsi confisquée, confiée demain aux cercles d’experts habilités par l’Agence de la biomédecine. Les autres, ceux qui par fidélité à une conception forte de la vie démocratique considèrent comme un devoir de ne pas abdiquer de leurs responsabilités, risquent ainsi se trouver dans une position de marginalité et peut-être, face à certains choix non concertés, de résistance. Il sera dès lors aisé de stigmatiser leurs positions, de les disqualifier, de les caricaturer.

Pour un véritable débat

Les premières analyses tirées de la catastrophe naturelle qui a éprouvé les Japonais le 11 mars 2011 font apparaître de manière évidente que la carence en débats approfondis et donc en procédures de sensibilisation et de formation de la société aux enjeux qui déterminent son devenir, contribue directement à des prises de décisions contestables qui mettent en cause, à un moment donné, l’intérêt général. Les parlementaires qui par leur vote dans quelques jours risquent de révoquer l’intelligence de cette approche démocratique de la concertation bioéthique, donneraient de surcroît un nouveau signal délétère à la société. Car il s'agirait en fait, au-delà de l’euthanasie politique du débat bioéthique, d’une forme de renoncement au souci du bien commun, de l’anéantissement d’un des rares débats publics qui permettent d’aborder ensemble les questions humaines et sociales indispensables, de repenser nos conceptions de la personne humaine, de nos valeurs sociales et de nos responsabilités. Gageons qu'ils sauront faire preuve de courage politique et de responsabilité. Rien n'est joué encore définitivement, que le pari de l'espérance nous soit permis !

Emmanuel Hirsch

Professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud 11

A lire : Traité de bioéthique, 3 tomes poche, sous la direction de E. Hirsch, Erès

mardi 12 avril 2011

"Pardon, je suis une personne"

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Dans cette tribune publiée par Le Figaro (12 avril 2011), Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, chargé de la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France, revient sur le projet de loi de bioéthique adopté par le Sénat le 8 avril 2011.

Hier, un « sage » du Palais du Luxembourg m'a étiqueté d'un étrange nom : « bébé-thalys ». J'en suis tout remué ! Quel avenir me préparez-vous par vos noms ? Pour vous, qui suis-je ?

En 1994 et 2004, j'étais le « grand absent » des lois de bioéthique qui, pourtant, statuaient sur les conditions de ma conception. Tout le monde me désirait. Aucun ne parlait de moi. Étais-je leur rêve ou un mythe ? Aujourd'hui, certains m'imaginent de tel sexe ou avec tel trait. D'autres me veulent « zéro défaut ». Votre diagnostic prénatal est en vue de me guérir in utero. Pourquoi donc vouloir me dépister systématiquement ? Mon nom serait-il « bébé-problème » ? Dois-je être traqué ? Faites donc confiance au soignant qui aide ma mère, surtout s'il me croit vulnérable !

Les grands, à New York, dans une belle Convention (1), ont estimé que mon « intérêt supérieur » devait être la « considération primordiale » de vos décisions d'adultes. C'était en 1989. Y pensez-vous ? Ils ont établi mon droit à connaître mes « parents ». Mais vous, vous vous êtes mis dans un grand embarras. Vous estimez que mes parents sont ceux qui me font grandir avec amour. C'est bien. Mais pourquoi, à votre gré, m'avoir assigné une origine génétique inconnue ? Certains de mes frères et sœurs en souffrent. D'autres sont satisfaits de cet anonymat.

Puis-je faire une remarque de bon sens ? Vous avez en votre corps des cellules destinées à me donner la vie. Par égard pour moi, n'en faites pas n'importe quoi. Elles vous engagent à une responsabilité infiniment plus belle et grave que le don d'organes, de tissus ou de cellules. Savez-vous ? Je suis « moi » grâce à ma filiation. J'ai besoin de cette origine filiale. Ne la brouillez pas ! La trafiquer mène à des impasses, à des violences rentrées. D'ailleurs, pour choisir ma lignée génétique, m'avez-vous demandé mon avis ?

De même, vous avez décidé sans moi de m'utiliser pour guérir. Pour vous justifier, vous me cherchez le meilleur nom. « Bébé-médicament » ! Ce nom choque car il me désigne comme objet pour guérir. Alors vous dites : « bébé du double espoir », « bébé-docteur », « bébé-sauveur ». Comme vous, j'ai l'espoir que ma sœur ou mon frère aîné guérira. Vos représentants ont enfin compris que mon cordon ombilical est une « ressource thérapeutique ». Dépêchez-vous d'en organiser très largement la collecte. Cela vous évitera de m'utiliser. D'ailleurs, vous saviez que je mérite le respect puisque vos lois statuent encore que le « bébé sauveur » n'est qu'« expérimental ». Mais alors, pourquoi vos « sages » ont-ils voté la banalisation de mon utilisation pour guérir ? Instrumentaliser ma conception est si blessant pour moi ! Chercher la guérison suffit-il à faire de moi un moyen ?

Sous prétexte que deux femmes prennent le Thalys pour se faire faire un bébé comme moi en Belgique, vos « sages » ont voté que cela se réalise en France. Suis-je donc un simple objet de fantasmes ? Et mon intérêt supérieur, qu'en font-ils ? Apparemment, ils le défendent puisqu'ils maintiennent le refus de la gestation pour autrui où moi, je subis un abandon, et ma « mère », une sorte d'esclavage. Mais ont-ils songé à mes droits, au moins celui d'avoir un père et une mère ? Ce qui, selon 90% des Français (2), est le mieux pour moi ! Pourquoi m'infliger une filiation incohérente ? En France, mes droits ne pèsent-ils donc plus rien face à ces désirs d'adultes, qui ne sont pas des droits ?

Les noms que vous m'infligez ne reflètent-ils pas vos rêves d'adultes ? Ni sauveur ni docteur, ni objet ni moyen, je suis une « personne ». Tel est mon nom. Unique est mon visage. Je vous en prie, aimez-moi pour moi-même ! J'apprécie les cathos qui disent : « la personne est la seule créature que Dieu a voulue pour elle-même. » Leur regard profond rejoint nombre de vos penseurs qui reconnaissent que, bébé, j'ai le droit d'exister pour moi-même.

Reste un nom, celui du plus petit d'entre les miens : « embryon humain », mon frère en humanité. Pourquoi donc vos « sages » manquent-ils de confiance en la science en autorisant sa destruction ? L'interdire est loin d'être hypocrite ! Au contraire, j'y vois votre cohérence. Elle me donne confiance en vous, les adultes, qui portez les choix de l'avenir.

J'attends beaucoup de la science. Elle ira loin en respectant mon frère en humanité. Respectez aussi ma filiation, et accueillez-moi avec joie, en m'adoptant si besoin. Je n'y peux rien d'être petit, entièrement confié à votre responsabilité d'adultes. Pardon d'être une personne !

Mgr Pierre d'Ornellas

Archevêque de Rennes

Chargé de la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France

(1) - ONU, Convention internationale des droits de l'enfant, 20 novembre 1989

(2) - INSEE Première, n°1339, mars 2011

vendredi 08 avril 2011

L'Eglise a sa place dans les débats sur l'éthique médicale

Mgr Beau

Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 6 avril, Marc Peschanski et Cécile Martinat ont violemment pris à partie divers acteurs du débat sur la révision des lois de bioéthique. Les catholiques sont plusieurs fois visés. Ces attaques polémiques contreviennent aux exigences de la rationalité. Elles sont voulues pour défendre une option de recherche qui ne fait pas l'unanimité à l'intérieur même du monde scientifique.

Dans Le Quotidien du médecin du 5 avril, Alain Privat et Monique Adolphe, chercheurs et universitaires internationalement reconnus, rappellent que "la recherche sur les cellules souches embryonnaires n'a, en fait, conduit à aucune thérapeutique efficace jusqu'à présent nulle part dans le monde". Plus encore la modélisation et le criblage de molécules "peut se faire de manière aussi efficace et probante avec des cellules iPS, et ceci sans avoir à détruire un embryon". Pour eux, la vraie question est de permettre à la France de rattraper le retard accumulé en matière de recherches sur les cellules souches du sang de cordon et sur les cellules iPS – cellules souches reprogrammées pour être pluripotentes –, retard dû notamment au choix fait en faveur d'investissements considérables pour la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Rappelons qu'à l'annonce des résultats sur les cellules iPS, Ian Vilmut – le "père" de Dolly – a décidé pour des raisons scientifiques d'abandonner les recherches sur les cellules souches embryonnaires afin de s'orienter vers ce nouveau domaine plus prometteur.

Quant à l'Eglise catholique, elle est riche d'une longue réflexion en éthique médicale. Elle s'appuie sur l'expérience multiforme de nombreux catholiques engagés dans le soin et la recherche. Ses positions en la matière sont le fruit d'une réflexion mûrie, confrontées aux réalités humaines et aux résultats scientifiques dont elle tient toujours compte. Son avis a été sollicité par les instances publiques dès les premiers débats dits de "bioéthique". C'est ainsi qu'un de ses représentants, nommé par le président de la République, siège au Comité consultatif national d'éthique depuis sa fondation en 1983. Sa participation au débat citoyen sur la révision actuelle de la loi de bioéthique, dans lequel se sont engagés tant les évêques que de nombreux fidèles, a été largement saluée pour son sérieux et son esprit de dialogue. C'est par le dialogue qu'il est possible de chercher ensemble les voies justes de l'avenir et non par des approximations, des accusations sans fondements, et des amalgames erronés.

Le fait que l'embryon humain soit un être humain dès la fécondation n'est pas une opinion mais une réalité anthropologique appuyée par les données de la science. La pratique des procréations médicalement assistées, les recherches sur l'embryon humain et les cellules souches embryonnaires soulèvent d'importantes questions éthiques. Sur ces sujets de bioéthique, l'Eglise catholique y voit un enjeu d'humanité. Il est compréhensible que ses positions suscitent le débat voire l'opposition : on ne peut toutefois l'accuser d'incohérence. Quant à l'avortement, qui nierait que cela pose de graves questions éthiques, psychiques et sociétales ?

Marc Pechanski et Cécile Martinat prétendent que la loi de bioéthique de 1994 a été adoptée "sous la pression de lobbies catholiques conservateurs". Cela tient plus du fantasme que de la réalité. Ils font allusion à un "boycott du Téléthon". Rappelons que des réserves exprimées sur le Téléthon viennent aussi des milieux scientifiques. L'Eglise catholique quant à elle a souhaité rappeler que la générosité ne légitime pas tout, que le tri embryonnaire, l'utilisation de cellules embryonnaires et la médiatisation de jeunes malades posaient question. Elle a proposé que les dons soient fléchés selon des critères éthiques. Il est regrettable que cela soit impossible car cela aurait respecté les consciences et rendu les dons plus nombreux, ce que souhaitaient les évêques. Cette impossibilité a conduit effectivement certains à exprimer publiquement leur refus de soutenir cette initiative malgré ses bonnes intentions.

MISES EN GARDE

Parler d'"agression antiscientifique" et de "lobbying antiscience" relève du dénigrement. L'Eglise catholique "encourage évidemment la science", a affirmé Jean-Paul II. Elle considère la science comme "un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de tout être humain", selon le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Rappelons que les efforts de décryptage du génome humain ont été salués et encouragés par Jean-Paul II, et que, dès 2006, l'Académie pontificale pour la vie a invité le professeur Yamanaka à présenter ses travaux sur les cellules iPS bien avant que ceux-ci ne soient connus du grand public.

Quant aux accusations de "mensonges", les représentants de la nation et les scientifiques directement et nommément désignés à la vindicte populaire pourront facilement s'en défendre. Elles nous paraissent injustifiables et sans fondement aucun.

Partie prenante à la réflexion collective sur les enjeux de société, l'Eglise catholique est dans son rôle lorsqu'elle participe au débat éthique et met en garde sur ce qu'elle considère comme des dérives possibles. Elle croit que la raison humaine est capable de responsabilité éthique et de sagesse pour le bien de tous. Ses membres acceptent volontiers la confrontation avec des points de vue différents et prennent souvent l'initiative du débat. Ils n'acceptent pas en revanche d'être traités d'ennemis de la science et de menteurs. A des effets d'annonce calculés en plein débat parlementaire et non dénués de conséquences financières, l'Eglise catholique choisit le dialogue, qui se refuse à tout obscurantisme, et le débat de fond, qui encourage la science sans dénier la conscience. Car le défi bioéthique est un bel enjeu d'humanité.

Jérôme Beau, évêque auxiliaire de Paris, directeur du Collège des Bernardins, et Brice de Malherbe, co-directeur du département d'éthique biomédicale

jeudi 07 avril 2011

Bioéthique : élaborons une écologie humaine.

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Alors que le débat se poursuit au Sénat sur la loi de bioéthique, voici le "Point de vue" de Monseigneur Pierre d'Ornellas publié aujourd'hui dans Le Monde.

Les débats parlementaires sur la loi de bioéthique ne sont-ils pas révélateurs d'un affrontement entre le respect de la dignité humaine et le pouvoir de la technique ? L'écologie nous apprend que l'emprise de la technique conduit à des impasses. Les événements du Japon nous appellent à un surcroît d'intelligence, au-delà de la raison technicienne.

Respecter la dignité humaine, qui s'y opposerait ? L'être humain, dès qu'il existe et quel qu'il soit, force le respect en raison même de sa dignité. De déclarations en conventions, nous avons progressé en nous hissant de la dignité sociale à la dignité humaine. Tel est le pilier sur lequel repose notre édifice juridique. Ce progrès incontestable a ouvert des chemins de sagesse marqués par des abolitions qui nous honorent (esclavage, peine de mort), mais aussi par des prises en charge plus attentives (personnes handicapées).

Ce progrès s'est forgé au sein d'une société de plus en plus technicienne, du début à la fin de la vie. Pour la fin, la loi Léonetti a situé la technique à sa juste place et reconnu ses progrès de telle sorte que la dignité humaine soit honorée. Il est sage d'apaiser la souffrance et la douleur de son frère en humanité, de l'accompagner dans sa vulnérabilité pour qu'il vive en paix ses derniers moments sur terre.

Pour le début, quels chemins de sagesse traçons-nous ? Déjà, reconnaissons que les cellules reproductrices ne sont pas des cellules comme les autres. Elles n'ont qu'une finalité : donner la vie à un nouvel être humain. Une réflexion originale sur les gamètes permettrait de les garder hors de la logique du don d'organes, de tissus et de cellules, seulement fait pour guérir. Il en va du respect de la filiation, inhérente à notre dignité.

La fécondation achevée, surgit une nouvelle vie humaine. Ces cellules, totipotentes et pluripotentes, sont fascinantes. Leur développement est autonome, organisé et harmonieux. Elles constituent l'embryon humain.

La formule simpliste "amas de cellules" ne rend pas compte de sa prodigieuse réalité. D'ailleurs, la vérité n'est pas que scientifique. Réfléchissant à l'origine de la vie humaine et à son développement, l'intelligence sait y discerner un être humain dans sa condition embryonnaire, "énigme" sans doute, mais digne de respect.

Aujourd'hui, la science nous permet de l'approcher de près alors que nous l'ignorions quand, jadis, nous affirmions que les êtres humains naissent égaux. La connaissance scientifique élargit notre regard sur la dignité humaine. Du même coup, elle amplifie l'appel au respect. Se fera-t-il entendre face au pouvoir technique ?

Certes, les chercheurs désirent mener une recherche fondamentale pour comprendre le développement embryonnaire. Mais l'embryogenèse précoce ne peut-elle pas être étudiée chez des embryons animaux idoines ? En outre, le savoir scientifique est-il le seul guide de notre vivre-ensemble ? Savoir que la dignité humaine est infiniment respectable nous convie avec bonheur à la responsabilité éthique. C'est d'elle qu'il est question dans le débat au Sénat sur l'interdiction de la recherche utilisant ou détruisant l'embryon humain. En maintenir le principe, comme l'a proposé l'Assemblée nationale, c'est être cohérent avec notre corpus juridique. C'est continuer de progresser en affirmant que la responsabilité éthique ouvre des voies nouvelles de sagesse et de découvertes, plutôt que des impasses.

Ainsi s'élabore avec courage une écologie humaine pour la femme, l'homme et leur enfant. Une telle écologie, fondée sur l'éthique du respect, bannit les risques d'esclavage en maintenant l'interdiction de la gestation pour autrui.

En dialogue l'une avec l'autre, l'intelligence, amie de l'homme, et la foi en Dieu, Père et ami de l'homme, soutiennent d'un même mouvement l'élan juste et persévérant en faveur des progrès scientifiques, pour guérir nos frères malades, ainsi que l'élan audacieux vers une écologie humaine.

Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, chargé de la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France

mardi 05 avril 2011

Extrait du discours du Cardinal André Vingt-Trois à l'ouverture de l'Assemblée plénière des évêques de France - 5 avril 2011

Cardinal André Vingt-Trois

Durant notre assemblée plénière deux événements vont marquer la vie publique et médiatique de notre pays. Ces jours-ci, le projet de loi sur la bioéthique va être examiné par le Sénat. Nous espérons que les sénateurs n'aggraveront pas les dispositions votées par la majorité des députés et n'ouvriront pas la voie à un eugénisme d'État, notamment à propos du dépistage de la trisomie 21, ni à l'autorisation générale d'utiliser l'embryon humain comme un matériel de recherche, ni à l'instrumentalisation du corps des femmes, celles de France ou d'autres pays. Céder à ces tentations ferait violence au respect du à toute être humain. Ce serait une agression envers les principes fondamentaux du respect qui garantissent le pacte social.

Nous avons pu nous féliciter de voir que le large débat qui s'est déroulé l'an dernier a permis de mieux prendre en compte l'importance d'impératifs éthiques pour encadrer le champ de la recherche. Les travaux législatifs ont bénéficié de la qualité de ce débat préalable, mais aussi de l'engagement résolu et sérieux de nombreux parlementaires. Tout ceci a notamment permis de souligner que l'évaluation éthique des programmes de recherche ne pouvait pas se réduire à recueillir l'avis de spécialistes ni les pressions des intérêts économiques. Toute recherche ne se justifie pas par la générosité affichée ou réelle de ses buts et de ses intentions. Jamais la fin ne justifie les moyens. ''

Retrouvez l'intégralité du discours sur le site de la Conférence des évêques de France.''

vendredi 01 avril 2011

« Pourquoi les catholiques n’obéiraient-ils pas à cette interpellation : “Indignez-vous !” »

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Suite aux amendements proposés le 30 mars par la Commission des affaires sociales du Sénat, Monseigneur Pierre d'Ornellas réagit dans un entretien accordé au journal La Croix le 31 mars.

jeudi 10 mars 2011

Quel avenir pour le projet de loi de bioéthique ?

Alors que le projet de loi de bioéthique a été adopté en première lecture à l'Assemblée Nationale le 15 février, nous voici dans l'étape dite de la "navette parlementaire". Elizabeth Montfort, juriste et ancienne députée, décrypte ce mécanisme législatif et en décèle les enjeux.

E Montfort

Pour la première fois de notre histoire, les révisions des lois de bioéthique ont fait l’objet d’un débat sans précédent. La réflexion et le débat bioéthiques ont été lancés le 11 février 2008, par le premier ministre François Fillon, par sa lettre adressée au Conseil d’Etat. Il soulignait :

- d’une part, « les découvertes scientifiques et les perfectionnements des techniques posent des questions éthiques et morales » ;

- d’autre part, « cette démarche du débat avec les citoyens ne saurait méconnaître les principes juridiques fondateurs qui s’appliquent en la matière. »

D’autres organismes ont été consultés : le CCNE (1), l’Agence de Biomédecine, l’OPECST (2)... La mission d’information parlementaire (3) a présenté son rapport le 20 janvier 2010.

A partir de 2009 : lancement des Etats Généraux de la bioéthique. Des réunions et colloques s’organisent dans toutes la France pour permettre aux citoyens de donner leurs points de vue, spécialement lors de trois Forum à Marseille, Strasbourg et Rennes (4). Un site Internet a été ouvert pour que les citoyens puissent enrichir le débat et faire des propositions qui malheureusement n’ont pas été suffisamment prises en compte.

Le 17 novembre 2010 est créée la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique (5). Le président est Monsieur Alain Claeys et le rapporteur Monsieur Jean Leonetti. La commission spéciale a commencé ses travaux le 1er décembre par des auditions de scientifiques ou d’experts. Les 25 et 26 janvier 2011, les membres de la commission spéciale (70 députés) ont voté les amendements portant sur le projet de loi. Du 8 février au 11 février a lieu à l’Assemblée Nationale la discussion et le vote des amendements et des articles du projet de loi, en séance publique.

Le 15 février, par un vote solennel en première lecture, le projet de loi de bioéthique est adopté par les députés à l’Assemblée Nationale qui a transmis le texte ainsi révisé au Sénat. Il est facile de retrouver le vote de son député : http://www.assemblee-nationale.fr/13/scrutins/jo0696.asp

La commission des Affaires Sociales du Sénat a commencé l’examen du projet de loi. Elle pourra auditionner à son tour les mêmes experts. Les membres de la commission examineront les amendements déposés par les sénateurs et transmettront le texte ainsi modifié à l’ensemble des sénateurs qui se prononceront en séance publique vers le 5 avril.  

Puis, l'Assemblée Nationale sera alors saisie du texte modifié par les sénateurs pour un vote en deuxième lecture, et le Sénat s’exprimera enfin en deuxième lecture.

Chacune de ces étapes est l'occasion pour les parlementaires de déposer des amendements, soit en commission, soit en séance publique. Le texte peut ainsi être modifié dans le sens d’un respect de la dignité de tout être humain, sans condition et sans dérogation, notamment sur la recherche sur l’embryon. Plusieurs députés ont tenté de modifier le projet de loi dans ce sens. C’est aussi l’occasion pour les citoyens que nous sommes de rencontrer nos parlementaires pour leur exprimer nos choix et nos demandes.

En cas de vote différent des deux assemblées, une commission paritaire composée de 7 membres des deux assemblées, se réunira pour adopter un texte commun.

Les dates pour les deuxièmes lectures ne sont pas connues, à ce jour mais la procédure ne devrait pas excéder la fin du mois de juillet.

Elizabeth Montfort

Ancien député au Parlement européen

Présidente de l’Alliance pour un Nouveau Féminisme Européen

1) Conseil Consultatif National d’Ethique, avis n° 107

2) L’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques

3) Rapporteur : Jean Leonetti

4) Rapport final des Etats généraux de la Bioéthique, juillet 2009

5) http://www.assemblee-nationale.fr/13/dossiers/bioethique.asp

jeudi 04 novembre 2010

Entendre l'appel de la dignité

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Bientôt sera discuté au Parlement le projet de loi relatif à la bioéthique. Il concerne chacun de nous. Il met en jeu une certaine idée de l’homme et de sa dignité. C’est pourquoi les évêques, réunis prochainement à Lourdes, en discuteront ensemble.

La dignité humaine est un appel qui ne peut être étouffé. La protéger chez tous et en toutes circonstances est la vocation de nos lois. Elle est un cri quand justice et liberté sont bafouées. Elle demeure un appel puissant mais silencieux chez les plus vulnérables. Leur simple présence en est l’écho. Heureuse la société qui l’entend et qui, lui répondant, voit surgir d’elle-même des trésors de solidarité et de respect !

Entendre l’appel de la dignité, c’est promouvoir le consentement libre et éclairé. Pour cela, le projet de loi ouvre les voies d’une information plus complète avant et après les examens visant à déceler une anomalie génétique sur l’adulte ou l’enfant à naître. L’information sera conforme à la dignité si elle conduit au regard juste sur le handicap.

Entendre l’appel de la dignité, c’est mettre au centre « l’intérêt de l’enfant à naître » . C’est pourquoi, le projet de loi maintient l’interdiction de l’Assistance Médicale à la Procréation (AMP) post mortem et propose la levée de l’anonymat pour les enfants issus de l’AMP avec donneurs. Mais cette technique suscite tant de problèmes qu’il est juste de se demander si elle respecte l’intérêt de ces enfants : seraient-ils d’accord pour que soit délibérément dissociée leur filiation génétique de leur filiation affective ? Les enfants adoptés ne disent-ils pas merci à leurs parents ?

Entendre l’appel de la dignité, c’est s’engager dans la recherche scientifique pour vaincre l’infertilité médicale, trouver des thérapies et guérir le handicap. Par exemple, les thérapies à partir des cellules du sang de cordon ombilical sont une belle réponse. Le projet de loi reconnaît qu’elles sont une ressource thérapeutique si elles sont données, à l’instar du beau don d’organes.

Entendre l’appel de la dignité...

- C’est ne pas céder aux tentations auxquelles expose l’étonnant silence de l’embryon humain. - C’est dépasser le regard scientifique qui ne peut y reconnaître qu’un « amas de cellules », ce que nous sommes tous, mais pas seulement, loin s’en faut ! - C’est ne pas entrer dans la « ruse de l’esprit » qui invente des distinctions « arbitraires » entre in utero ou in vitro, entre « préembryon » et « embryon ». - C’est reconnaître le continuum interne du développement embryonnaire et le passage par des seuils vitaux de celui qui ne peut devenir humain s’il ne l’est pas déjà. - C’est considérer l’ensemble de notre droit qui, de façon cohérente, interdit l’utilisation de la vie d’un être humain pour le bien d’autres êtres humains. - C’est faire les choix politiques, sans les mesurer au seul aspect financier, de moyens supplémentaires pour les recherches scientifiques menées dans le respect de la dignité humaine.

Le projet de loi change l’esprit de notre droit en ouvrant, dans des conditions peu restrictives, la possibilité permanente de détruire de façon délibérée des embryons humains pour la recherche.

Par ses choix en bioéthique, la France entendra-t-elle complètement l’appel de la dignité ? Elle peut encore une fois être au rendez-vous de l’histoire pour redire l’intangible dignité « de tout être humain dès le commencement de sa vie ».

Mgr Pierre d’Ornellas Archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo

vendredi 23 juillet 2010

Témoignage de la maman d'Eléonore Laloux

L'accueil des personnes porteuses d'un handicap est l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique. Faut-il étendre le diagnostic préimplantatoire à la sélection de la trisomie 21 ou plutôt renforcer les recherches et améliorer la prise en charge de l'handicap ? (1) Elements de réponse et témoignage de la maman d'Eléonore Laloux.

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En mars 2010, à l’occasion des réflexions sur la révision des lois de bioéthique, mon mari (Emmanuel) et moi avons créé le collectif « Les Amis d’Eléonore » http://www.lesamisdeleonore.com afin d’alerter les citoyens sur le fait qu’un projet de loi propose la détection de la trisomie 21 lors du diagnostic préimplantatoire (2), ce dernier étant prévu, au départ, dans l’unique cas d’une maladie héréditaire identifiée chez les parents. Nous ne sommes pas favorables à l’ajout de la trisomie 21 lors de ce dépistage car nous pensons que le fait de nommer la trisomie 21 stigmatise cette maladie, contribue à accentuer son image négative et soulève des problèmes d’éthique et de dérive eugénique graves. Nous proposons qu’au contraire l’Etat finance la recherche pour trouver des traitements thérapeutiques qui visent à améliorer les capacités intellectuelles des personnes porteuses de trisomie 21 et renforce sa mission de protection et d’intégration des personnes handicapées (3).

Notre position suscite des interrogations. Les uns se demandent qui nous sommes (des catholiques intégristes ? des militants anti-avortements ?) et pourquoi nous prenons position dans ce débat de bioéthique ; d’autres objectent qu’il y a déjà de nombreux dépistages durant les grossesses, alors à quoi bon…?

Soyons clairs. Je ne suis pas croyante et nous ne nous positionnons ni pour ni contre l’avortement ou le DPI. Cela relève d’un choix personnel et nous sommes pour la liberté de choix. Là où le bât blesse est que choisir suppose que l’on soit suffisamment informé pour être en mesure de jauger le pour et le contre, que l’on soit capable de faire le meilleur choix. Or, que sait-on, en France, des personnes porteuses de trisomie 21 ? En avez-vous côtoyées à l’école, dans votre association locale, au travail ? En avez-vous entendu vous dire que, malgré leur différence, elles sont heureuses ? Avez-vous déjà entendu des parents d’enfant trisomique dire qu’ils sont heureux de vivre avec leur enfant différent ? Pourquoi faire passer la trisomie 21 pour une maladie si « grave et incurable » qu’elle ouvre le droit à l’IMG ? La déficience intellectuelle est-elle à ce point inacceptable dans notre société moderne ?

Parce qu’elles sont encore trop souvent placées en établissements spécialisés et donc fermés au lieu d’être scolarisées, comme tout un chacun, à l’école de la République, et employées dans les entreprises, les personnes porteuses de trisomie 21 sont relativement peu visibles en France. Elles ne sont pas pleinement intégrées dans la société. De ce manque de visibilité et de connaissance découle un déficit d’information qui engendre à son tour tabou, idées préconçues, gêne, peur, rejet, demande d’avortement.

Loin de moi l’idée de critiquer une mère qui demanderait une interruption de grossesse après avoir appris la trisomie de son enfant. Moi-même, qu’aurais-je fait il y a 25 ans si l’on m’avait appris que j’allais donner naissance à un enfant porteur d’une anomalie chromosomique ? J’aurais eu peur, très peur car je ne savais rien de la trisomie. Tout ce que je croyais savoir, c’était des monstruosités, des préjugés négatifs et erronés. Aujourd’hui, après 24 années de vie avec Eléonore, j’ai conscience de mon ignorance d’alors et je frémis d’horreur à l’idée que j’aurais pu empêcher la venue au monde d’une enfant exceptionnelle, aux qualités innombrables, une enfant dotée d’une richesse « extra-ordinaire » au sens propre et figuré du terme. Eléonore est fondamentalement bonne, gentille, généreuse (avec quelques réserves quand il s’agit de sa nourriture…), battante, courageuse (et il en faut du courage quand on a conscience de sa différence et qu’il faut affronter les regards réprobateurs…), drôle, candide, authentique, intelligente, une intelligence intuitive et affective qui porte envie. Grâce à son chromosome surnuméraire, Eléonore nous a aussi fait nous découvrir des qualités qu’Emmanuel et moi nous méconnaissions totalement. Elle nous a apporté une ouverture à la différence, armés de pugnacité et investis d’une mission. Plus succinctement, elle a donné un sens à notre vie.

Aujourd’hui, j’ai aussi conscience de la méconnaissance de la plupart de mes concitoyens au sujet de la trisomie 21 et de l’image négative encore véhiculée par les textes et autorités divers (4). Nous, parents d’Eléonore, considérons que la trisomie 21 n’est pas une maladie grave et que la recherche de traitement thérapeutique en cours laisse espérer qu’elle ne soit pas non plus une maladie incurable. Nous voulons que la trisomie 21 cesse d’être stigmatisée. Nous voulons donner de l’info, de la confiance, de l’espoir et du courage aux futurs parents d’enfants porteurs de trisomie. Nous voulons donner à réfléchir pour permettre de mieux accueillir et accompagner. Nous voulons que le regard porté sur les personnes porteuses de trisomie 21 évolue et s’abonnisse.

Et puis, tout simplement, nous voulons dire que l’on peut vivre heureux avec un enfant porteur de trisomie, que l’on peut même être fier de son enfant différent et que cette différence peut s’avérer être, au final, une bien belle aubaine.

Maryse Laloux

(1) Pour en savoir plus sur ce que dit l’Eglise catholique sur cette question voir Mgr Pierre d'Ornellas, Bioéthique. Questions pour un discernement., DDB/Lethielleux, 2009 (pp.127-138) et Dignité et vulnérabilité au coeur du débat bioéthique, coll. Documents Episcopat, N°6/2010 (pp.28-39). Lire aussi le message adressé à Eleonore par Mgr Podvin, porte parole de la Conférence des évêques de France.

(2) Cf. Proposition n°26 formulée par le rapport n°2235 de la mission d'information parlementaire, déposé le 20 janvier 2010 en vue de la révision des lois relatives à la bioéthique (p.519).

(3) Cf. Proposition n°25.

(4) Cf. rapport n°2235 de la mission d'information parlementaire (pp.208-228).

mercredi 07 juillet 2010

A propos des nanotechnologies et de la bioéthique

Les nanotechnologies concernent de nombreux secteurs d'activité. Les attentes qui en découlent sont très importantes notamment dans le domaine médical où certaines de ces techniques sont déjà utilisées. Cependant, les possibilités qu'elles ouvrent réellement sont encore méconnues. De ce fait, un effort d'anticipation est nécessaire pour analyser les questions éthiques sous-jacentes. Eléments de réponse avec Jacques Bordé, ancien Directeur de recherche au CNRS et collaborateur du Comité d'éthique des sciences du CNRS.

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La question de l’homme « augmenté » ou modifié

Parmi les applications potentielles considérables des nanotechnologies au domaine de la santé, il est difficile de séparer les technologies qui permettent de réparer l’homme malade de celles qui permettent d’améliorer l’homme bien portant : la dérive entre le soin et le dopage est floue. En conséquence, les bio-nanotechnologies posent des questions éthiques qui vont au-delà des questions bioéthiques traditionnelles posées par les nouvelles possibilités de diagnostique et de thérapeutique. Les nanotechnologies, en manipulant la matière à l’échelle des molécules biologiques et en construisant des systèmes artificiels de la taille des tissus vivants, vont remettre profondément en question les frontières entre le naturel et l’artificiel, entre le vivant et l’inerte (1). Cette hybridation « naturel/artificiel » peut conduire à un couplage homme/machine extrême qui doit interpeller notre réflexion autour de l’intégrité physique de l’homme. Les implants de toute sorte que promettent les nanotechnologies vont-ils donner naissance à un homme plus performant physiquement et mentalement, comme certains le souhaitent, créant ainsi des catégories d’individus plus ou moins « améliorés » et une dépendance à la technologie qui pourrait devenir insupportable ? Quel est le vrai but de cette « augmentation » de l’homme ? La préparation à la guerre ? La compétition économique ? La recherche de l’homme parfait ?....

Au-delà de ce dopage individuel à court terme se posent les questions à plus long terme de l’évolution de l’espèce humaine : d’une part, l’utilisation de machines peut atrophier certaines capacités humaines à force de ne plus s’en servir (perte du sens de l’orientation avec le GPS par exemple), d’autre part la tentation a été exprimée de remplacer l’évolution Darwinienne aléatoire et lente par une action technologique dirigée vers la mutation de l’espèce ; certains courants de pensée y voient le salut de l’humanité. On peut aussi imaginer d’aller vers une « fabrication » de l’embryon, donc de l’homme, quasiment atome par atome. La frontière entre optimisation et transgression est fragile. Rien même ne dit, s’il devait y avoir des mutations, que l’on donnerait naissance à une seule espèce ou à plusieurs. En fait on parle d’augmentation physique et mentale alors que le plus urgent est sans doute une amélioration morale de l’homme et il y a place pour cette amélioration sans qu’il soit nécessaire de changer l’homme par la génétique ou par une aide technologique extérieure. Ne cédons pas à cette solution de facilité qui consiste à penser qu’il suffira de moyens techniques accrus pour devenir meilleur ; l’homme a besoin de devenir plus humain avant d’envisager d’être post-humain.

La nécessité d’une réflexion éthique

L’éthique consiste donc à réfléchir, en amont des Lois, à la façon de vivre ensemble avec cette nouvelle puissance technique, le plus en amont possible et avec tous les acteurs concernés. Veillons à ce que le développement technoscientifique conduise effectivement les hommes à vivre dans une société où les valeurs humanistes pourront s’épanouir, où l’autonomie de l’individu, sa liberté de décision, sa dignité ne seront pas entravées par un univers technologique dans lequel il ne serait plus qu’une machine parmi d’autres, dans lequel il n’agirait plus qu’en fonction de ce que les machines décideraient pour lui. Il n’en serait pas forcément plus malheureux mais il est nécessaire de s’interroger, avant d’en arriver là, sur le type de rapports que l’homme souhaite avoir avec la technique, avec une technique hyper-puissante qui, s’il n’y prend garde, pourrait lui créer davantage de faux besoins qu’elle n’en résoudrait de réels. Les outils et les machines sont un peu comme l’argent : ils ne font pas le bonheur des hommes mais ils peuvent y contribuer ; en faire une utilisation irréfléchie, sans l’accompagnement de valeurs éthiques solides, présente le risque d’être néfaste à terme.

Conclusion

Ce questionnement éthique est d’autant plus essentiel et urgent que les technologies en émergence promettent d’être puissantes, que le développement est rapide et apparaît comme irréversible, ce qui est le cas des nanotechnologies. Le pouvoir de la technologie pourrait alors se retourner contre l’homme si celui-ci ne décidait pas assez tôt et avec assez de sagesse, de ce qu’il convenait de faire ou de ne pas faire avec ce pouvoir, c’est-à-dire de la finalité réelle de la course effrénée au développement technologique qu’il mène (ou qui le mène ?). (2)

Jacques Bordé

Physicien, ancien Directeur de recherche au CNRS et collaborateur du Comité d'éthique des sciences du CNRS

(1) Voir à ce sujet le dossier publié sur le site de la Conférence des évêques de France

(2) Les enjeux éthiques soulevés par les nanotechnologies ont été analysés par le rapport n°2235 de la mission d'information parlementaire, déposé le 20 janvier 2010 en vue de la révision des lois relatives à la bioéthique (pp.439-472).

mercredi 24 mars 2010

Bioéthique, quel chemin de bonheur proposes-tu ?

dornellas2

Chers internautes,

Soyez les bienvenus sur ce blog bioéthique de l’Église catholique. Depuis son ouverture en février 2009, il se veut un outil de réflexion, ouvert à tous, croyants ou pas.

Vous êtes nombreux à le visiter et à contribuer ainsi à ce dialogue dans lequel l’Église s’engage résolument. Elle le fait parce qu’elle a confiance en l’intelligence humaine, capable de trouver des chemins de sagesse, pour le bien de tous, surtout des plus vulnérables.

Ce dialogue n’est pas la recherche d’un « moins disant éthique », comme l’ont remarqué à juste titre les citoyens lors des États généraux. Il n’est pas non plus une stratégie, il est plutôt le service humble de la vérité que les « partenaires admettent ne pas confisquer mais veulent sincèrement chercher ensemble. »

Le dialogue devient d’autant plus nécessaire que la révision des lois de bioéthique sera l’objet d’un débat parlementaire public. Il a été précédé, en janvier 2010, par le Rapport parlementaire « Favoriser le progrès médical – Respecter la dignité humaine » (N°2235). Fruit de la consultation multidisciplinaire de nombreux experts, il élabore 95 propositions qui, pour certaines, manifestent une conception de l’homme, de la famille et de la société, par exemple, la proposition numéro 4 sur « L’intérêt de l’enfant à naître ».

Les billets qui seront publiés sur ce blog, émanant de personnes compétentes, nous aideront à approfondir la réflexion sur les propositions du Rapport. Cela étant dit, nous pouvons dès aujourd’hui en cerner quelques unes, particulièrement significatives de conséquences.

• Quelles valeurs sont défendues par l’interdit des recherches sur l’embryon avec la force symbolique qu’il représente? Quelle différence entre une interdiction assortie de dérogations et une autorisation encadrée ? La dignité d’un embryon humain dépend-elle du « projet parental » ? Pourquoi poursuivre les recherches sur les cellules souches embryonnaires alors que d’autres pistes ont déjà fait leurs preuves, sans soulever d’enjeux éthiques majeurs?

• Comment envisager les conditions d’accès à l’Assistance Médicale à la Procréation ? Comment conjuguer le « désir d’enfant » et « l’intérêt de l’enfant à naître» ? Le désir d’enfant est-il un droit à la technique ? Faut-il lever l’anonymat du don de gamètes ? Comment en assurer la gratuité en évitant le risque inhérent de marchandisation ? Est-il légitime de congeler des embryons humains ? En effet, pour la première fois le rapport parlementaire pose cette question qu’il considère comme légitime. Et que faire des embryons surnuméraires congelés ?

• Est-il légitime de proposer l’extension des indications du Diagnostic préimplantatoire (DPI) ? Pourquoi faudrait-il « cibler » la trisomie 21 alors que, par ailleurs, on écarte l’idée de dresser une liste de maladies susceptibles de faire l’objet d’un DPI ? En effet, la proposition 26 contient la sélection de tout embryon porteur de la trisomie 21. N’est-ce pas une stigmatisation à l’égard des personnes atteintes par la trisomie 21 ? Sommes-nous conscients du risque d’un « eugénisme légalisé », comme l’a souligné un membre de la Mission parlementaire?

• Comment assurer la gratuité du don d’organes ? Comment concilier la liberté du consentement du défunt et la volonté des familles ? Quel encadrement pour les prélèvements sur donneurs décédés après arrêt cardiaque ?

• Comment développer la médecine prédictive tout en renforçant la protection des personnes ? Tout test génétique est-il bon, souhaitable ? Que connaissons-nous quand nous connaissons les caractéristiques génétiques d’une personne ?

• Quel rôle doit jouer l’Agence de la Biomédecine auprès du Parlement ? En effet, le rapport propose l’instauration d’un débat éthique permanent en suggérant que le Conseil Consultatif National d’Ethique (CCNE) organise la consultation du public sur les questions de bioéthique. Il est donc essentiel de se former. Ce blog veut y contribuer.

• D’autres questions devront être abordées. Que penser des neurosciences et des nanotechnologies ? Est-il légitime de rechercher sur tout ? La société n’a-t-elle pas un mot à dire aux chercheurs ?

Autant de questions ouvertes qui appellent un sursaut de responsabilité et de sagesse, de la part des citoyens et du législateur. La réponse à ces questions ne saurait être laissée au simple jeu d’équilibrage politique entre les différentes forces et les lobbies variés. La bioéthique touche à la vie de tous et chacun dans ce qu’elle a de plus intime : la souffrance et la mort, le désir et l’enfant, l’homme et la femme, ainsi que leur amour. Permettez-moi de conclure par ce premier verset du premier psaume. En effet, il ouvre sur toute la condition humaine en prononçant sur elle une formidable promesse de bonheur : « Heureux l’homme… ».

Puisse ce blog constituer un espace de dialogue et de recherche de ce qui est juste et vrai, dans le respect de chacun. Puisse-t-il contribuer à trouver le chemin de bonheur, personnel et collectif, auquel nous aspirons tous, enfants, jeunes, adultes, malades ou bien-portants, personnes âgées et en fin de vie. Oui, que les techniques biomédicales servent ce grand projet de l’homme et de Dieu qui ensemble veulent que chaque homme soit heureux.

Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo, est président du groupe de travail des évêques sur la bioéthique.

vendredi 10 juillet 2009

Le blog bioéthique prend ses quartiers d’été

Lancé en février dernier ce blog se veut le prolongement et le complément de l’ouvrage « Bioéthique, propos pour un dialogue ». Vous avez été plus de 100 000 à le visiter ces derniers mois. Nombreux êtes-vous à avoir, à travers un commentaire, une question, un témoignage participé au dialogue initié sur internet.

Alors que les Etats généraux de la bioéthique ont pris fin le 23 juin dernier avec un colloque de clôture à Paris, le blog prend ses quartiers d’été : vous pourrez bien sûr consulter tous les billets mais il ne sera pas possible temporairement de laisser des commentaires.

Les vacances sont un temps propice pour lire et se former. Nous vous invitons à profiter de ce temps estival pour poursuivre votre réflexion :

- avec la lecture de l’ouvrage «Bioéthique, propos pour un dialogue » ou des documents et textes de références proposés par l’Eglise catholique.

- avec les vidéos réalisées par le Jour du Seigneur ou KTO. Vous pouvez notamment visionner en ligne la vidéo du père Thierry Magnin, « La bioéthique au regard de l'Evangile » qui met en regard les enjeux éthiques et une vision de l'homme selon l'Evangile à travers des interviews de scientifiques, de philosophes, d’éthiciens et de théologiens.

- à travers les reportages publiés sur le site www.eglise.catholique.fr sur quelques initiatives organisées dans les diocèses ces derniers mois (Le Mans, Annecy, Nanterre, Albi ou Paris). Comme l'indique l'agenda du blog, près d’une centaine d’événements, colloques, rencontres, tables rondes, temps de prière pour la vie, ont été proposés dans les diocèses de France.

Vous pouvez aussi continuer à consulter le site des Etats Généraux :

Nous vous donnons rendez-vous très prochainement.

La rédaction

blogbioethique@catholique.fr

lundi 22 juin 2009

Questions de bioéthique : le dialogue authentique, seul chemin sûr

dornellas2De nombreuses situations de vie témoignent que la bioéthique est un mot lourd de significations, porteur d’espérances ou d’angoisses, suscitant des hésitations sur ce qu’il convient de faire, rempli de savoirs scientifiques complexes.

Dès que nous entrons dans les questions de bioéthique, deux réalités s’imposent à notre esprit : une innovation prodigieuse et un terrible face à face.

Une innovation prodigieuse

En 1978, Louise Brown est née par d’une fécondation in vitro. Pour la première fois dans l’histoire humaine, des hommes ont produit un embryon humain en dehors du corps de la femme. D’ordinaire, celle-ci découvre l’existence en elle d’une autre vie humaine quelques jours après son commencement. Habituellement, elle la reçoit et l’accueille avec amour. C’est toujours une douleur pour elle – implicite ou explicite – de la refuser.

Désormais, nous savons donc produire une vie humaine. Nous pouvons ainsi répondre au désir d’un couple infertile. Nous avons acquis un pouvoir a priori sur cette vie humaine et nous l’exerçons, selon nos fantasmes plus ou moins prométhéens, en pensant que nous avons tous les droits sur elle. Ceux-ci paraissent d’autant plus légitimes que nous voulons apaiser une souffrance.

Qui dira la justesse et la limite de ces droits ? Qui dessinera leurs contours pour qu’ils soient effectivement dignes de la condition humaine ? Qui permettra de connaître les devoirs auxquels nous sommes astreints en vertu de notre dignité humaine ?

Un terrible face-à-face

La science fait merveille. Grâce à elle des techniques de plus en plus sophistiquées sont mises au point. Tout semble réalisable : tout désir d’enfant peut être satisfait, tout savoir sur une destinée humaine est possible, toute maladie pourrait être guérie.

Bref, les techniques sont toutes puissantes. Elles imprègnent de leur rigueur et de leur froideur l’art médical. Nous assistons à un face à face entre des souffrances humaines et des techniques biomédicales. Comme si nous pensions que des techniques étaient à la hauteur de souffrances vécues par une personne !

Une technique sait-elle prendre en considération une telle souffrance ? Nous assistons aussi au face à face entre le beau désir d’enfant et des techniques biomédicales qui le transforment en angoisse. Aucune technique n’est en elle-même à la hauteur du désir digne de la condition humaine.

Des efforts sont faits pour humaniser la relation entre les personnes qui désirent ou qui souffrent et les techniques. Comment trouver les justes chemins de cette indispensable humanisation ? Où situer les personnes humaines engagées dans l’art médical vis-à-vis de ces techniques ? Quelles procédures seront assez perspicaces pour respecter la responsabilité effective du personnel médical et la liberté véritable des personnes que ce personnel rencontre ? Car, en définitive, seule la qualité humaine de cette rencontre doit être sans cesse promue pour que nous gardions confiance – une confiance raisonnable – dans ces techniques qui sont destinées à demeurer au service de l’homme dans sa dignité et sa vulnérabilité.

Un chemin est sûr : le dialogue authentique vécu dans l’écoute, le questionnement et la parole prononcée dans le respect et l’effort de la raison et de l’amour. Un dialogue où amour et vérité – jamais l’un sans l’autre – se rencontrent.

Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo, est président du groupe de travail des évêques sur la bioéthique

jeudi 18 juin 2009

La clause de conscience: une évidence?

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Rarement évoquée dans les débats, conférences, écrits réalisés depuis plusieurs mois, au sujet de la révision des lois de bioéthique, la clause de conscience est une nécessaire évidence, pour les soignants mais aussi pour la société toute entière. Eclairage du Docteur Alain Beucher

L’exercice du droit de la conscience est une question difficile, souvent ‘’enfermée’’ dans une étiquette religieuse, et rarement traitée sur le fond. Elle concerne pourtant chacun d’entre nous, chaque citoyen, car elle est, d’abord, un principe laïc : tout homme ne doit pas effectuer des actes pouvant heurter sa conscience ou ses convictions.

La clause de conscience concerne, avant tout, les médecins mais aussi les sages femmes, les pharmaciens, les infirmiers, les auxiliaires médicaux … ainsi que les établissements de santé privés (article L. 2212-8 alinéa 3). D’autres champs d’activités se trouvent aujourd’hui, ou se trouveront demain, concernés par l’objection de conscience ; nous n’évoquerons ici que le domaine de la bioéthique.

Qu'est-ce que la clause de conscience?

La liberté de conscience, ou clause de conscience, peut être considérée comme la possibilité accordée de ne pas appliquer certaines règles édictées par le droit, par la Loi… En effet, les normes juridiques peuvent, dans certaines situations, entrer en conflit avec les croyances ou les valeurs morales d’un individu. C’est ainsi que le champ de l’objection de conscience s’élargit à l’ensemble des citoyens, pour des enjeux de plus en plus graves, dès lors que devient possible la subordination de la loi morale à la loi civile. La conscience doit être première … et la clause est dangereuse si elle enferme le médecin dans « sa clause », dans un isolement … ne réfléchissant pas en équipe, avec d’autres médecins ou non médecins (comité d’éthique, équipe de DAN …) Comme le dit le Catéchisme de l’Eglise catholique, « L’homme a le droit d’agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. L’homme ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience »

En pratique...

En pratique, ce sont, principalement, les médecins gynécologues, obstétriciens et les sages-femmes qui sont confrontés à ce droit d'exercer leur clause de conscience. Un médecin n'est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse (tout comme une stérilisation) mais il doit informer, sans délai, l'intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens susceptibles de réaliser cette intervention. Depuis la loi du 4 juillet 2001, un chef de service d’obstétrique et de gynécologie, dans le service public, peut refuser de pratiquer lui-même des IVG mais a l’obligation d’en organiser la pratique au sein de son service. La loi de 2004 a consacré cette obligation pour les chefs de services de gynécologie-obstétrique dans les établissements de santé publics. Un établissement de santé privé (article L. 2212-8 alinéa 3), sauf s’il participe à l’exécution du service public hospitalier ou s’il a conclu un contrat de concession, et dans la mesure où d’autres établissements répondent au besoin local, peut faire valoir une clause de conscience pour refuser d’organiser des IVG. Remarquons que les pharmaciens ne sont pas visés expressément par l’article L. 2212-8 CSP. Plusieurs décisions de justice leur ont dénié la clause de conscience. Les juges se fondaient souvent sur le refus de vente pour sanctionner les pharmaciens. En l’état actuel du droit positif, le pharmacien peut échapper aux sanctions du refus de vente en s’abstenant de détenir des produits contraceptifs ou abortifs dans son officine (Cass. Crim. 16 juin 1981).

La clause de conscience concerne l’ensemble des questions abordées dans la Loi de bioéthique. En matière de contraception, la loi autorise la vente libre de la contraception d’urgence (pilule du lendemain), ainsi que sa délivrance aux mineures par les infirmières scolaires. Cette Introduction de l’IVG médicamenteuse en ville (RU486) expose à leur conscience, dans une situation d’urgence, les médecins traitants, les infirmières notamment scolaires, les pharmaciens …la vente libre étant autorisée. Dans le domaine de la procréation médicalement assistée et de la recherche, les activités de fécondation in vitro ne peuvent être réalisées que dans des centres agréés. Ces centres doivent faire preuve d’une grande transparence quant à leurs options en ce qui concerne l’accessibilité au traitement. Certains souhaitent qu’ils disposent de la liberté d’invoquer une clause de conscience à l’égard des demandes qui leur sont adressées. Ce refus se ferait par écrit.

Etre en harmonie avec sa conscience et sa pratique professionnelle

La décision d’appliquer la clause de conscience n’est donc pas un refus de l’IVG, l’IMG ou la stérilisation tubaire mais, simplement, un refus de la pratiquer soi-même. Elle permet à chacun d’être en harmonie entre sa conscience et sa pratique professionnelle. Dans l’encyclique du pape Jean Paul II, Evangelium Vitae, en août 1993, la clause de conscience est « un droit essentiel qui, en tant que tel, devrait être prévu et protégé par la loi civile elle-même. Dans ce sens, la possibilité de se refuser à participer à la phase consultative, préparatoire ou d’exécution de tels actes contre la vie devrait être assurée aux médecins, au personnel paramédical et aux responsables des institutions hospitalières, des cliniques et des centres de santé. Ceux qui recourent à l’objection de conscience doivent être exempts non seulement de sanctions pénales, mais encore de quelque dommage que ce soit sur le plan légal, disciplinaire, économique ou professionnel ». La revendication actuelle de l’extension du droit de conscience aux pharmaciens s’inscrit dans cette ligne.

La clause de conscience dans le cadre de la révision des lois de bioéthique?

Au seuil de la révision des lois, la pratique quotidienne des soignants peut légitimement recommander certaines options en matière de clause de conscience :

  • Ne pas modifier la loi de 2001 : « par contre, à titre individuel, un chef de service ou un médecin, dans un établissement de santé public, peut toujours refuser de pratiquer lui-même des IVG. »
  • Reconnaitre le droit de conscience aux médecins refusant certaines opérations de diagnostic prénatal, aux pharmaciens et auxiliaires de pharmacie refusant de vendre des contraceptifs, aux infirmières refusant de mettre à disposition des « pilules du lendemain » et au personnel non médical travaillant dans un service d'un hôpital ou d'un établissement de soins privé, dans lequel des avortements sont pratiqués.
  • Diffuser cette possibilité__ d’appliquer la clause de conscience pour permettre et encourager les professionnels soignants à oser y avoir recours et éviter ainsi une certaine désaffection de certains étudiants pour les métiers de médecins obstétriciens, de sages-femmes, de médecins échographistes ...
  • Aider les professionnels de santé__, en terme juridique, à distinguer entre l’information, la prescription et la réalisation d’actes de dépistage, de diagnostic, de traitement … en respectant la conscience de chacun (en matière de dépistage prénatal par exemple)

Docteur Alain Beucher, pédiatre est ancien directeur du Centre d’Action Médico Social Précoce Polyvalent Départemental (49).

(1) Cadre juridique de la clause de conscience : La clause de conscience s’appuie sur un cadre juridique. Introduite en médecine en 1975 par la loi relative à l’Interruption Volontaire de Grossesse, la clause de conscience est reconnue expressément par le législateur seulement en matière d'avortement (Art. L2212-8 du CSP) et de stérilisation volontaire (Art. L2123-1). Elle permet à un médecin ou à un auxiliaire médical de refuser d'accomplir un acte médical, parce que cet acte, bien qu'autorisé par la loi, est contraire à ses convictions éthiques ou religieuses. Une idée reçue, entretenue par nombre d'organismes sociaux ou d'associations de patients, voudrait qu'un médecin soit contraint par la loi d'accepter de suivre tous les patients. C'est méconnaître la loi. Elle est impliquée de façon générale par l'article 47 du code de déontologie médicale, aux termes duquel le médecin a le droit de refuser ses soins pour raisons professionnelles ou personnelles, sous réserve de cas d'urgence (art.223 du nouveau code pénal) ou de manquement aux devoirs d'humanisme ou d'assistance. Le motif de conscience peut constituer l'une de ces raisons personnelles.

La faculté d’invoquer la clause de conscience est reconnue à toute personne conduit à participer, directement ou indirectement, à une interruption de grossesse. L’article L. 2212-8 alinéas 1 et 2 du Code de la Santé Publique vise les médecins mais également les sages-femmes (art.28 du code de déontologie), infirmiers et auxiliaires médicaux quels qu’ils soient … et même les chirurgiens dentistes (art.26) !

jeudi 28 mai 2009

L'Europe et la bioéthique

E MontfortA la veille de la révision des lois bioéthiques en France, Elizabeth Montfort apporte son éclairage sur les orientations européennes en bioéthique à travers la Convention d'Oviedo signée en 1997. Une convention qui devrait donner aux différents protagonistes, dans le débat actuel, un référentiel commun, point de départ de la réflexion.

Depuis 40 ans, l’Europe s’intéresse à l’impact des recherches scientifiques sur la dignité de l’être humain.

La Convention sur les Droits de l’Homme et la biomédecine, dite Convention d’Oviedo porte sur la protection des Droits de l'Homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine. Depuis les années 70, L’Europe (1) s’intéresse à l’impact des recherches scientifiques sur la dignité de l’être humain et de ses droits, jusqu’à signer cette convention en 1997. Elle est le premier instrument juridique international contraignant qui protège la dignité, les droits et les libertés de l'être humain contre toute application abusive des progrès biologiques et médicaux. Ce traité part de l'idée que l'intérêt de l'être humain doit prévaloir sur l'intérêt de la science ou de la société .

Le but de cette Convention est de servir de base commune à tous les Etats membres et de combler un vide juridique dans les pays ne disposant pas de réglementation nationale. D’où la difficulté de rédiger un document qui devait faire l’objet du plus large consensus de la part de pays si divers.

Cette Convention, adoptée le 4 avril 1997 est entrée en vigueur dans les13 Etats qui l’ont aujourd’hui signée puis ratifiée. La France est uniquement signataire mais s'efforce néanmoins de tenir compte de ses dispositions. La Convention est complétée par trois protocoles relatifs au clonage, à la recherche biomédicale et à la transplantation d'organes et de tissus d'origine humaine.

Quels sont les aspects scientifiques de la Convention d’Oviedo?

Plusieurs articles concernent le génome humain (article 11 à 14). L’examen des gènes ne peut être pratiqué que dans deux domaines : la médecine et la recherche médicale, dans des domaines précis. La Convention rappelle le principe de non discrimination de toute personne en raison de son patrimoine génétique (art. 11).

L’article 12 a pour objet le diagnostic: il interdit l'utilisation de tests génétiques à des finalités non médicales mais ne fixe pas de règle relative à l'accès des tiers aux résultats de ces tests, ni à leur utilisation. L’article 13 interdit toute intervention abusive sur le génome: il ne peut constituer un matériel de recherche et sa modification est interdite sur les cellules germinales.

La Convention interdit la réalisation de tests prédictifs à des fins économiques ou sociales, (l’emploi et l’assurance), ainsi que pour sélectionner le sexe d’un enfant à naître (art. 14). Elle proclame la liberté de la recherche.

Les articles 16 à 18 précisent l’articulation entre liberté de recherche et protection de l’être humain. L’homme peut être sujet de recherche s’il lui est proposé un traitement. Cela signifie que les risques ne peuvent être disproportionnés par rapport aux résultats souhaités et qu’un consentement libre et éclairé doit être apporté. L’article 18 concerne la recherche sur l’embryon qui, s’il n’est pas défini, fait l’objet de protection: lorsque la recherche sur l'embryon est admise par la loi, celle-ci doit assurer une protection adéquate de l'embryon, sans qu’elle ne précise en quoi consiste « la protection adéquate ».

Elle interdit formellement toute constitution d’embryons à des fins de recherche, reconnaissant explicitement que l’Assistance Médicale à la Procréation n’a qu’un seul but : la procréation.

Dans le contexte du prélèvement d'organe à partir de donneur vivant, la Convention insiste sur le principe du libre consentement ; ce prélèvement n'a lieu que si il n'y a aucune possibilité d’obtenir un organe sur un cadavre. Les articles 21 et 22 précisent que « le corps humain et ses parties ne doivent pas être source de profit »

La Convention d’Oviedo est d’une importance capitale.

C'est le seul texte contraignant supranational qui existe en matière de bioéthique. Ce texte européen constitue le pilier principal complété par les protocoles additionnels, en particulier celui qui interdit tout clonage humain. Même si la Convention n’est applicable qu’aux pays qui l’ont ratifié, elle reste, cependant, un texte de référence puisque tous les Etats membres du Conseil de l’Europe l’ont signé.

Juridiquement, la Convention est un texte contraignant qui n’est ni une déclaration, ni une résolution. La protection juridique en matière de biomédecine concerne le consentement de celui qui fait l’objet d’un traitement ou d’un don d’organe. L’information doit être donnée sur la nature de l’intervention, ses conséquences et ses risques pour permettre un consentement libre et éclairé direct ou par l’intermédiaire d’une autorité de tutelle en cas d’incapacité. La Convention stipule que tout patient a le droit de connaître toute information recueillie sur sa santé, notamment les résultats des tests génétiques prédictifs et reconnaît aussi que la volonté d'une personne de ne pas être informée doit être respectée.

La valeur suprême de ce texte est la dignité

Bien que le mot éthique ne figure pas dans le titre, mais seulement dans l’article 28 de la Convention, il s’agit bien d’éthique Le préambule en rappelle l’enjeu : « Conscient des rapides développements de la biologie et de la médecine ; conscients des actes qui pourraient mettre en danger la dignité humaine par un usage impropre de la biologie et de la médecine ; affirmant que les progrès de la biologie et de la médecine doivent être utilisés pour le bénéfice des générations présentes et futures ». La valeur suprême de ce texte est la dignité qui inclut l’intégrité, l’identité et la non patrimonialité de l’être humain et marque le souci de sa protection (art. 1). Conscient de l’intérêt de l’être humain et de la liberté de la science, la Convention n’hésite pas à affirmer qu’en cas de conflit, c’est l’être humain qui doit l’emporter : « L'intérêt et le bien de l'être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science » (art. 2)

A la veille de la révision des lois bioéthiques dans notre pays, cette Convention devrait donner à tous les protagonistes un référentiel commun, point de départ de la reflexion.

Elizabeth Montfort, ancien député européen, est présidente de l’Alliance pour un Nouveau Féminisme

(1) Le Conseil de l’Europe, créé après la seconde guerre mondiale regroupe 47 Etats membres. Sa mission est de définir et de faire respecter les droits de l’homme dans ces états, notamment dans les domaines où ils pourraient être remis en cause en raison de circonstances nouvelles, comme la recherche biotechnologique ou les sciences du vivant.

mardi 26 mai 2009

J- 30 avant la clôture des Etats Généraux de la bioéthique !

Depuis le lancement de ce blog en février dernier, vous avez été près de 20 000 visiteurs par mois à lui rendre visite pour vous informer, poser une question, témoigner, réagir et échanger sur des sujets qui vous tiennent à cœur parce qu’ils vous touchent de près, vous, vos proches et la société toute entière. Nous vous remercions pour la richesse de ces échanges et vous invitons à poursuivre ce dialogue jusqu'à la fin de mois de juin sur ce blog.

Alors que les Etats généraux se concluent dans un mois, nous sommes tous invités à mettre à profit ces dernières semaines en participant pleinement à cette large consultation qui concerne le devenir de l’homme et de notre société.

* Informez-vous

A partir du 28 mai et pendant un mois, la radio chrétienne RCF vous écoute et vous informe sur les enjeux de cette loi à travers des émissions interactives et pédagogiques.

Jeudi 28 mai de 9h à 11h une grande émission interactive donne la parole aux auditeurs qui sont invités à poser leurs questions aux invités parmi lesquels Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes, qui a coordonné le groupe de travail des évêques de France sur le sujet, et Xavier Lacroix, théologien, membre du Comité consultatif national d’éthique.

Vous souhaitez poser une question ? Vous pouvez le faire soit en déposant un commentaire sur ce blog, soit en appelant pendant l’émission au 04 72 38 20 23 pour intervenir en direct

Autres RDV à noter sur RCF :

- vendredi 29 mai de 10h à 11h : une émission sur le thème « Bioéthique : ce qu’en disent les religions monothéistes ». Un dialogue entre le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, David Messas, grand rabbin de Paris et Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes.

- Du 1er au 19 juin à 7h10 : tous les jours du lundi au vendredi à 7h10, un éclairage pédagogique, court et simple sur les questions complexes touchant la bioéthique.

- Vendredi 19 juin de 9h à 10h : une émission spéciale pour récapituler tous les enjeux et les questions autour de la loi. Pour connaître la programmation de RCF sur la bioéthique

* Formez-vous

A l’invitation des évêques, les diocèses et paroisses ont organisé ces derniers mois de nombreux colloques, rencontres, conférences sur la bioéthique.

Près de 80 rendez-vous ont été ainsi proposés au public français. Dans les semaines qui viennent de nombreuses initiatives sont programmées. N’hésitez pas à vous y joindre : vous pourrez ainsi prendre connaissance des enjeux de la révision des lois de bioéthique, poser vos questions aux intervenants, approfondir votre réflexion.

Retrouvez l'agenda des événements bioéthique proposés par l’Eglise catholique

* Demandez au Seigneur la grâce de savoir accueillir la vie

Les évêques d’Ile de France ont lancé une invitation à une veillée de prière le jeudi 28 mai de 20h30 à 22h00 à la cathédrale Notre Dame de Paris. « Nous savons que la dignité humaine ne se fait pas sans lutte. Mais c’est d’abord une lutte intérieure qui se livre dans notre cœur. L’Evangile de la vie s’adresse d’abord à chacun de nous parce que les tentations sont fortes d’estimer que l’autre nous encombre. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de demander au Seigneur la grâce de savoir accueillir la vie, toute vie humaine, comme un don », expliquent-ils dans leur invitation.

* Prenez part au débat

Invités à se former et s’informer sur les sujets débattus lors des Etats généraux, tous les citoyens sont appelés à faire part de leur avis et suggestions sur le site internet des Etats généraux.

Profitez donc de ce dernier mois pour apporter votre contribution spécifique sur ces questions en la déposant sur le site des Etats généraux.

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