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vendredi 19 juillet 2013

Vote sur l'embryon : l'avis de l'Eglise - Tribune de Mgr Pierre d'Ornellas dans Ouest-France

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Le vote de mardi ne laisse pas indifférent : l’Assemblée Nationale a opté pour la suppression du principe d’interdiction de recherche sur les embryons humains et sur ses cellules souches, au profit de l’autorisation de cette recherche. C’est hélas un vote de parti, non le fruit d’une réflexion profonde.

Le sujet était pourtant grave : de quel respect faut-il entourer l’embryon humain conçu in vitro et sans projet parental ? En maintenant le principe d’interdiction, le législateur de 2011 a reconnu que cet embryon est l’un de nous, être humain dans sa condition embryonnaire. Et cela en dépit du Conseil Constitutionnel qui, le 27 juillet 1994, a décidé que « le respect de tout être humain dès le commencement de sa vie n’était pas applicable aux embryons fécondés in vitro » ; or, cette décision, estiment des juristes, est une « ruse de l’esprit » et procède d’un raisonnement ayant « plusieurs failles ». Le Comité Consultatif National d’Éthique appelle au respect de l’embryon humain, même en raison de l’« énigme » qu’il est.

Pour un tel sujet, est nécessaire le temps de paroles nuancées, provenant de différents savoirs et d’expériences variées, empreintes de délicatesse et de modestie, et non la va-vite de l’anathème simpliste qui renvoie les tenants de l’interdiction du côté de ceux qui refusent le progrès, le mal, et qui affirme que les tenants de l’autorisation sont du côté des malades attendant leur guérison, le bien. Pourquoi ne pas avoir organisé ce débat, surtout quand on est majoritaire ?

De ces paroles échangées aurait pu émerger un « humanisme » qui discerne « entre le bien et le bien » : le bien de la dignité humaine à respecter en toutes circonstances et le bien de la recherche pour de nouvelles thérapies. Un tel humanisme, fruit des États généraux organisés en 2009 par la majorité d’alors, a maintenu le principe d’interdiction. Des dérogations sous conditions ont été élaborées, de telle sorte qu’il « n’empêche pas le progrès ». Cela a été rappelé mardi à l’Assemblée.

Le principe d’interdiction énonce avec clarté le bien éthique : l’être humain, dès le commencement de sa vie, tu respecteras en raison de sa dignité. Il est un guide pour la recherche scientifique, comme viennent de le montrer des chercheurs italiens qui ont guéri six enfants grâce à une thérapie génique associée à une thérapie cellulaire avec des cellules souches adultes du sang de la moelle osseuse. L’Église salue toute nouvelle thérapie et encourage la science qui, avec la lumière de la conscience, sert toujours notre belle humanité.

L’autorisation exalte la technique scientifique en oubliant l’éthique. Elle ouvre, pour la première fois, une brèche dans notre droit construit sur le respect de la dignité. Cependant, la résistance éthique des embryons humains, dans leur grand silence, se dresse devant nos consciences, plus puissante que l’apparente force juridique ou scientifique. Vulnérables, ils semblent gémir : « pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Mgr Pierre d'Ornellas Archevêque de Rennes, Dol et Saint Malo

Tribune publiée dans Ouest-France du 19 juillet 2013

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mercredi 17 juillet 2013

Rio 2013 : un manuel de bioéthique pour les jeunes

ROME, 27 juin 2013 (Zenit.org) - Plus de 2 millions d’exemplaires du Manuel de bioéthique pour les jeunes, intitulé « Clés pour la bioéthique » (Keys to Bioethics), seront distribués, en quatre langues, lors de la Journée mondiale de la jeunesse à Rio de Janeiro (23-28 juillet 2013).

« Le contenu a été élaboré par des professionnels dans le domaine de la bioéthique, de la santé et des sciences humaines et sociales, beaucoup d’entre eux étant proches de la fondation Jérôme Lejeune, créée pour poursuivre l’action du professeur Lejeune », explique le P. Rafael Fornassier, consulteur de la Commission pastorale épiscopale pour la vie et la famille de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB).

En 1958, le généticien et pédiatre français Jérôme Lejeune a découvert que le syndrome de Down était une anomalie génétique, les cellules contenant trois chromosomes 21 au lieu de deux, d’où le nom de trisomie 21. Dès lors, il s’est consacré à la recherche scientifique d’une thérapie pour soigner le syndrome et améliorer la vie des personnes porteuses de la trisomie 21, repoussant avec fermeté la légalisation de l’avortement.

« Clés pour la bioéthique », préparé par la fondation Jérôme Lejeune, en collaboration avec la Commission nationale de la pastorale familiale de la CNBB et avec le Centro de Estudios Biosanitarios (Espagne), est une réélaboration du « manuel bioéthique des jeunes » de cette même fondation.

« L’idée de le distribuer pendant la JMJ est venue de discussions de la fondation Lejeune avec les évêques, prêtres et laïcs qui travaillent dans le domaine de la bioéthique. Ils se sont mis d’accord pour faire une proposition commune à l’organisation de la JMJ qui, à son tour, a embrassé l’idée et s’emploie à faire parvenir le manuel entre les mains des jeunes », explique encore le P. Fornassier.

L’introduction du manuel, signée par Mgr Orani Joao Tempesta, archevêque de Rio, et par Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Jérôme Lejeune, affirme ceci : « Il s’agit d’une présentation objective des grandes questions de bioéthique auxquelles nous sommes tous confrontés et souvent mal préparés. En se basant sur les fondements de la science et de la raison, ‘Clés pour la bioéthique’ permet au lecteur de comprendre celles-ci simplement, grâce à une information précise et rigoureuse à laquelle la foi de l’Église parvient à donner toute sa signification ».

« Le manuel, explique encore le P. Rafael, ne se contente pas de donner une liste de références bibliographiques à la fin du livre, mais il s’appuie aussi sur les positions actuelles des chercheurs. Pour ce qui est de sa terminologie et de son application selon les pays, il a été adapté et revu ».

« Le manuel ne cherche pas à faire valoir ou à défendre telle ou telle ligne en bioéthique. Il refuse un langage purement sanitaire (qui se préoccupe plus de la transmission des maladies sexuellement transmissibles que d’une véritable éducation humaine et sexuelle des jeunes), contraceptif (qui vise à un contrôle des naissances, sans fournir une information correcte sur les risques représentés par l’usage de méthodes contraceptives largement diffusées, souvent pour des intérêts économiques partisans), utilitariste (qui propose d’utiliser des êtres humains pour la recherche ou de l’éliminer quand il n’est pas désiré, qu’il est inutile ou économiquement coûteux pour le système de sécurité sociale) et idéologique. Il se propose, en revanche, de clarifier certains éléments pour aider les jeunes à poser un jugement éthique sur ce qu’on leur propose – et parfois impose – comme information, sur les thèmes brûlants concernant la vie humaine aujourd’hui ».

« Clés pour la bioéthique » a reçu des fonds de la part de la fondation Lejeune et de généreux donateurs provenant de différents pays.

Si peu de différence entre nous - Billet de Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France

Je ne suis qu'un embryon humain. Qui s'émeut au fait qu'on légifère sur mon sort en pleine trêve estivale? On a tellement dit qu'il fallait rattraper un retard, et ne pas entraver la recherche scientifique ! Je ne suis qu'un embryon humain. Il ne faut pas que je gâche votre été. Depuis 2004, une interdiction avec dérogations me protégeait relativement. Désormais, une "autorisation encadrée" entre en vigueur. Tout ça sans états généraux de la bioéthique? Quel sera mon sort? Je ne suis qu'un embryon humain. Quelle est ma place dans une visée prométhéenne du progrès et des thérapies? Quel est mon poids dans les consciences? Ne serais-je qu'un amas cellulaire? Me revient en mémoire l'émotion du Nobel de médecine Yamanaka. M'observant un jour dans une clinique, il s'est écrié: "Il y a si peu de différences entre lui et mes filles !..." Ce Nobel n'est pas resté les bras croisés contre la souffrance humaine. Mais il a refusé de disposer comme ça de moi. Il est devenu père des cellules souches pluripotentes. Il est vrai que je ressemble tellement à ses filles !...

Mgr Bernard Podvin Porte-parole des évêques de France

Réaction de Monseigneur Pierre d'Ornellas à la levée de l'interdiction de la recherche sur l'embryon

Sans débat préalable, le parlement français autorise la recherche sur l'embryon le 16 juillet 2013 : réaction de Mgr d'Ornellas à écouter ici

Proposition de loi adoptée à l'Assemblée nationale disponible ici

lundi 15 juillet 2013

« Le droit coupé du réel ne respecte pas l’être humain » - Entretien avec Mgr Pierre d'Ornellas - La Croix - 15 juillet 2013

Entretien à lire ici

jeudi 11 juillet 2013

Communiqué de presse de Monseigneur Pierre d'Ornellas - 9 juillet 2013

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Faut-il avoir peur du débat ? Certainement pas ! Ces derniers mois ont montré à tous à quel point la faute politique est grande de ne pas organiser le débat pour que chacun puisse s'exprimer, écouter et réfléchir, en particulier sur les questions sociétales. Quand les intelligences se rencontrent pour chercher ensemble la voie la plus juste du progrès, elles se grandissent et reçoivent dans la paix la solution proposée. Les États Généraux de la bioéthique en 2009 l'ont montré : ils ont permis un vrai « dialogue » entre les composantes de la société.

Ce n'est pas sans raisons, solidement établies, que ce débat de bioéthique s'est conclu en juillet 2011 par le maintien dans la loi du principe d'interdiction de la recherche sur l'embryon humain et sur les cellules souches embryonnaires. Certains veulent aujourd'hui que cette recherche soit autorisée, moyennant un encadrement. L'enjeu est majeur : avec l'autorisation, pour la première fois dans notre droit, il serait légal d'utiliser l'être humain ! C'est pourquoi, le législateur de 2011 a pensé nécessaire de mettre dans la loi que tout changement législatif sur la bioéthique devra être précédé d'un débat sous forme d'États Généraux. Le législateur s'est ainsi montré confiant dans le débat organisé pour la société. Pourquoi cet article de loi ne s'appliquerait-il pas à la recherche sur l'embryon humain ? Pourquoi avoir peur du débat en confinant aujourd'hui l'examen de cette question dans une soirée parlementaire ?

Consciente des enjeux sociétaux de la bioéthique, l'Église catholique est toujours entrée dans le dialogue. Elle a publié en 2009 ses « propos pour le dialogue » et ses « questions pour un discernement ». Elle souhaite que le choix entre le principe d'interdiction et l'autorisation encadrée à propos de la recherche sur l'embryon humain soit l'objet d'un vrai débat qui conduise sereinement à une solution de progrès. Ce débat ne doit pas être à la remorque d'intérêts particuliers.

Le progrès n'est vrai que si éthique et science sont reliées. La science est nécessaire, avec ses voies de recherche : les cellules iPS, les cellules souches adultes, la « conversion directe » des cellules différentiées. L'éthique reconnaît que l'embryon humain « doit bénéficier du respect lié à sa qualité », comme le souligne le Comité Consultatif National d'Éthique, car il partage notre humanité : nul n'est une personne sans avoir été d'abord un embryon humain ; nul ne devient humain qui ne l'est pas.

Le principe d'interdiction de recherche sur l'embryon humain alerte sur l'existence de cet écosystème humain. Ne pas le respecter se retourne toujours, à plus ou moins longue échéance, contre nous. La science ne peut guider les choix politiques. Ceux-ci doivent discerner comment l'écosystème humain, qui précède l'État, est promu. L'écologie, si nécessaire et urgente, est aussi humaine.

Mgr Pierre d'Ornellas Archevêque de Rennes

Voir aussi la contribution de Mgr d'Ornellas, publiée dans L'Express du 10 juillet 2013, intitulée "L'embryon humain partage notre humanité, il ne peut être instrumentalisé". Adresse URL : http://www.lexpress.fr/actualite/l-embryon-humain-partage-notre-humanite-il-ne-peut-etre-instrumentalise_1265449.html

mercredi 19 juin 2013

Initiative citoyenne européenne "Un de nous"

L’Initiative citoyenne Un de nous (« One of us » dans sa version internationale) est une des toutes premières lancées en Europe. Elle demande à l’Union Européenne de ne plus financer la recherche impliquant la destruction d’embryons humains.

Environ 50 millions d’euros ont été consacrés à ce financement dans la période 2007-2013. L’enjeu est le renouvellement de ce budget très controversé, au sein du Programme-cadre pour la recherche et l’innovation « Horizon 2020 », qui va définir les budgets recherche pour la période 2014 – 2020.

L’Initiative Un de nous demande également de ne plus attribuer de financement européen à certaines organisations non-gouvernementales qui font la promotion de « la santé génésique et sexuelle » (terme neutre pour désigner notamment l’avortement) dans les pays en développement.

C’est une occasion exceptionnelle de promouvoir une approche éthique de la recherche et de donner toute sa valeur à la protection de l’embryon humain.

L’Initiative Un de nous (« One of us ») a été déposée le 11 mai 2012 auprès de la Commission européenne par un groupe de personnalités représentant sept des principaux pays européens : Gregor Puppinck (France), Filippo Vari (Italie), Josephine Qnuintavalle (Royaume-Uni), Edith Frivaldszky (Hongrie), Jabub Batroswicz (Pologne), Alicia Latorre (Espagne), Manfed Liebner (Allemagne).

Pour signer en ligne cette initiative citoyenne européenne cliquer ici.

vendredi 31 mai 2013

L'embryon humain, l'un de nous

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Vous avez sans doute entendu parler des questions débattues au sujet de la recherche sur l’embryon humain. Conçu, il est destiné à être reconnu par des adultes comme un enfant. Il est un être humain dont la dignité est celle de la personne humaine.

C’est pourquoi la recherche est légitime quand elle respecte son intégrité et vise à mieux le connaître pour guérir des maladies dont il serait affecté. Mais elle est illégitime quand elle l’« utilise » en le détruisant pour lui prendre ses cellules.

Tout être humain doit être respecté, et non « utilisé », et chacun doit être protégé, en particulier les plus fragiles. De plus, la science a fait des pro- grès qui montrent que la voie à suivre n’est pas la recherche détruisant l’embryon humain et utilisant ses cellules.

Le Prix Nobel de Médecine 2012, attribué au Professeur Yamanaka, l’indique clairement. Sur ce sujet, je me suis exprimé dans Le Figaro, le 27 mars dernier 1 . Je vous en donne un extrait :

« Amis lecteurs, vous et moi, nous étions chacun, selon le regard scientifique, une puis quelques cellules se reproduisant à l’identique avant de se différencier selon nos tissus cellulaires, formant progressivement notre corps jusqu’à celui que nous avons. La science apporte des confirmations à cette vérité élémentaire et prodigieuse que le regard philosophique peut discerner : toute personne humaine commence en étant un embryon humain.

Nul ne devient humain qui ne l’est pas ! Impossible pour lui d’exister si on lui enlève ce qu’il a d’humain ! Cet adjectif dit avec précision que cet embryon partage notre humanité. C’est pourquoi, nous devons le respecter et, en raison de son extrême vulnérabilité, le protéger. »

Ce dimanche 12 mai, le pape François nous a invités à « maintenir vive l’attention sur le thème si important du respect pour la vie humaine dès le moment de sa conception ».

Et il a ajouté ceci : « À ce propos, j’ai plaisir à rappeler également la pétition qui se tient aujourd’hui dans de nombreuses Paroisses italiennes, afin de soutenir l’initiative européenne « Un de nous », pour garantir une protection juridique à l’embryon, en protégeant chaque être humain dès le premier instant de son existence. »

De quoi s’agit-il ?

Le droit de notre Europe permet une démocratie participative : la Commission Européenne a le devoir d’examiner une demande venant de plus d’un million de citoyens de différents pays d’Europe. Ainsi, le 11 mai 2012, attendant d’avoir un million de signataires pour l’examiner, elle a enregistré l’Initiative Citoyenne Européenne « Un de nous » : www.oneofus.eu.

Cette Initiative demande que soit assurée « la protection juridique de la dignité, du droit à la vie et à l’intégrité physique de tout être humain depuis sa conception dans les domaines de compétences de l’Union Européenne où cette protection s’avère d’une im- portance particulière ». Vous trouverez sur internet des explications sur cette Initiative Citoyenne « Un de nous ».

Si nous le voulons, nous pouvons exprimer paisiblement notre souhait citoyen : que l’embryon humain soit protégé. Grâce à la science, nous connaissons – encore imparfaitement – l’embryon humain dès sa conception et ses premiers instants de vie. Nous avons à trouver la protection juridique à laquelle il a naturellement droit. En effet, après bien des études rigoureuses, l’Église, émerveillée, discerne que raison, scientifique et philosophique, et foi en Dieu Créateur et Sauveur, sont en harmonie pour reconnaître la dignité de l’embryon humain.

Paru dans Eglise en Ille-et-Vilaine n°241, du 3 juin 2013

Adresse URL : http://catholique-rennes.cef.fr/?L-embryon-humain-l-un-de-nous

mercredi 27 mars 2013

Embryons : le primat de l'humain - Tribune de Mgr d'Ornellas

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Mgr Pierre d’Ornellas, Archevêque de Rennes, s’exprime dans une tribune parue le 27 mars 2013 dans le quotidien le Figaro, sur le projet de loi qui sera examiné cette semaine par les parlementaires. Il pose deux questions : peut-on autoriser la recherche sur l’embryon humain et élargir l’AMP aux personnes de même sexe ? Mgr d’Ornellas appelle à une « ’écologie humaine’, plus urgente que l’écologie concernant l’environnement. » et demande « un débat sous forme d’États généraux » comme prévu dans la loi de bioéthique.

Notre loi de bioéthique est issue d’un vrai débat de société ; l’Église catholique s’y est engagée par le « dialogue ». Selon cette loi, la recherche sur l’embryon humain et ses cellules est par principe interdite, et les techniques d’assistance médicale à la procréation (AMP) ne sont possibles qu’en cas d’infertilité médicalement constatée. Or, des parlementaires veulent modifier ces deux points essentiels : d’abord, en autorisant par principe la recherche sur l’embryon humain ; ensuite, en faisant de l’AMP un contournement de « l’infertilité sociale » entre deux personnes de même sexe. Ces changements sont-ils opportuns ?

Depuis 1994, l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain et ses cellules a été maintenue. Cela est conforme à notre Code civil qui exige le respect de l’être humain « dès le commencement de sa vie », en raison de sa « dignité ». Autoriser maintenant cette recherche n’est-il pas anachronique ? En effet, le prix Nobel 2012 du professeur Yamanaka et des progrès scientifiques attestent que des recherches alternatives sont crédibles. Celles-ci n’indiquent-elles pas la direction à prendre pour que la France ne soit pas en retard ?

Souvent non dits et pourtant sous-jacents, des motifs financiers rendraient nécessaire une telle recherche afin d’obtenir des résultats intéressant certaines sociétés pharmaceutiques. Mais l’éthique doit-elle se soumettre à des intérêts industriels ?

Amis lecteurs, vous et moi, nous étions chacun, selon le regard scientifique, une puis quelques cellules se reproduisant à l’identique avant de se différencier selon nos tissus cellulaires, formant progressivement notre corps jusqu’à celui que nous avons. La science apporte des confirmations à cette vérité élémentaire et prodigieuse que le regard philosophique peut discerner : toute personne humaine commence en étant un embryon humain. Nul ne devient humain qui ne l’est pas ! Impossible pour lui d’exister si on lui enlève ce qu’il a d’humain ! Cet adjectif dit avec précision que cet embryon partage notre humanité. C’est pourquoi, nous devons le respecter et, en raison de son extrême vulnérabilité, le protéger.

L’intelligence, instruite par la science et la philosophie, peut-elle échapper à cette logique du respect, qui est l’honneur d’une société ? L’intelligence qui a le sens de l’homme s’émerveille devant ce petit d’homme qu’est l’embryon et qui recèle en lui la puissance de développement pour devenir l’adulte que vous et moi sommes devenus. L’intelligence croyante, en harmonie avec la science et la philosophie, y reconnaît l’infinie bonté de Dieu, Créateur et Père, qui nous invite à être les gardiens les uns des autres, à protéger ainsi les plus faibles.

En légalisant l’autorisation par principe de recherche sur les embryons humains, nous basculerions dans l’utilitarisme. Là, point d’émerveillement devant l’humanité du plus vulnérable ! Deviendrait légal le droit de ne pas la respecter chez l’être humain embryonnaire. Ce serait certainement une régression.

Seulement voilà : notre technique d’AMP produit des embryons humains en surnombre. Nous les stockons. La tentation est grande de les utiliser pour la recherche. Leur coût est si inférieur à celui des embryons d’animaux ! Et surtout, ils sont vraiment humains, c’est pourquoi ils sont intéressants ! On s’autojustifie en proclamant que cela ne change rien puisqu’ils sont voués à la destruction. En vérité, cela change tout : la loi, en interdisant par principe la recherche, donne un signal fort. Celui-ci est lumineux : l’humain a toujours la priorité !

Et l’AMP ? Un débat est nécessaire. Avons-nous aujourd’hui raison de stocker des embryons humains ? Des voix se sont élevées pour reconsidérer cette manière de faire. Est-elle toujours sans danger pour la femme ? Certains alertent sur cette question. D’autres rappellent ce point crucial : « la procréation naturelle doit constituer le cadre de référence de l’AMP », selon la pensée des citoyens lors des États généraux de bioéthique.

La souffrance de l’infertilité est grande. Qui le nierait ? Mais si nous donnions à la procréation humaine la seule référence de la possibilité technique, nous tomberions dans un autre utilitarisme. Le désir d’enfant deviendrait roi. Cela ouvrirait la porte au « droit à l’enfant », droit qui n’existe pas car l’enfant n’est ni un dû ni un objet. De plus, l’égalité devant la technique obligerait à autoriser la gestation pour autrui (GPA). En effet, l’AMP qui répondrait au désir d’enfant exprimé par deux femmes devrait aussi satisfaire le même désir chez deux hommes. Or, pour eux, la seule technique est la GPA, qui conduit à une instrumentalisation de la femme et à l’abandon d’enfant.

Nul progrès ne viendra sans une « écologie humaine », plus urgente que l’écologie concernant l’environnement. Notre loi de bioéthique exige qu’un débat sous forme d’États généraux soit organisé avant toute modification. Comme cela est pertinent ! Dans une société gorgée de techniques, l’intelligence a de plus en plus besoin, non d’opinions hâtives ou intéressées qui la rabaissent, mais d’un débat qui la hisse vers le primat de l’humain. Ainsi grandie, elle concilierait éthique de la dignité et recherche scientifique en vue de soigner le mieux possible, ce qui est la finalité de la loi de bioéthique et mon souhait le plus profond.

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jeudi 06 décembre 2012

Communiqué de Mgr Pierre d'Ornellas suite à l'adoption par le Sénat d'un amendement autorisant la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

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Haute importance

Le Sénat a adopté hier soir une proposition de loi visant à mettre en place un régime d’autorisation sur la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires. Or, l’article 46 de la loi de bioéthique de 2011 prévoit que : « Tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous forme d’états généraux ». Mgr d’Ornellas, qui a animé au nom de l’Eglise en France le dialogue de la qualité que l’on sait, préparant cette loi de 2011, s’exprime dans le communiqué ci-joint au nom de la Conférence des Evêques de France. Merci de relayer cette information.

Mgr Bernard PODVIN, Porte-parole des évêques de France

Respecter la vie humaine ?

« Vous voulez protéger la vie dans des conditions qui nous paraissent contraires à l’essence même de la vie. » En prononçant cette phrase, le sénateur Jacques Mézard, (qui veut l’autorisation légale de la recherche sur l’embryon humain) a pourtant exprimé la gravité de l’enjeu de la proposition de loi adoptée dans la nuit par le Sénat.

La vie de l’embryon humain mérite-t-elle d’être protégée ? Oui ou non ? Le Sénat a répondu par la négative. Conscient qu’il s’agit d’une « transgression anthropologique », il a pourtant voté l’autorisation de la recherche sur l’embryon humain, par principe et non plus seulement par exception. Le motif invoqué est hasardeux : le retard de la France en matière de recherche scientifique. Est-il vrai que le progrès de la recherche française dépende de cette autorisation ? L’embryon humain a le droit d’être protégé. L’Europe demande que sa protection soit assurée le mieux possible. Notre droit français actuel s’honore en maintenant, sans ignorer les situations difficiles, le respect de l’être humain « dès le commencement de sa vie ». La France peut être fière de ce respect. Souhaitons qu’elle garde cette fierté !

Le Sénat a remis en cause ce respect. Cela est choquant. Et un tel changement est opéré sans même qu’un véritable débat ait eu lieu. La loi de bioéthique promulguée en juillet 2011 exige pourtant ce débat. Le Sénat ne l’a pas jugé utile. Pourquoi avoir peur du débat qui fait appel au vaste panorama de la philosophie et de la science ? L’Allemagne maintient l’interdiction de recherche sur l’embryon humain. Faudra-t-il que ce soit l’Allemagne qui soit en avance dans le respect dû à l’être humain ?

Le vote du Sénat est d’autant plus choquant que, dans les tests pour les nouveaux médicaments, la communauté scientifique internationale privilégie désormais les cellules souches reprogrammées découvertes par les Nobels Gurdon et Yamanaka. Comme l’a écrit le neurobiologiste Alain Privat, l’adoption d’une disposition autorisant par principe l’expérimentation sur les embryons humains « enverrait au monde un message de négation de l'éthique et d'anachronisme scientifique ».

Rennes, 5 décembre 2012

Mgr Pierre d’ORNELLAS, Archevêque de Rennes

Voir à ce sujet les billets publiés sous la rubrique "Recherche sur l'embryon"

Proposition de loi n°576 disponible ici.

Dossier législatif du Sénat disponible ici.

jeudi 28 juin 2012

Nouvelles réflexions de la COMECE en matière de Science et de bioéthique

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COMECE - Commission des Episcopats de la Communauté européenne

Comment traiter les patients en coma végétatif ? Quelles sont les perspectives d’amélioration de l’homme par des moyens technologiques ? Comment combattre le trafic d’organes et le tourisme de transplantation ? Enfin, qu’entend-t-on exactement par Santé sexuelle et reproductive ? Afin de lui donner un aperçu des enjeux éthiques soulevés par ces questions, le Secrétariat de la COMECE publie le second volume de son recueil ‘Avis Science & éthique’. La publication est disponible en français et en anglais et peut être consultée et téléchargée ici.

vendredi 04 mai 2012

L’eugénisme est-il un droit de l’homme ?

Supprimer son bébé à naitre en raison de sa trisomie 21 doit-il être considéré comme un droit de l’homme ?

Tel est le grave enjeu de l’affaire en cours de jugement au niveau de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), qui s’apprête à déterminer si des parents ont un droit fondamental à recourir à la procédure de dépistage et d’élimination prénatale des enfants malades ou handicapés.

Un jugement positif reviendrait à reconnaître un droit fondamental à l’eugénisme à l’encontre des personnes handicapées.

Il est possible de signer une pétition sur le site mis en place par différents associations d'Europe, demandant à la CEDH de réaffirmer le principe de l’interdiction de l’eugénisme ainsi que l’obligation des Etats de protéger la vie de toute personne, y compris celle des personnes handicapées avant leur naissance.

Résumé des faits, publié par la CEDH (en anglais), à lire ici.

mardi 13 mars 2012

Lettre ouverte du CCNE aux candidats à la présidencielle.

Pour la première fois depuis sa création en 1983, le Comité Consultatif National d'Ethique interpelle, dans une lettre ouverte, les candidats à la présidentielle sur «leur vision globale» des enjeux de la science dans les domaines de la vie et de la santé.

mardi 31 janvier 2012

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vendredi 16 décembre 2011

La France ratifie la Convention d'Oviedo sur la biomédecine

photo Jean Leonetti

Le ministre français chargé des Affaires européennes, Jean Leonetti, a ratifié mardi la Convention sur le respect des droits humains en matière de médecine et de biomédecine, dite Convention d'Oviedo, au siège du Conseil de l'Europe à Strasbourg.

Cette Convention internationale, dont la première signature remonte à 1997 et ratifiée depuis par la plupart des Etats européens, entrera ainsi en vigueur en France le 1er avril 2012.

La Convention d'Oviedo énonce les grands principes visant à assurer la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la médecine et de la biologie.

M. Leonetti a aussi signé mardi deux protocoles additionnels à cette Convention, le premier concernant la transplantation d'organes et de tissus d'origine humaine et le deuxième sur les tests génétiques à des fins médicales, a-t-on précisé au Conseil de l'Europe.

Le Secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, le Norvégien Thorbjorn Jagland, a souligné que "les nouvelles technologies créent des défis nouveaux".

M. Leonetti a noté pour sa part que "si l'Europe est aujourd'hui focalisée sur ses problèmes financiers et économiques, il ne faut pas oublier l'idéal de la démocratie et des droits de l'homme, si bien défendu par le Conseil de l'Europe".

Source : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hMZORCBBb-8zUlIuHAY3afrHwUsA?docId=CNG.7d463b71ec49427eb9e2a647968d9e2c.2b1

mercredi 07 décembre 2011

Communiqué de presse de la COMECE : L’UE devrait actualiser sa politique de recherche en matière de cellules souches

Logo COMECE

La recherche sur les cellules souches embryonnaires n’est plus brevetable dans l’UE, elle est controversée sur le plan éthique et représente par conséquent un domaine de recherche non consensuel parmi les Etats membres et les citoyens de l’UE. De plus, elle offre de moins en moins de perspectives cliniques. C’est pourquoi la COMECE appelle l’UE à exclure la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines de son prochain programme cadre de financement de la recherche Horizon 2020 et de se concentrer plutôt sur le secteur plus innovant et prometteur de la recherche sur les cellules souches alternatives.

Horizon 2020 est le nouveau programme cadre de recherche et d’innovation de l’UE pour la période 2014-2020 et il est doté d’un budget de 80 Milliards d’€. Il faut saluer ce programme qui constitue un instrument majeur pour soutenir la croissance et l’innovation dans l’Union européenne. En particulier en matière de recherche médicale, il pourrait conduire à l’émergence de traitements innovants pour les patients.

La Commission européenne a récemment présenté un paquet de propositions pour Horizon 2020. Ces propositions améliorent le cadre éthique actuel en faisant référence à certains principes éthiques désormais applicables. Néanmoins, deux des principes les plus importants ne sont pas mentionnés : la protection de la dignité humaine (art. 1 de la Charte des Droits fondamentaux) et la primauté de l'intérêt et du bien de l'être humain sur le seul intérêt de la société ou de la science (art. 2 de la Convention d’Oviedo).

Cependant, la COMECE est surtout très préoccupée par une omission majeure : les nouvelles propositions intègrent certains engagements déjà pris par la Commission dans sa Déclaration de 2006, mais étonnamment, se trouve exclu l’engagement (§12) en vertu duquel la Commission européenne « ne soumettra au comité de réglementation aucune proposition de projet comportant des activités de recherche qui impliquent de détruire des embryons humains, y compris pour l'approvisionnement en cellules souches. » Cela signifie que les propositions actuelles forment un cadre éthique qui est en réalité moins contraignant que celui qui s’applique en programme cadre de recherche actuel (2007-2013).

Une recherche pas orientée vers le marché

Par ailleurs, sur le plan juridique, les propositions ne prennent pas en compte la récente décision de la Cour européenne de Justice dans l’affaire Greenpeace contre Brüstle. La Cour y défini pourtant clairement ce qu’est un embryon humain et confirme que les inventions biotechnologiques mettant en œuvre des cellules souches embryonnaires humaines ne peuvent être brevetées. Par conséquent, si le corpus législatif de l’UE veut garder sa logique et sa cohérence interne, tout projet de recherche impliquant l’utilisation de cellules souches embryonnaires à des stades suivant leur dérivation devrait être exclu d’une possibilité de financement.

Ajoutons que, sur le plan économique, il apparaît quelque peu inefficace de financer des recherches dont les possibles résultats seront juridiquement empêchés d’être transformés en véritable innovation sur le marché. Or, l’un des principaux objectifs d’Horizon 2020 est justement d’aider « les entreprises innovantes à transformer leurs percées technologiques en produits viables disposant d’un véritable potentiel commercial ».

Une recherche moins prometteuse sur le plan clinique

Récemment, l’entreprise Geron Corp., leader mondial de la recherche sur les embryons, a annoncé qu’elle mettait fin à son programme de recherche sur les cellules souches.

Il est clair que la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines n’a pas produit les résultats escomptés. Dans le même temps, la recherche sur des sources alternatives de cellules souches – adultes, issues de cordon ombilical ou pluripotentes induites – offrent actuellement des perspectives tangibles et efficaces pour des applications thérapeutiques et ont même déjà fait leurs preuves via des résultats cliniques largement partagés. Ces méthodes, qui sont largement approuvées sur le plan scientifique et éthique – ne sont donc pas controversées parmi les Etats Membres. Elles devraient donc bénéficier d’un financement prioritaire dans le nouveau programme cadre Horizon 2020.

Moins de soutien parmi les citoyens de l’UE

Enfin, l’enquête Eurobaromètre portant sur les sciences de la vie et la Biotechnologie conduite en octobre 2010 montre que 56% des européens pensent que l’embryon est un être humain dès la fécondation (p. 146) et 69% des sondés approuvent la recherche sur les cellules souches adultes tandis qu’ils sont beaucoup moins nombreux à approuver la recherche sur les cellules souches embryonnaires (p.55).

La COMECE estime qu’il reste une marge d’amélioration pour ces propositions durant l’avancement de la procédure législative qui est maintenant lancée. Elle attend donc que les développement juridiques et scientifiques récents – ainsi que les principes éthiques de base et les options politiques de fond mentionnés ci-dessus - soient pris en compte et clairement transposés dans les instruments d’ Horizon 2020 lorsque ce programme sera finalement adopté.


La COMECE suit de près les débats éthiques liés à la politique de recherche. En mai 2011, la COMECE a contribué à la Consultation lancée par la Commission européenne, sur ce nouveau programme de recherche.

Source : http://comece.org/site/fr/presse/communiquesdepresse?SWS=7e4801807df06c1423438456e36b762a

Pour plus d’information, veuillez contacter johanna.touzel@comece.eu, COMECE Press Officer

lundi 05 décembre 2011

Au sujet du Téléthon 2011

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Communiqué de presse du diocèse de Paris

Paris, le 2 décembre 2011

L’Eglise salue la grande générosité des français et soutient les espoirs des malades et de leurs familles. Elle constate cependant que les fortes réserves et les demandes qu’elle a formulé depuis plusieurs années sont toujours d’actualité : les donateurs doivent pouvoir demander à ce que leur don ne soit pas affecté au financement de voies de recherche qu’ils réprouvent, en particulier celles s’appuyant sur la destruction d’embryons.

L’Eglise encourage chercheurs, associations, fondations et donateurs à s’engager résolument pour des recherches qui respectent pleinement la vie humaine.

mardi 15 novembre 2011

Message du pape Benoît XVI aux participants du congrès international "Adult Stem Cells, Science and the future of Man and Culture".

"Les êtres humains sont dotés d'une âme immortelle et sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, a rappelé le pape Benoît XVI. C'est pourquoi, il existe des dimensions de l'existence humaine qui vont au-delà des limites des compétences des sciences naturelles. Si l'on dépasse ces limites, il existe un risque sérieux que la dignité et l'inviolabilité de la vie humaine deviennent subordonnées à des considérations purement utilitaristes. Au contraire, si l'on respecte ces limites, la science peut apporter une réelle contribution à la promotion et la sauvegarde de la dignité de l'homme. C'est pourquoi, les potentialités bénéfiques de la recherche sur les cellules souches adultes sont considérables puisqu'elle ouvre des possibilités de guérison de maladies dégénératives chroniques par la réparation des tissus atteints... L'amélioration promise par ces thérapies constitue un important pas en avant pour la science médicale, et un nouvel espoir pour les malades et leurs familles en souffrance. Pour cette raison, l'Eglise encourage naturellement ceux qui développent ou soutiennent ce type de recherche, à condition bien sûr qu'elle soit menée avec la considération due au bien intégral de la personne humaine et au bien commun de la société. Cette considération est de la plus grande importance. La mentalité pragmatique qui influence souvent la prise de décision aujourd'hui est trop incline à prendre tous les moyens disponibles pour obtenir la fin souhaitée, malgré l'évidence des conséquences désastreuses de cette façon de penser. Quand la fin est tellement désirée, comme la découverte d'un traitement pour les maladies dégénératives, il est tentant pour les hommes politiques et les médecins de laisser de côté les objections éthiques et de continuer d'aller de l'avant avec n'importe quelle recherche paraissant offrir quelques possibilités de progresser. Ceux qui défendent la recherche sur les cellules souches embryonnaires avec l'espoir d'obtenir ce résultat, commettent la grave erreur de nier le droit inaliénable à la vie de tout être humain du moment de sa conception jusqu'à sa mort naturelle. La destruction d'une seule vie humaine ne peut jamais se justifier en terme de bénéfice qu'elle pourrait apporter à une autre".



L'Eglise, avocate des « sans défense

"Cependant, en général, ces problèmes éthiques ne se posent pas lorsque les cellules souches sont extraites de tissus d'un organisme adulte ou du sang du cordon ombilical au moment de la naissance... Le dialogue entre science et éthique est de la plus haute importance pour s'assurer que les progrès de la médecine ne se fassent jamais à un coût humain inacceptable. L'Eglise contribue à ce dialogue en participant à la formation des consciences en accord avec la juste raison et à la lumière de la vérité révélée. Il ne s'agit pas d'empêcher le progrès scientifique mais, au contraire, de l'orienter dans une direction vraiment fructifère et bénéficiaire pour l'humanité...spécialement pour les plus faibles et vulnérables. Lorsque l'Eglise réclame de l'attention envers les besoins des « sans défense », elle ne pense pas seulement à ceux qui ne sont pas nés mais aussi à ceux qui ne peuvent pas facilement accéder à des traitements médicaux coûteux... La justice exige que tous les efforts possibles soient faits pour permettre à ceux qui en ont besoin de bénéficier des fruits de la recherche scientifique indépendamment de leurs moyens économiques... L'Eglise peut offrir une assistance concrète à travers son apostolat étendu en faveur de la santé, actif dans de nombreux pays du monde et s'adressant avec une sollicitude spéciale aux besoins des plus pauvres dans le monde". Je prie, a conclu le Pape, "pour que votre travail d'investigation sur les cellules souches adultes reçoivent de grandes bénédictions pour l'avenir de l'humanité".

Source : Vatican Information Service du 14 novembre 2011

vendredi 20 mai 2011

« L’euthanasie politique annoncée du débat bioéthique »

Alors que le projet de loi de bioéthique va être examiné en deuxième lecture à l’Assemblée nationale du 25 au 27 mai, Emmanuel Hirsch - Professeur d’éthique médicale à l'université Paris-Sud 11 - partage son point de vue sur l'enjeu de ce débat et appelle à un sursaut d'intelligence et de courage de la part des députés.

Emmanuel Hirsch

Question de courage et d'intelligence

Sensation ou pressentiment étrange : un rendez-vous manqué, un renoncement... En effet, le projet de loi adopté par le Sénat début avril - et repris sur des points essentiels par la commission spéciale de l'Assemblée Nationale - manque de courage éthique et relève d'un véritable désistement. Qui peut soutenir que le projet de loi, soumis au vote des députés les 25-27 mai prochains, a bénéficié d’une exigence et d’un courage qui s’avéraient pourtant indispensables à cette révision législative ? Ne relève-t-il pas d'un dispositif approximatif fait d’incantations et de pauvres résolutions ? Ne satisfaire personne n’est en rien indicatif d’une méthode et de positions à la fois crédibles et significatives. Nul doute, la ligne de conduite du Sénat fut le pragmatisme. Or, la bioéthique, puisqu'elle touche à la vie des plus vulnérables, mérite infiniment mieux. Elle appelle tout simplement la mise en commun réfléchie d’intelligences et de compétences dans le cadre d’un questionnement partagé.

Pour un sursaut d'intelligence

Une loi cadre était annoncée pour compenser l’abrogation programmée du processus régulier de révision. L’exercice pourrait s'avérer impraticable. Des enjeux supérieurs semblent s'imposer au législateur qui, pour le moment, privilégie plutôt l’esquive, la discrétion et la subtilité d’un « toilettage » sans ambition, un service minimum qui a tout l’air d’un désistement. N'est-il pas appelé à un sursaut d'intelligence, seule capable de favoriser le progrès médical et de respecter la dignité humaine, selon le beau titre du rapport parlementaire publié en 2010 ?

Un enjeu de démocratie

Du reste, il s’agit là probablement de la rupture la plus décisive dans la dynamique d’une concertation autrefois estimée nécessaire pour légitimer les principes mêmes et l’acceptabilité sociale d’une loi portant sur des domaines aussi sensibles, complexes et évolutifs. L’attention démocratique, la valeur d’une confrontation argumentée d’opinions et d’expériences, le souci de pédagogie de la responsabilité partagée, sont ainsi légalement révoqués dans la rédaction actuelle du projet de loi. De quoi satisfaire ceux qui ne supportaient plus d’avoir à justifier publiquement, en dehors du cénacle très fermé des compétents, leurs projets scientifiques. Ils déploraient que l’on conteste l’éminente valeur de pratiques incontestables, entravant de manière tragique des avancées toujours indispensables dans un contexte de compétition scientifique et de pressions financières inconciliable avec les subtilités d’ordre moral. Le couperet risque donc tomber dans quelques jours.

Les états généraux de la bioéthique de 2009 sont relégués au magasin des accessoires à la manière d’un « printemps de la démocratie » dont on fixe de manière arbitraire l’arrêt subit. Désormais l’Agence de la biomédecine, qui assure déjà la gestion administrative de nombre d’activités biomédicales, serait dotée de l’autorité dont se démet le parlement en abdiquant de ses responsabilités en matière de bioéthique. Personne n’accorde le moindre crédit à ces quelques dispositions hâtivement préconisées pour dissimuler bien maladroitement et sans conviction une débâcle. Elles donnent à croire que les procédures de contrôle, de gouvernance, les rapports annuels permettront un suivi et une régulation mieux adaptés et donc plus efficients à tous égards. Il aurait été plus honnête d’affirmer explicitement que les enjeux des sciences biomédicales sont affaire trop sérieuse et politiquement sensible pour être soumis à des arbitrages démocratiques. La réflexion bioéthique risque de nous être ainsi confisquée, confiée demain aux cercles d’experts habilités par l’Agence de la biomédecine. Les autres, ceux qui par fidélité à une conception forte de la vie démocratique considèrent comme un devoir de ne pas abdiquer de leurs responsabilités, risquent ainsi se trouver dans une position de marginalité et peut-être, face à certains choix non concertés, de résistance. Il sera dès lors aisé de stigmatiser leurs positions, de les disqualifier, de les caricaturer.

Pour un véritable débat

Les premières analyses tirées de la catastrophe naturelle qui a éprouvé les Japonais le 11 mars 2011 font apparaître de manière évidente que la carence en débats approfondis et donc en procédures de sensibilisation et de formation de la société aux enjeux qui déterminent son devenir, contribue directement à des prises de décisions contestables qui mettent en cause, à un moment donné, l’intérêt général. Les parlementaires qui par leur vote dans quelques jours risquent de révoquer l’intelligence de cette approche démocratique de la concertation bioéthique, donneraient de surcroît un nouveau signal délétère à la société. Car il s'agirait en fait, au-delà de l’euthanasie politique du débat bioéthique, d’une forme de renoncement au souci du bien commun, de l’anéantissement d’un des rares débats publics qui permettent d’aborder ensemble les questions humaines et sociales indispensables, de repenser nos conceptions de la personne humaine, de nos valeurs sociales et de nos responsabilités. Gageons qu'ils sauront faire preuve de courage politique et de responsabilité. Rien n'est joué encore définitivement, que le pari de l'espérance nous soit permis !

Emmanuel Hirsch

Professeur d’éthique médicale, université Paris-Sud 11

A lire : Traité de bioéthique, 3 tomes poche, sous la direction de E. Hirsch, Erès

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mardi 12 avril 2011

"Pardon, je suis une personne"

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Dans cette tribune publiée par Le Figaro (12 avril 2011), Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes, chargé de la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France, revient sur le projet de loi de bioéthique adopté par le Sénat le 8 avril 2011.

Hier, un « sage » du Palais du Luxembourg m'a étiqueté d'un étrange nom : « bébé-thalys ». J'en suis tout remué ! Quel avenir me préparez-vous par vos noms ? Pour vous, qui suis-je ?

En 1994 et 2004, j'étais le « grand absent » des lois de bioéthique qui, pourtant, statuaient sur les conditions de ma conception. Tout le monde me désirait. Aucun ne parlait de moi. Étais-je leur rêve ou un mythe ? Aujourd'hui, certains m'imaginent de tel sexe ou avec tel trait. D'autres me veulent « zéro défaut ». Votre diagnostic prénatal est en vue de me guérir in utero. Pourquoi donc vouloir me dépister systématiquement ? Mon nom serait-il « bébé-problème » ? Dois-je être traqué ? Faites donc confiance au soignant qui aide ma mère, surtout s'il me croit vulnérable !

Les grands, à New York, dans une belle Convention (1), ont estimé que mon « intérêt supérieur » devait être la « considération primordiale » de vos décisions d'adultes. C'était en 1989. Y pensez-vous ? Ils ont établi mon droit à connaître mes « parents ». Mais vous, vous vous êtes mis dans un grand embarras. Vous estimez que mes parents sont ceux qui me font grandir avec amour. C'est bien. Mais pourquoi, à votre gré, m'avoir assigné une origine génétique inconnue ? Certains de mes frères et sœurs en souffrent. D'autres sont satisfaits de cet anonymat.

Puis-je faire une remarque de bon sens ? Vous avez en votre corps des cellules destinées à me donner la vie. Par égard pour moi, n'en faites pas n'importe quoi. Elles vous engagent à une responsabilité infiniment plus belle et grave que le don d'organes, de tissus ou de cellules. Savez-vous ? Je suis « moi » grâce à ma filiation. J'ai besoin de cette origine filiale. Ne la brouillez pas ! La trafiquer mène à des impasses, à des violences rentrées. D'ailleurs, pour choisir ma lignée génétique, m'avez-vous demandé mon avis ?

De même, vous avez décidé sans moi de m'utiliser pour guérir. Pour vous justifier, vous me cherchez le meilleur nom. « Bébé-médicament » ! Ce nom choque car il me désigne comme objet pour guérir. Alors vous dites : « bébé du double espoir », « bébé-docteur », « bébé-sauveur ». Comme vous, j'ai l'espoir que ma sœur ou mon frère aîné guérira. Vos représentants ont enfin compris que mon cordon ombilical est une « ressource thérapeutique ». Dépêchez-vous d'en organiser très largement la collecte. Cela vous évitera de m'utiliser. D'ailleurs, vous saviez que je mérite le respect puisque vos lois statuent encore que le « bébé sauveur » n'est qu'« expérimental ». Mais alors, pourquoi vos « sages » ont-ils voté la banalisation de mon utilisation pour guérir ? Instrumentaliser ma conception est si blessant pour moi ! Chercher la guérison suffit-il à faire de moi un moyen ?

Sous prétexte que deux femmes prennent le Thalys pour se faire faire un bébé comme moi en Belgique, vos « sages » ont voté que cela se réalise en France. Suis-je donc un simple objet de fantasmes ? Et mon intérêt supérieur, qu'en font-ils ? Apparemment, ils le défendent puisqu'ils maintiennent le refus de la gestation pour autrui où moi, je subis un abandon, et ma « mère », une sorte d'esclavage. Mais ont-ils songé à mes droits, au moins celui d'avoir un père et une mère ? Ce qui, selon 90% des Français (2), est le mieux pour moi ! Pourquoi m'infliger une filiation incohérente ? En France, mes droits ne pèsent-ils donc plus rien face à ces désirs d'adultes, qui ne sont pas des droits ?

Les noms que vous m'infligez ne reflètent-ils pas vos rêves d'adultes ? Ni sauveur ni docteur, ni objet ni moyen, je suis une « personne ». Tel est mon nom. Unique est mon visage. Je vous en prie, aimez-moi pour moi-même ! J'apprécie les cathos qui disent : « la personne est la seule créature que Dieu a voulue pour elle-même. » Leur regard profond rejoint nombre de vos penseurs qui reconnaissent que, bébé, j'ai le droit d'exister pour moi-même.

Reste un nom, celui du plus petit d'entre les miens : « embryon humain », mon frère en humanité. Pourquoi donc vos « sages » manquent-ils de confiance en la science en autorisant sa destruction ? L'interdire est loin d'être hypocrite ! Au contraire, j'y vois votre cohérence. Elle me donne confiance en vous, les adultes, qui portez les choix de l'avenir.

J'attends beaucoup de la science. Elle ira loin en respectant mon frère en humanité. Respectez aussi ma filiation, et accueillez-moi avec joie, en m'adoptant si besoin. Je n'y peux rien d'être petit, entièrement confié à votre responsabilité d'adultes. Pardon d'être une personne !

Mgr Pierre d'Ornellas

Archevêque de Rennes

Chargé de la bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France

(1) - ONU, Convention internationale des droits de l'enfant, 20 novembre 1989

(2) - INSEE Première, n°1339, mars 2011

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