''Alors que le CCNE vient de publier son Avis n°112 portant sur la réflexion éthique sur la recherche sur les cellules d’origine embryonnaire humaine, nous publions un billet cherchant à apporter un éclairage scientifique sur l'un des enjeux majeurs de la prochaine révision des lois de bioéthique (*). Il est signé par les Professeurs Lafont et Lataillade ainsi que par le Dr Coulomb.''

Avant tout, rappelons que l'on fait de la thérapie cellulaire "comme Mr Jourdain" depuis 50 ans en réalisant des transfusions sanguines et des greffes de moelle pour sauver des vies.
Néanmoins, la thérapie cellulaire représente encore aujourd'hui une source d’espoir importante pour le traitement de certaines maladies. Elle repose sur l’emploi de cellules particulières appelées cellules souches qui, sous une même appellation, correspondent à des cellules dont les potentiels sont différents. Les cellules souches existent dès la conception (cellules totipotentes), participent au développement de l'organisme en se multipliant et en se spécialisant rapidement pour former les trois feuillets embryonnaires (cellules pluripotentes), avant de perdre encore de leur "pouvoir" (normalement de façon irréversible) lorsqu'elles aboutissent à la formation des différents organes (cellules multipotentes). Elles persistent chez l'adulte dans la plupart des organes et tissus et participent à leur renouvellement normal (épiderme par exemple) ou à leur réparation.
Quelle cellule souche choisir et pour quelle application ?
Il était donc logique de penser à des applications médicales, mais alors quelle cellule souche choisir et pour quelle application ?
-Les cellules souches embryonnaires ont un potentiel majeur, mais on est actuellement incapable de prédire leur comportement après implantation chez un adulte, et il existe un risque de dérive important. Le risque de développement de cancer et/ou de rejet ne peut être écarté.
-Les cellules fœtales n’ont pas plus de pouvoir que les cellules adultes. Les essais cliniques dans la maladie de Parkinson avec des cellules issues du cerveau de fœtus ont donné des résultats inégaux.
-Les cellules souches adultes sont en général en petit nombre dans les tissus, difficiles à reconnaître et difficiles à prélever. Néanmoins, la greffe autologue d'épidermes de culture contenant des cellules souches épidermiques permet de sauver des grands brûlés.
-Les cellules souches du sang de cordon représentent une source précieuse car elles possèdent des propriétés intermédiaires entre celles des cellules souches embryonnaires et celles des cellules souches adultes et sont très faciles à prélever. Le Pr Gluckman a été pionnière dès 1988 en traitant un enfant leucémique avec des cellules du sang de cordon.
-Les cellules stromales mésenchymateuses (CSMs), cellules pluripotentes issues de la moelle osseuse, cordon, tissu adipeux ont plusieurs cibles. Chez les irradiés, elles sauvent des patients et évitent l’amputation. Après infarctus du myocarde, elles semblent améliorer la fonction cardiaque mais sont encore en cours d’évaluation.
-Enfin, il est important de mentionner une catégorie particulière de cellules souches adultes: les iPS (induced pluripotent stem cells). En 2007, Yamanaka et Thomson ont mis au point une méthode non clonale forçant des cellules de la peau à retourner à un stade de cellules souches pluripotentes. Depuis, de nombreuses équipes ont confirmé leurs résultats et utilisé les cellules IPS dans des essais thérapeutiques précliniques.
Ainsi, comme tout sujet scientifique brûlant, on peut déplorer les excès médiatiques. Entre l’absence de succès thérapeutique réel et la régénération type "queue de lézard qui repousse", il faut mettre le curseur entre les 2, et rester prudent afin de ne pas mettre en danger cette innovation thérapeutique.
Encadrer la recherche
Encadrer la recherche : la recherche a fait des progrès immenses en s’imposant plus de rigueur afin de préserver la dignité et les droits des patients. Cette rigueur s'applique aussi aux prélèvements vivants et aux déchets opératoires voués à la destruction. Dans le cas de l’embryon, il est capital que cette recherche continue à préserver sa dignité, qu’elle ne puisse pas rougir d’elle même, comme cela a été le cas aux USA avec les essais médicamenteux menés notamment dans des pays en voie de développement, et qu’elle reste libre des pressions venant notamment de l’industrie. La loi française protège les individus de tout commerce du corps humain. Il existe cependant un vide juridique concernant le statut de l’embryon, et c'est la responsabilité de la société de remplir ce vide.
''Pr Antoine Lafont (1/2) Dr Bernard Coulomb (1) Pr Jean-Jacques Lataillade (3)''
1 : INSERM U970, Université Paris Descartes, équipe réparation artérielle ; 2 : Hôpital Européen Georges Pompidou, APHP; 3 : Département Recherche et Thérapies Cellulaires, Hôpital d'Instruction des Armées Percy
(*) Pour connaître le point de vue de l'Eglise sur cette question, consulter la page "Recherches sur l'embryon" du site de la Conférence des évêques de France. Voir également Mgr Pierre d'Ornellas, Au coeur du débat bioéthique. Dignité et vulnérabilité. Collection Documents Episcopat, n°6/2010, pp.7-27.











Il est difficile de passer sous silence la question dite du "bébé-médicament" qui, de façon exceptionnelle, veut répondre à la souffrance d'un enfant né porteur d'une maladie.Un bref état des lieux éthique de la question pointe l'utilitarisme de cette technique.
Le 13 décembre 2008, 300 personnes étaient réunies à Paris pour une journée de formation sur la bioéthique. Choisies par leur évêque, elles ont eu ensuite pour mission de former et d'informer les chrétiens de leur diocèse. Le père Bruno Cazin répond à l'une des questions posées au cours de cette journée : Comment communiquer et informer les patients avant le recueil de consentement dans les études cliniques?